Election présidentielle : « Nous partons confiants », Moussa Boly 4e vice-président du MPP

Moussa Boly : « Le président Kaboré sera réélu au premier tour. »

Moussa Boly est le 4e vice-président du Mouvement du peuple pour le progrès. Dans cette interview, il revient sur le congrès extraordinaire du parti qui a investi le Président Faso, Roch Marc Christian Kaboré, comme le candidat à la présidentielle du 22 novembre 2020.

Sidwaya (S) : Comment appréciez-vous la mobilisation de vos camarades lors de l’investiture de votre candidat, Roch Marc Christian Kaboré ?
Moussa Boly (M. B.) : Si vous y étiez, vous verrez qu’il y a eu du monde. Nous avons voulu le cadre un peu restreint parce que nous n’avons pas voulu prendre un grand monde. Mais vous avez constaté vous-mêmes le nombre de personnes qui sont venues pour assister à cette investiture. C’est une marque d’adhésion au choix que le MPP allait faire.

S : Sa réélection à la présidentielle du 22 novembre 2020 est-elle assurée selon vous ?

M.B. : D’abord, si on n’était pas sûr de notre candidat, on n’allait pas le présenter. Ensuite, nous avons fait le tour de toutes nos structures pour voir ce que le candidat, actuellement le président du Faso, a pu faire. Les résultats montrent qu’’il a tenu ses promesses. Etant donné que notre Constitution permet de faire deux mandats, nous avons pensé qu’il était bon de lui donner encore une fois cette occasion pour mieux faire appliquer la vision qu’il a pour notre pays.

S : L’une des taches sombres du premier mandat de votre candidat, c’est l’insécurité, avec surtout des attaques terroristes à répétition. Pour certains, c’est un échec cuisant…

M. B. : Quelquefois quand j’entends parler ainsi, cela m’amuse. Le Burkina Faso n’a jamais été un pays belliqueux jusque-là. Mais pourquoi attendre que notre candidat soit élu et avant même de prendre service, pour que des attaques terroristes s’accentuent ? Cela vient de quelque part. Beaucoup de pays nous reprochaient dans le temps que nous aidions les rebellions de leurs pays. Nous étions une base arrière. Le nouveau président est arrivé et a dit non. Nous nous voulons vivre en paix, ceux qui veulent vivre au Burkina en paix avec nous peuvent rester. Ceux qui ont d’autres intentions, c’est mieux qu’ils se retirent de notre pays. C’est à partir de cet instant que tout est parti. De ce point de vue, on ne peut pas dire que c’est une tache noire du régime. On nous a imposé une guerre dont on ne connaît pas le visage de l’ennemi. La COVID-19 a pris tout le monde au dépourvu. Mais le Burkina semble avoir quand même pu cadrer la situation et la gère au mieux. L’on ne peut pas dire aussi que c’était une tache noire du régime. Pensez-vous que le gouvernement a commandé cette pandémie pour le Burkina?

S : On a parlé plutôt d’insécurité ?
M. B. : Savez-vous combien cela coûte pour armer nos militaires ? C’est quelque chose qui n’était pas prévue. Pourquoi ils font cette guerre-là ? Ceux qui accusent le président sur la sécurité et la pandémie le font à tort.

S : Plus d’une dizaine de candidats se sont déjà déclarés pour la présidentielle. Ne redoutez-vous pas une coalition des candidats de l’opposition contre le président Kaboré, en cas de second tour?

M.B. : C’est normal qu’il y ait autant de candidats. Mais nous, nous pensons que le président Kaboré a déjà montré ce qu’il peut faire. N’eut été la situation qui a prévalu dans ce pays-là, on serait parti très loin avec lui. Nous, nous partons confiants car tous les partis de la mouvance le soutiennent. Certains candidats challengers de 2015 le soutiennent aujourd’hui. A l’époque, on a fait quand même 53,4%. Nous pensons que ces anciens candidats qui sont venus avec nous vont nous apporter encore des points de plus. Nous sommes confiants et nous allons tendre vers les 60% ; ce qui veut dire que ce sera au premier tour que le président Kaboré va être élu. En tout cas, c’est notre souhait et il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas améliorer son score.

S : Les élections se tiennent dans quatre mois. Comment votre candidat se prépare-t-il ?

M.B. : Il se prépare comme tous les autres candidats. On a fait le tour de toutes nos sections et nous avons présenté le programme de développement qu’il s’est proposé de mettre en œuvre. Nous avons fait un bilan pour savoir si les promesses qui avaient été faites ont été tenues. Nous avons aussi identifié là où le bât blesse et ce que le nouveau programme pourra faire pour améliorer les conditions de vie des populations. Il a des partis qui le soutiennent. La déclaration de la mouvance lors du congrès extraordinaire d’investiture n’a pas été faite sur un coup de tête. C’est un travail de fond qui a été effectué. Ils ont apporté leur contribution pour améliorer le nouveau programme. Ils ont critiqué l’ancien programme et c’est au vu de tout cela qu’ils ont pensé qu’il était bon de laisser encore une fois de plus le président Kaboré se présenter pour un nouveau mandat. Donc, il se prépare comme tout candidat et il va remporter ces élections.

