Energies renouvelables : Les merveilles du solaire au Burkina

La couveuse solaire fait la fierté de Séni Ouédraogo.

Au Burkina Faso, l’énergie solaire photovoltaïque est prisée à cause des technologies y relatives, utilisées dans diverses activités. La magie du soleil fait des merveilles au grand bonheur des populations, qui en tirent satisfaction.

Le soleil ne « chôme » pas à Bologo, dans la commune rurale de Siglé, région du Cenre-Ouest. Séni Ouédraogo, la quarantaine révolue, marié et père de trois enfants, l’exploite avant qu’il n’aille mourir dans les profondeurs de son village. En effet, il utilise le soleil pour faire fonctionner sa couveuse. En décembre 2019, le volailleur nous fait visiter son patrimoine avicole. C’est une ferme de 500 têtes de volaille de races locale et importée, qui force l’admiration de tout visiteur dans cette bourgade proche de la province du Kourwéogo.

Le travail, à l’aide d’une couveuse solaire, foi du quadragénaire, est « merveilleux ». La production de la volaille dans son centre avicole débute, selon M. Ouédraogo, en 2017, avec comme innovation une couveuse qui fonctionne à base du soleil. Son centre, dit-il avec un sourire aux lèvres, emploie de nos jours une quinzaine de personnes. « Sur recommandation des services techniques de l’élevage, nous avons abandonné la fabrication du savon au profit de l’aviculture », relate Séni Ouédraogo. Il relève par ailleurs que l’incubateur solaire permet d’avoir près de 420 poussins.

A l’intérieur de la couveuse, des œufs qui s’apprêtent à éclore, à l’entendre, sont classés dans des casiers horizontaux constituant l’appareil. Pour l’aviculteur, la technologie est très avantageuse. En effet, avant son utilisation, avance-t-il, il achetait des poussins pour, ensuite, les élever. Maintenant, se réjouit-il, il s’assoit, peinard, attendant l’éclosion des œufs au bout de 21 jours. Emilienne Bamogo, une exploitante de la ferme et représentante des femmes, peu bavarde, témoigne que le travail est, désormais, facilité par ce dispositif.

Le pompage solaire

Tout comme Séni Ouédraogo, l’ingénieur en agro-écologie, Ablacé Compaoré, dans la

Le pompage solaire dans le centre agro-écologique de Ablacé Compaoré a permis de récupérer des terres arides.

commune rurale de Betta, dans la région du Plateau central fait du soleil, son meilleur compagnon. La cinquantaine révolue, marié et père de sept enfants, il utilise une pompe solaire d’une valeur de 7 millions F CFA, dans sa ferme de ‘’Tangzougou’’, (Sur la colline en langue nationale mooré). Sur une superficie de cinq hectares, M. Ouédraogo cultive des légumes tels que l’oignon, le piment, la tomate, etc. On y trouve aussi des arbres fruitiers à savoir le baobab, l’oranger, le papayer et le moringa.

« Le pompage solaire est avantageux, en ce sens qu’il est économique à l’opposé d’un pompage à fuel, gros consommateur de carburant et grand pollueur de l’environnement », affirme-t-il. Au milieu du centre agricole, se dresse le système de pompage solaire, composé de trois panneaux solaires photovoltaïques reliés directement à un puits de 48 mètres alimentant trois polytanks de 10 m3. Ce qui fait dire à l’agriculteur qu’il est indispensable d’avoir un pompage solaire qui, selon lui, traduit la force de la nature.

« A titre d’exemple, six puits sur un espace de 4,5 ha ont amorti, en une année, deux motopompes achetées à 200 000 F CFA chacune. Par la suite, nous avons acheté une grosse motopompe pour augmenter la puissance de tirage de l’eau qui consommait 13 litres de carburant par jour. Nous l’avons abandonnée et la conséquence a été l’assèchement de nos papayers par manque d’eau », renseigne-t-il.

