La maison de mon voisin est tombée

Vous connaissez tous mon voisin ! Oui, celui d’en face, le grincheux qui n’a pas sa langue dans sa poche. Sa maison est tombée avant-hier au petit matin. Le « bunker en banco » a fini par s’agenouiller, puis par céder à la furie des eaux. Depuis quelques jours, mon voisin faisait le tour de sa concession après chaque pluie. Dans un monologue sans fin, il parlait à sa maison en regardant le ciel avec dédain et hargne.

C’était comme s’il mettait le locataire du ciel en garde contre toute blague de mauvais goût. Il avait une dent contre ce ciel qui d’habitude était le symbole de miséricorde mais qui depuis quelque temps, menace de noyer la terre. La maison de mon voisin n’est pas de la dernière pluie ; elle fait partie d’une horde d’habitations dont les fondements datent des « Soleils des Indépendances ». Chaque année, il fait des retouches à la bâtisse pour contrer les eaux de pluies. Il a même érigé un grand gendarme-couché devant sa porte pour parer à toute éventualité. Des opérateurs économiques lui ont maintes fois proposé d’acheter le terrain au prix d’or et fort. Mon voisin est resté chaque fois de marbre et droit dans ses bottes. Sa cour n’est pas à vendre et ne sera jamais vendue, quel que soit le prix. Il explique à qui veut l’entendre que son placenta couve sous sa terrasse et qu’il ne laisserait personne le profaner. La maison de mon voisin est tombée. On ne déplore aucune perte en vie humaine. Mais c’est tout comme. Depuis avant-hier, le sinistré est monté au créneau pour dénoncer le mutisme et la léthargie des autorités communales.

Il a dénoncé le manque de caniveaux et fustigé l’absence de routes dans l’ensemble de la commune. Chaque année quand il pleut, notre quartier ressemble à un vaste marécage. Les nids de poule ont pignon sur rue avec des profondeurs de puits perdus. Ceux qui ont les moyens ont bâti une forteresse en béton tout autour de leur propriété. La route qui mène chez l’édile a été revêtue de latérite et renforcée de moellons pour rendre carrossable les passages de l’autorité. Devant la cour du maire, un long caniveau a même été creusé pour drainer les eaux de pluie loin de son domicile. Il paraît que c’est un entrepreneur « patriote » qui a gracieusement assuré les travaux. Pour accéder à la mairie, les usagers sont obligés de garer à cent mètres pour marcher comme des funambules sur des cailloux alignés sur un tapis d’eau. Quand il arrivait à la mairie, le maire avait fait le tour du quartier et avait fait le serment de faire bouger les lignes. Aujourd’hui, il est toujours sur la ligne de départ. Depuis qu’il s’est affalé dans son fauteuil douillet, les populations le voient à peine. Quand il passe, il éclabousse ses administrés ou les saupoudre de poussière. C’est cela la face cachée de notre infortune ! C’est cela la rançon de la démocratie des promesses. Il n’y a rien de plus désolant qu’une maison qui tombe sans prévenir. Il n’y a rien de plus désemparant que de voir son héritage s’écrouler sous les gravats comme un château de cartes. La maison de mon voisin est tombée, parce qu’il n’y a pas d’infrastructures adaptées en termes de voiries et de canalisations. Combien coûte un fossé de cent mètres ? Combien coûte une tonne de latérites ou de moellons ?

La maison de mon voisin est tombée, parce que le pauvre n’a pas sa place en ville. Sa maison est tombée parce que les matériaux de construction coûtent cher et il n’y a pas de mesure d’accompagnement en faveur des pauvres. Quel rôle jouent nos communes dans l’amélioration de nos cadres de vie ? Sur quel bilan comptent nos autorités communales pour défendre leur prochain bail ? Quand un maire marche en cloche-pied par-dessus des flaques d’eau pour accéder à son bureau, à qui faut-il crier haro ? A quoi cela sert-il de construire un château dans un essaim de taudis et être fier de son mandat ? En attendant les réponses à ces questions, le temps est encore à l’orage. De Yamtenga à Djikofè, de Bassinko à Wapassi en passant par Marcousis, que de soucis pour les sans-logis des non-lotis oubliés ! En attendant les prochaines pluies, allons vite nous placer dans le rang des sinistrés bien placés pour bénéficier du fonds de soutien aux déplacés à replacer.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

 

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