S : Des dissensions existent dans certaines sections du MPP, comme dans le Bam et le Gourma. Qu’est-ce qui est fait pour ramener la sérénité dans vos rangs ?

M.B. : Dans tout grand parti, il y a
ces problèmes qui se posent. Particulièrement je vais vous parler du Gourma où je suis originaire. Au fait, vous faites allusion à la Conférence provinciale du Gourma. En effet, on a constaté qu’ n’y avait pas de communication entre les acteurs politiques. Alors, chacun faisait ce qu’il voulait. Il fallait venir recenser les problèmes, faire des propositions pour améliorer cette situation afin qu’on se mette en ordre de bataille pour les échéances qui arrivent. Malheureusement, à la conférence provinciale, on m’a chargé de cela et nous sommes partis sur une base.

Cela consistait à faire des TDR pour savoir de quoi on doit parler. Tout le monde était d’accord là-dessus. Mais il y a des gens qui ont fait le choix de ne pas venir. Ils ont monté des délinquants pour perturber la rencontre. Une douzaine de personnes parmi 100, se sont levées et ont commencé à proférer des insultes. Si les 90 personnes avaient voulu répliquer, ce serait une catastrophe pour le parti. Nous leur avons dit de rester calmes parce que nous sommes venus résoudre nos problèmes. Parmi les manifestants, il n’y avait que trois personnes qui devaient participer à la rencontre. Les autres n’étaient pas de nos structures. Si on avait laissé faire, ce serait une très grande bagarre.

Comme ils n’ont pas affaire à des poussins d’hivernage, ayant eu écho de leur agissement, nous avons préparé une deuxième salle pour qu’au cas où cela dégénérait, nous puissions y tenir la réunion. Nous avons pris nos dispositions pour tenir notre réunion avec deux heures 30 mn de retard. Et elle s’est poursuivie jusqu’à 17h 30. Ce n’est pas du tout aisé. N’oubliez pas qu’il y a des enjeux qui arrivent et il y a des gens qui pensent qu’il faut qu’ils soient absolument candidats.

Ces derniers pensent que c’est de cette manière qu’ils seront candidats. Mais ils oublient une chose. S’il n’y a pas de cohésion entre nous, les résultats seront mauvais pour eux aussi. Pour l’autre province, c’est la même chose, c’est-à-dire des querelles de personnes. Ce n’est pas une affaire d’idées qui opposerait des gens.

S : L’opposition réclame un audit international du fichier électoral. N’y a-t-il pas lieu de le faire pour que chacun ait le cœur net ?

M.B. : Cet audit, c’est pour faire quoi exactement ? Vous savez comment ça se passe avec le fichier électoral. La CENI a établi un programme pour faire l’enrôlement. Pour ce qui est des doublons, ils seront supprimés. Les gens oublient que l’ancienne carte est valide. Certains ont perdu leur carte d’électeur. Il y a une procédure pour faire un duplicata, mais elle est tellement longue que les gens préfèrent aller se faire enrôler à nouveau. Je crains que ce soit une perte de temps et de dépenses inutiles. Savez-vous combien coûtent ces élections pour un pays comme le nôtre pour vouloir ajouter d’autres dépenses qui n’apportent rien ? C’est à la CENI de voir s’il y a un problème pour faire un audit sur la fiabilité du fichier électoral. Chacun souhaite que les élections se passent non seulement à bonne date, mais aussi qu’elles se déroulent de manière transparente. Cela dans l’intérêt de chacun de nos partis.

S : Un rapport de l’Assemblée nationale relatif au report des législatives a été soumis au président du Faso pour appréciation. Il suscite des controverses. Quelle est votre lecture ?

M.B. : Les élections couplées ont été le fruit d’un consensus. Toute décision prise par consensus doit être appliquée. Maintenant, il est vrai qu’il y a des problèmes. Est-ce que le président seul peut décider de les découpler parce l’Assemblée nationale le lui a demandé ? Le président a appelé les deux parties, la majorité et l’opposition, pour examiner le rapport de l’Assemblée nationale. Après concertations, les deux parties ont dit qu’il est tard de reporter les législatives. Sans compter que les textes de la CEDEAO disent que six mois avant les élections, on ne peut plus changer ce qui a été décidé.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Une chose est sûre. Il y a beaucoup de gens qui ne pourront pas voter. Le gouvernement en est conscient. Le président du Faso s’est rendu lui-même dans une zone difficile d’accès. Le chef d’état-major général des armées a sillonné toutes les zones frappées par l’insécurité pour réorganiser son état-major. L’Assemblée nationale a été dans son rôle, mais la forme n’y est pas. Je souhaite que la classe politique puisse mettre balle à terre afin d’aller aux élections dans la tranquillité, car notre pays en a besoin.

Propos recueillis par
Karim BADOLO

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