Le solaire dans la recherche agricole

A Ouagadougou, le Centre de recherches environnementales agricoles et de formation (CREAF) de Kamboinsé de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) travaille à booster la production rizicole. L’astre du jour est très sollicité dans cette station de recherches en agriculture. Une chambre froide solaire, entièrement financée par l’Alliance pour la Révolution Verte en Afrique (AGRA) à hauteur de 13 millinons F CFA, permet de conserver les semences de première génération de variétés de riz maintenues ou produites au CREAF de Kamboinsé.

Le technicien supérieur du programme riz/INERA, Rachid Simboro : « La chambre froide solaire sera munie d’une sonde pour indiquer la température et l’humidité ».

Le dispositif est indépendant du réseau de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL). Il permet de pallier de nombreux délestages et autres coupures pendant les périodes chaudes qui mettent à mal le système de climatisation. Deux climatiseurs fonctionnent alternativement 24h/24h à l’aide de 15 panneaux solaires photovoltaïques de 260W alimentant des batteries. Le premier fonctionne six heures, le second prend le relais et fonctionne également six heures. En ce mois de mars 2020, la chaleur se fait ressentir dans ce centre de recherches.

Le généticien/sélectionneur-riz et expert en semences, Dr Valentin S. Edgar Traoré et le technicien supérieur dans le programme riz et riziculture, Rachid Simboro, sont accueillants. Impossible de ne pas remarquer le travail abattu sur place. De nouvelles serres en construction, où sont maintenues plusieurs variétés de semences de première génération, sont visibles. Pour Dr Traoré, ces semences dites ‘’Go’’ conservées avec soins dans le congélateur passent à la G1 (semence de pré-base) lorsqu’elles sont utilisées pour produire de la semence. Ces quantités infimes de semence, utilisées pour encore produire la semence, passent de la G1 à la G2 (semence de pré base) et ainsi de suite.

« A partir de la G3, nous sommes en grand champ et nous procédons à la multiplication pour obtenir la semence de base. Mais, tout ce que nous produisons comme semence de pré-base en serre ou base au champ, est conservé au froid. Dans ces conditions, la semence reste viable, même si elle n’est pas utilisée immédiatement car les conditions de température et d’humidité ont été garanties », explique Dr Traoré. Le technicien Simboro renchérit qu’après le champ, c’est le battage de la récolte et le tri du grain, suivis de la demande de certification de la semence de base auprès du Service national des semences (SNS) et enfin le conditionnement et la conservation des variétés certifiées dans la chambre froide.

« La chambre froide a une capacité de plus de dix tonnes. Elle est entièrement autonome grâce à l’énergie solaire. Nous conservons des variétés de riz de qualité dont la FKR64 communément appelée TS2 (riz de Bagré), FKR62 N, FKR84 homologué sous le nom de la Orylux 6 (riz de luxe aromatisé), FKR60 N », précise-t-il. En plus de ces quatre variétés, ajoute-t-il, deux autres variétés, sont promues au CREAF de Kamboinsé. Ce sont la FKR18 et la FKR56 N. Elles ont bénéficié d’un travail de recherche supplémentaire pour les rendre plus stables, afin de proposer ainsi aux producteurs des variétés encore plus performantes.

Les semences de toutes ces variétés sont en conservation. « Les semences de pré-base et de base sont maintenues à une température constante de moins de 20°C (ça peut être moins de 17°C). Cela permet une viabilité beaucoup plus longue de la graine dont la capacité de germination peut aller au-delà de deux ans afin de répondre aux exigences du service national des semences », indique le technicien Simboro.

Des marmites solaires

En utilisant uniquement l’énergie solaire, les marmites mixtes deviennent économiquement rentables, selon le concepteur Kushiator New Love.

