Un autre mandat de trop !

C’est acté. Alpha Condé sera bel et bien candidat à sa propre succession comme l’a souhaité son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), lors de sa convention les 5 et 6 août 2020. Le président guinéen a enfin accepté cette semaine la nomination de son parti, pour briguer un troisième mandat. Cette annonce, qui n’est pas aussi surprenante, lève définitivement le voile sur les intentions de M. Condé de se maintenir au pouvoir. A travers la révision aux forceps de la Constitution, l’octogénaire avait déjà laissé percevoir ses ambitions. Son seul souci restait à trouver la parade pour annoncer cette candidature.

Gonflé à bloc par la décision de son homologue ivoirien, Alassane Ouattara de s’offrir aussi un troisième mandat, Alpha Condé est plus que jamais déterminé à tenter le coup. Cependant, il n’ignore pas qu’il n’a pas les mêmes chances. Si le président ivoirien semble présenter une dose de confiance, en prenant le soin d’annoncer lui-même sa candidature, ce n’est pas le cas pour le Guinéen. Contrairement aux deux précédentes élections présidentielles où Alpha Condé avait lui-même annoncé sa candidature, cette fois il a manqué de courage pour le faire. Il s’est contenté cette fois-ci d’un communiqué conjoint de son parti et des formations qui le soutiennent pour l’annoncer dans les médias d’État.

Craignant une nième vague de contestation que cela pourrait susciter, le professeur d’université a préféré jouer la carte de la prudence en ne prenant pas les devants pour annoncer sa candidature. Rien que cette posture montre à souhait le caractère impopulaire de sa décision. Et il le sait mieux que quiconque, car le contexte ivoirien est totalement diffèrent de celui de son pays. Cette parade qui consiste à réviser la Constitution pour se donner encore une autre chance de briquer la magistrature suprême peut lui revenir à la face. Certains chefs d’Etat ont payé les frais de cette politique de l’autruche. La situation socio-politique en Guinée est très déjà tendue avec des manifestations réprimées dans le sang par les forces de l’ordre.

Malgré tout, M. Condé n’en démord pas. Il tient à tout prix au fauteuil présidentiel. Si ce passage en force venait à s’opérer en Guinée, tout comme en Côte d’Ivoire, ce serait tout simplement un recul démocratique pour le continent. Car, cela pourrait servir d’exemples à d’autres pouvoirs en place pour opérer des coups d’Etat constitutionnels. Il n’y a pas de un sans deux, a-t-on coutume de dire. Et ce serait regrettable. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes pour combler son retard de développement vis-à-vis des autres continents. La Guinée a beaucoup souffert de la présidence à vie sous l’ancien chef d’Etat, Lansana Conté qui a dirigé d’une main de fer le pays de 1984 jusqu’à sa mort en décembre 2008.

L’actuel président en a fait son cheval de bataille lorsqu’il était dans l’opposition en dénonçant les velléités de M. Conté de vouloir s’éterniser au pouvoir. Vouloir faire comme son prédécesseur, c’est non seulement remettre en cause ses propres principes, mais c’est aussi et surtout mettre sous boisseau les intérêts de la Guinée au profit de ses ambitions démesurées.

Ce pays riche en ressources minières mais qui peine à décoller sur le plan économique ne mérite pas un tel sort. Il appartient donc aux Guinéens et aux démocrates africains épris de paix et de justice de se dresser contre ces chefs d’Etat préoccupés par les délices du pouvoir plutôt que par la bonne marche de leurs pays. L’archevêque d’Abidjan, Mgr Jean-Pierre Kutwa a déjà donné le ton en terre ivoirienne en critiquant ouvertement l’inopportunité de la candidature d’Alassane Ouattara.

Abdoulaye BALBONE

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