Génération revendication !

A quelques semaines de la fin de leur formation de deux ans, 93 élèves sous-officiers de gendarmerie ont été radiés en mi-juin dernier pour faute grave contre la discipline et l’éthique de la gendarmerie. Les faits remontent à 2019 où un accident lors de la marche dite des 50 kilomètres avait occasionné le décès d’un élève- gendarme et la blessure d’une vingtaine d’autres. Pour des « raisons de sécurité », ces pandores, aujourd’hui radiés, avaient refusé de participer à une marche entre Bobo-Dioulasso et Koakoali à l’Ouest du pays, avant de déserter simplement l’Ecole nationale des sous-officiers de gendarmerie.

Plus récent encore, il a fallu que le président de la CENI, Newton Ahmed Barry, rencontre le mardi 30 juin 2020 des opérateurs de kits qui revendiquent depuis plusieurs jours leur redéploiement pour que ces derniers reviennent à la raison. A la lumière des explications, il ressort qu’en plus des absences injustifiées, 166 opérateurs de kits avaient été «black-listés » pour leurs attitudes, certains ayant appelé à manifester contre la CENI et d’autres n’ayant même pas suivi la formation.

Ces deux cas suffisent à eux seuls pour qu’on se demande quel type de relève le Burkina Faso est en train de mouler. Est-ce sur cette jeunesse que repose l’avenir du pays ? Est-il concevable que dans une école de formation militaire, des élèves désertent un centre et restent en ville pour faire savoir aux responsables de l’école qu’ils sont « ouverts au dialogue » ? Le prétexte d’un mouvement d’humeur est-il suffisant pour abandonner un poste de garde? Pour des jeunes qui ne peuvent pas prendre de risque pendant la formation, seront-ils en mesure de prendre des risques pour protéger les populations, dans ce contexte de terrorisme ?

Dans un pays où les citoyens connaissent leurs droits dans les moindres détails et aucun de leur devoir, il revient à ceux à qui échoit l’autorité de l’administration et de l’Etat de faire respecter la loi. Certes, l’Etat ne peut pas se substituer aux parents pour éduquer leurs enfants, mais dans une société régie par des règles, leur respect incombe aux « garants de la tradition ». La radiation des 93 élèves-gendarmes est donc la moindre sanction à laquelle ils ont eu droit. Si aujourd’hui l’indiscipline et l’irresponsabilité sont devenues monnaie courante, c’est simplement parce que le laisser-aller ou à tout le moins la complaisance en sont comptables.

Sans renier aux Burkinabè leur droit le plus absolu d’exiger de leurs dirigeants de meilleures conditions de vie et de travail, il faut tout de même reconnaître que la revendication est devenue la règle dans ce pays. Là où le dialogue et la négociation sont censés être des voies dorées pour obtenir gain de cause, les pancartes, débrayages et autres sifflets prennent le dessus, avant que l’on ne finisse par s’asseoir autour de la table.

L’on ne saurait construire une nation viable sans d’abord se sacrifier, travailler, bâtir pour demain, quitte à laisser les prochaines générations récolter les fruits. Si le Burkinabè s’appelle aujourd’hui fièrement «Homme intègre », c’est bien les générations antérieures qui lui ont légué cet héritage. Mais qu’allons-nous léguer aux générations futures ? Un pays en lambeaux, sans repère et gangréné par la corruption, le népotisme, l’incivisme et le laisser-faire ?

C’est vraisemblablement cette génération que nous préparons et qui est déjà passée maître dans les revendications, de la courte échelle, oubliant que la réussite est surtout le fruit du sacrifice, du labeur. L’exemple est la meilleure façon de convaincre celui que l’on met à l’ouvrage et il serait vain de demander aux jeunes de travailler et de vivre dignement si l’exemple ne vient pas d’en haut. Et c’est là que tout doit commencer.

Jean-Marie TOE

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