Mali : Entre souveraineté et solidarité

Le Mali a basculé ce 18 août 2020 dans l’incertitude. Des miliaires de l’armée malienne se sont « vu » ou « cru » obligés d’intervenir dans les affaires de l’Etat, en mettant fin aux vagues de contestations dont l’issue finale était perceptible depuis quelques mois. La rupture entre le gouvernement et le peuple était telle qu’il fallait certainement un juge-arbitre. Mais, l’arme était-elle la solution ? En la matière, s’il y a une leçon à donner, les Burkinabè, en toute modestie, auront tout fait pour attirer l’attention de ce peuple frère et voisin sur l’inéluctabilité.

Puisqu’il y a bien eu au Faso, en 2014, ce que les Maliens vivent depuis un bon moment. Le pouvoir dans la rue, non pas pour soutenir, mais pour contester, laissant l’impression que si le gouvernement a une légalité, le peuple, juge suprême, avait depuis retiré la légitimité à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). L’on se rappelle que la Cour constitutionnelle du Mali s’était fourvoyée, en nommant presque des députés.

Au-delà de tout cet imbroglio, le Mali d’aujourd’hui, comme le Burkina d’hier, et malheureusement, probablement d’autres demain, interpelle. La communauté internationale, elle, reste toujours scotchée à des principes de souveraineté. La CEDEAO était bien présente à Bamako, mais souvent, la non-exemplarité de certains membres de la médiation ne pousse pas à une appréciation normale de la crise. Lorsque le vin est tiré et qu’il faille le boire jusqu’à la lie, il se présente aussi une mutation sémantique. Il n’est plus question de souveraineté, puisqu’on peut prendre des mesures d’isolement, d’étouffement économique et diplomatique.

La question devient une problématique de solidarité. Entre qui et qui ? Les autres chefs et le chef déchu ont une solidarité envers le peuple qui pourtant, hier, souffrait le martyre et dénonçait par tous les moyens, une situation difficile. Oui, en 2020, les coups d’Etat, civils ou militaires ne sont pas la panacée et ne sauraient être tolérés. Le Mali d’aujourd’hui rappelle à quelques nuances près, le Mali de 2012 où l’armée était venue pour « balayer » comme en Côte d’Ivoire en 1999. Sauf qu’au bilan, elle avait laissé plus de mauvaises actions.

La hiérarchie militaire malienne qui a opéré le coup d’Etat de ce 18 août, pourra-t-elle regarder ce qu’avait fait un certain lieutenant-colonel, Amadou Toumani Touré, en
1991 ? Ou, regarder un autre exemple au Niger, avec le commandant Salou Djibo ? Dans tous les cas, les officiers supérieurs ont avec eux des exemples à copier. Une transition de douze mois, un Conseil national de la transition, une sorte de parlement. Dans cette nouvelle donne militaro-politique, c’est la classe politique malienne qui est interpellée. L’intrusion de l’armée dans les affaires de l’Etat, signifie tout simplement l’échec cuisant de la classe politique, notamment son incapacité à mettre en priorité les intérêts de tous ces milliers de sans-voix et de sans-voie, perdus dans les miasmes d’Hommes qui se voient tous, en sauveteurs.

Quelle que soit la tournure des choses, le Mali en 20 ans, se retrouve dans un blocage institutionnel qui a contraint la grande muette à donner de la voix. Cette fois sera-t-elle la meilleure ? La communauté des démocrates d’ici et d’ailleurs croise les doigts pour qu’il n’y ait pas un cinquième coup d’Etat. Mais cela, ce sont les fils et filles du Mali qui peuvent prendre cet engagement.
En attendant, les Maliens qui clamaient haut et fort leur souveraineté pour ne pas voir les autres interférer dans leurs affaires intérieures devront compter sur la solidarité des uns et des autres pour sortir de la situation difficile qu’ils connaissent.

Jean Philippe TOUGOUMA

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