Le meilleur n’est pas toujours le meilleur !

Il ne suffit pas d’être toujours le meilleur en classe pour avoir sa place au soleil au Faso. Il ne suffit pas d’être le plus intelligent pour réussir sans coup férir dans notre jungle commune. En vérité, je vous le dis : ici au Faso les vrais premiers sont généralement les derniers. Le premier qui ne connaît pas quelqu’un qui connaît quelqu’un trouvera à la ligne d’arrivée le dernier de classe qui n’a pas pris part à la course.

Le gagnant n’est pas toujours le vainqueur ; le trophée n’est pas le symbole de la victoire ; on peut échouer et se retrouver sur la première marche du podium et narguer celui dont on a usurpé la place. La récompense n’est pas toujours le fruit de l’effort ; il suffit parfois d’être le fils ou la fille de l’homme fort pour avoir droit à tout, partout.

C’est triste, mais c’est cela le visage de mon pays tant aimé ; c’est cela la face cachée du pays des Hommes intègres ; c’est cela le sosie parfait, le portrait-robot de notre intégrité, de la duplicité nationale. Drôle d’intégrité à double face : belle et hideuse à la fois ; digne et honteuse ; honorable et vile à la fois. Dans ce pays, les gens crient leur intégrité sur tous les toits mais dans les coulisses de leur conscience, il y a trop d’immondices, trop d’ordures à la puanteur fétide.

Dans ce pays, ceux qui clament à coup de trompette et de tam-tam et sur fond de réclame que l’égalité des chances est un droit n’y croient pas. C’est un secret de polichinelle !
On peut prôner dans son discours cette égalité des chances et faire intégrer indûment le flemmard cousin ou le veule neveu au détriment du battant orphelin sans pain, sans soutien. On peut même faire de la lutte contre la corruption son cheval de bataille le jour et marcher la nuit à quatre pattes pour ventiler les enveloppes de la compromission.

C’est ceux qui ont les moyens qui peuvent acheter un concours à coût de millions. C’est celui qui est bien placé et haut placé qui peut faire glisser le nom de son fils, de sa femme, de sa belle-sœur ou de son « deuxième bureau » sur la liste des admis. En vérité, ce sont les enfants des pauvres qui méritent vraiment et souvent d’être retenus. Mais la réalité est tout autre. Combien sont-ils ces ministres, DG et autres chefs à placer quelqu’un frauduleusement, indûment, impunément ?

Combien sont-ils ces faiseurs de roi qui préfèrent que ce soit plutôt le fils du frère de la sœur de l’oncle que l’inconnu dont les compétences parlent à haute voix ? Même au front, il y a des enfants de certains qui n’y iront jamais tant que « tonton » sera aux commandes. Même à l’église ou à la mosquée, il y a plus de chapelet de péchés que d’objets de piété bénis, mais restons dans le sujet !

Avec tout cela, on est étonné que le crack du haut de ses 17/20 soit relayé au second plan, pire rejeté à la queue au profit d’un nullard haut gradé. On prendra à sa place celle qui a 06 ou 08 sur 20, parce qu’elle a une tante qui flirte avec un manitou du système. Avec tout cela, on parle d’excellence sans nous dire qu’à la fin, il y a aussi la complaisance et que seule la raison du plus fort sera la meilleure.

Par exemple, pour user d’un faux diplôme et accéder à un poste, on ne consulte pas le cordonnier du coin ni le balayeur de rue ; il faut passer par quelqu’un et pas n’importe qui. Pour avoir le «pétrole » pour un examen ou pour un concours, il ne suffit pas d’aller à la pompe ; il faut savoir frapper à la bonne porte. Et il n’y a pas deux bonnes portes ! Il faut avoir une certaine parcelle de pouvoir pour pouvoir pourvoir ses proches en poste au sein de la Fonction publique.

Parfois, c’est juste un bout de papier griffonné à la sauvette et transmis à qui de droit qui ouvre les portes à l’emploi. Souvent, c’est un coup de fil chuchoté de quelqu’un qui crée le travail pour quelqu’un d’autre. Oublions ces stages de trois mois au ministère qui se terminent huit mois après par une intégration en catimini. Ne parlons pas de cette vieille nouvelle trouvaille appelée mesures nouvelles, parfois taillées sur mesure pour contenter ou récompenser « mon », « ton », « son », pour service rendu à la Nation.

Ces agents « frelatés » et de « second choix » remplissent notre Fonction publique. Et dire que ce sont ces « parvenus » qui n’arrêtent pas de rabâcher qu’ils sont sortis de la cuisse de Jupiter. Ce sont ces agents péchés à la ligne et parfois en ligne selon la stratégie de « défense en ligne » qui nous empêchent aujourd’hui de faire bouger les lignes.

C’est indigne, mais le comble, ils seront appelés sous le drapeau et dans le tintamarre des fanfares. Ils seront élevés au rang de demi-dieux de la patrie sous les ovations de la fratrie meurtrie. C’est ça le Faso et les concours de l’ENAREF et de la Douane sont les témoins oculaires et spectaculaires d’une tragédie traitée au fond de teint avec une comédie qui frise l’hérésie. Je continue de rire…

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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