L’arme du citoyen !

Plus que quelques jours et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) aura bouclé la révision de son fichier électoral en vue du scrutin couplé présidentielle/législatives du 22 novembre 2020. Au-delà du débat, somme toute fondé, sur la tenue ou non des élections à bonne date, du fait de l’insécurité, la faible participation des Burkinabè aux élections doit être posée avec beaucoup plus de lucidité. Certes, le vote n’est pas encore obligatoire dans les pays africains comme le nôtre, mais le peu d’intérêt des populations pour la désignation de leurs représentants ne saurait s’expliquer par ce simple fait.

En la matière, les chiffres sont quasi similaires et suffisamment éloquents au fil des élections dans notre pays. En effet, sur une population estimée à 15,61 millions en 2010, le corps électoral s’était chiffré à seulement 3 330 792 inscrits, soit 21% des Burkinabè. Au final, près de la moitié de ces électeurs (45,1%) ne se sont pas rendus dans les urnes le 21 novembre 2010. Malgré la ferveur de l’insurrection populaire de 2014, ils étaient 5 517 015 électeurs sur 18,11 millions habitants à s’être inscrits sur la liste électorale en vue des élections couplées de 2015 pour un taux de participation de près de 60%.

Si l’on n’y prend garde, l’expression du suffrage se fera encore dans les mêmes proportions, voire moindre, lors des consultations du 22 novembre 2020. Déjà, la CENI annonce un potentiel de 10 millions d’électeurs attendus pour près de 21 millions d’habitants. Avec le fiasco dans l’enrôlement des Burkinabè de l’extérieur qui n’a pu pêcher que 22 000 de nos compatriotes, il faut craindre que les résultats finaux de la CENI ne soient largement en deçà de ses attentes eu égard à la difficile situation sécuritaire dans plusieurs provinces du pays.

Toutefois, la situation la plus incompréhensible est le peu d’engouement des jeunes pour le vote. Habituée aux débats de « grin » et à prendre en otage les réseaux sociaux pour porter des critiques les plus acerbes aux hommes politiques, notre jeunesse n’a jamais convenablement répondu présente dans les urnes, alors qu’elle représente plus de la moitié de la population, de façon générale. La gestion peu vertueuse de la chose publique, la corruption, le népotisme, le chômage … pourraient expliquer ce manque d’intérêt pour le vote, mais pouvait-il en être autrement ? Evidemment non, pour la simple raison que si l’on refuse de choisir son président, ses députés et ses conseillers municipaux, le choix des autres s’impose à vous. Les élus, qu’ils soient nationaux ou locaux, l’ont été sur la base d’un programme, de promesses de campagne qu’ils mettent en œuvre une fois le choix porté sur eux.

C’est dire que chaque Burkinabè, chaque jeune, pour éviter qu’on ne décide à sa place, doit s’exprimer par les urnes. Pour y arriver, le premier geste est l’inscription sur les listes électorales pour obtenir sa carte d’électeur.

Cette carte est l’arme redoutable de l’électeur pour combattre les tares de la gestion de la chose publique qu’il dénonce à longueur de journée. Sous forme de sanction ou encore d’onction, le vote est l’expression de la satisfaction ou de la déception des populations quant à la mise en œuvre des politiques publiques de développement. La jeunesse burkinabè mérite bien plus que des T-shirts, des paquets de thé et de sucre, des billets de 2 000 F CFA et autres bons de carburant. Il suffit qu’elle en prenne conscience et refuse d’être une marionnette qu’on utilise à volonté. Cette prise de conscience collective doit être actionnée par les partis politiques, mais aussi par les Organisations de la société civile (OSC) qui, pour la plupart, sont malheureusement à la solde de chapelles politiques. Il revient donc aux jeunes de prendre en main leur destin en allant s’inscrire sur les listes électorales pour se faire entendre le 22 novembre 2020.

Jean-Marie TOE

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