Décès du Pr Jean-Baptiste Kienthéga : Le dernier coup de pioche de l’archéologue

Le professeur Jean- Baptiste Kienthéga a été l'une des chevilles ouvrières…

Enseignant et chercheur chevronné, Pr Jean-Baptiste Kienthéga a tiré sa révérence, le mercredi 5 août 2020 à Ouagadougou. L’homme a été le premier professeur titulaire en Archéologie et en Histoire du Burkina Faso.

Le monde universitaire et culturel burkinabè est en deuil. Premier professeur titulaire en archéologie et en histoire du Burkina Faso, Jean-Baptiste Kienthéga est
décédé, le mercredi 5 août 2020, à l’âge de 73 ans. Admis à la retraite en 2010 après plus de quatre décennies d’enseignement et de recherche, l’historien archéologue débute sa carrière comme professeur d’histoire-géographie au lycée Philippe-Zinda-Kaboré, et simultanément au Centre d’enseignement supérieur qui deviendra plus tard en 1974, Université de Ouagadougou (actuelle université Joseph-Ki-Zerbo).

Rigoureux, passionné d’histoire et d’archéologie, il dispense également son savoir au-delà des frontières du Burkina Faso (Togo, Mali, Niger, Benin, Cameroun, etc.). En l’espace de plusieurs décennies, il verra passer sous sa coupe de nombreux étudiants, devenus aujourd’hui cadres supérieurs en archéologie et chercheurs dans ladite discipline. « Je retiens et je m’approprie ses valeurs que sont la rigueur, l’équité et l’honnêteté intellectuelle. Depuis vingt ans, je ne fais que récolter les fruits que ce grand homme a fait germer en moi.

 

…de l’inscription des ruines de Loropéni au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Je ne suis pas le seul de ma génération à tirer profit des enseignements de cet homme. Nous sommes des milliers de Burkinabè et d’Africains à avoir bénéficié de sa pédagogie, de sa science et de son humanisme. Nous étions plus d’une dizaine pour la première promotion de troisième cycle au Département d’histoire dont il était le président de la Commission doctorale. Je me réjouis d’avoir été le premier Docteur du Département d’histoire et archéologie de l’Université de Ouagadougou entièrement formé au Burkina Faso », témoigne l’historien et diplomate, Dr Poussi Sawadogo, dans une
tribune sur le site d’informations burkinabè, lefaso.net.

Archéologue expérimenté, il jouera un rôle prépondérant dans l’inscription, en 2009, des ruines de Loropéni au patrimoine mondial de l’UNESCO. « J’ai défendu le dossier avec le ministre Filippe Savadogo et le dossier est passé comme une lettre à la poste. Ma contribution est donc une recherche scientifique que j’ai menée méthodiquement par rapport au dossier précédent. C’est cela qui a permis l’inscription des ruines de Loropéni au patrimoine mondial de l’UNESCO en juin 2009 », explique-t-il dans une interview accordée au quotidien privé Le Pays. Conseiller technique au ministère de la Culture pendant environ dix ans, il apportera sa touche dans la création du Musée national, et du désormais défunt Institut des peuples noirs (IPN), un projet cher au président Thomas Sankara… Pr Jean-Baptiste Kienthéga est, entre autres, l’auteur d’un essai : « La métallurgie lourde du fer au Burkina Faso ». Docteur d’Etat, il est, également, officier de l’Ordre national, officier de l’Ordre des palmes académiques, et chevalier des arts et des lettres de la République française (1995).

W. Aubin NANA


« Un homme multidimensionnel », Filippe Savadogo, ancien ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication

« C’est avec tristesse que j’ai appris la disparition de cet homme immense et multidimensionnel. Nous nous sommes connus quand j’avais une dizaine d’années. C’est l’un des enseignants qui ont suscité le goût de l’histoire chez de nombreux jeunes Burkinabè. C’était un homme passionné et un homme de terrain. Il était, en outre bon, ouvert, franc, direct et rigoureux. Jean Baptiste Kienthéga était un homme qui aimait ce qu’il faisait, et faisait ce qu’il aimait. Sur le plan humain, il était simplement bon, mais avait ses convictions personnelles. C’est un doyen qui s’en va. Nous pleurons un doyen et un grand homme. Le Burkina Faso perd un géant de la science qui a fait bouger les lignes de l’histoire et de l’archéologie de notre pays, notamment en ce qui concerne l’inscription des ruines de Loropéni, et les hauts-fourneaux de Tiwèga au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO ».


« L’Afrique perd l’un de ses baobabs », Dr Adamou Kantagba, Enseignant-chercheur
à l’université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso

« Sur le plan académique que je décompose en deux axes : l’axe de la recherche et l’axe de la formation, l’homme fut un enseignant-chercheur, plein, très plein. Concernant le 1er axe, par exemple, il est l’auteur de publications (ouvrages/articles) qui font autorité dans le domaine de l’histoire et de l’archéologie. S’agissant du 2e axe, celui à qui le département d’histoire et archéologie doit son 3e cycle, a formé toute une génération de chercheurs qui font, tout comme lui, la fierté du Burkina Faso. Si le
principe des Professeurs émérites existait dans notre système universitaire, comme il en existe ailleurs, il fait certainement partie des enseignants-chercheurs qui l’auraient mérité. Avec sa disparition, le département d’histoire, l’UFR/SH-LAM, l’université Joseph-Ki-Zerbo, le Burkina Faso, mais aussi l’Afrique perd un autre de ses baobabs. Puissent ses travaux inspirer les générations présentes et futures! Reposez en paix, Maître! ».

Propos recueillis par W.A.N.

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