A Tanghin, au secteur n°17 de l’arrondissement n°4 de Ouagadougou, autre lieu de la capitale, le même soleil est utilisé pour faire fonctionner des marmites. Ce sont des ustensiles de cuisine solaires qui sont mis au point par le technicien de l’énergie solaire, Kushiator New love Kouakou Issa dit « Providence ».
Ces marmites hybrides fonctionnent sur la base du soleil et du courant électrique. Pour l’ingénieur, ces marmites dont le prix varie entre 6000 et 12 000 F CFA, selon le volume, doivent être liées à au moins quatre panneaux solaires photovoltaïques de 250 W chacun, montés en série.

La fabrication se fait dans le cadre d’un Bureau de recherches et de transfert de technologies pour enrichir le Burkina Faso (BRTT), mis en place en 1996 et délocalisé à Ouagadougou, en 2001, avec pour directeur-fondateur, Issa Kouakou. « L’objectif de nos inventions est de mettre sur pied de nouvelles solutions de cuisson à base de l’énergie solaire au détriment du gaz naturel, le bois et le charbon de bois », note Kushiator New love. Avec sa trouvaille, il entend promouvoir les énergies renouvelables face à la cherté et à la rareté de l’énergie fossile qui pollue l’environnement. « Nous faisons de la production artisanale mais, pour que tout le monde en bénéficie, il faut que celle-ci soit industrielle avec une production de masse », prévient le chercheur-inventeur et « professeur » de technologies exactes.

Que ce soit dans le domaine de l’élevage ou de l’agriculture, les spécialistes sont unanimes à dire que les technologies solaires constituent un fer de lance de la production à grande échelle et de protection de l’environnement.
« L’objectif de la couveuse solaire ou incubateur est d’intensifier la production de la volaille. Aujourd’hui, il faut produire à grande échelle pour pouvoir satisfaire les besoins des populations en protéines (viande)», appuie le directeur provincial des ressources animales et halieutiques du Kourwéogo, Adama Sawadogo.

Pour le directeur régional de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique du Plateau central, Louis Ouédraogo, l’énergie solaire est propre. Il en veut pour preuve, l’énergie fossile (à base de pétrole) qui produit des Gaz à effet de serre (GES) polluant l’environnement et accentuant le Changement climatique (CC). « A l’heure actuelle, au Burkina Faso, il faut investir dans le domaine des énergies renouvelables pour booster la production agro-sylvo-pastorale », lance-t-il. C’est le combat que mènent les promoteurs de l’énergie solaire, foi de M. Ouédraogo, pour accompagner les éco-villages, au pays des Hommes intègres.

Boukary BONKOUNGOU


La centrale solaire de Zagtouli, une alternative

La centrale solaire de Zagtouli, d’un coût total de 47, 5 millions d’euros (plus de 31 milliards F CFA) a été inaugurée, le mercredi 29 novembre 2017. Elle est construite par la société française d’ingénierie électrique Cegelec, étalée sur 60 hectares et dotée d’une puissance maximale de 33 mégawatts. Son inauguration est intervenue en présence du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré et de son homologue français, Emmanuel Macron qui était en visite officielle au Burkina Faso. L’énergie produite par la centrale est injectée dans le réseau de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL).

B. B


Des technologies solaires à usage populaire

Dans la capitale burkinabè, des technologies solaires venant de l’étranger et promues par le gouvernement à travers le projet back up solaire sont utilisées par les citoyens. Les premiers feux solaires de Ouagadougou ont été installés sur l’avenue Leo-Frobenius, dans la Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA), à proximité de l’hôtel administratif de Ouagadougou. La technologie a été développée par la société Squall Group en partenariat avec l’Agence nationale des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ANEREE). Elle va favoriser la sécurité routière à moindre coût. Pour le « Back up solaire », c’est un projet made in Burkina pour les ménages et les Petites et moyennes entreprises (PME). Il a été officiellement lancé, le 30 juillet 2018 et vise à électrifier 600 ménages et PME.

B. B.

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