Village de Koro dans les Hauts-Bassins : Ils vivent en hauteur et cultivent en bas

Le village de Koro situé en hauteur fascine par son relief et le courage de ses agriculteurs.

Le village de Koro, situé sur un rocher granitique, à une quinzaine de kilomètres, à l’Est de Bobo-Dioulasso, dans la région des Hauts-Bassins, regorge de paysans qui forcent l’admiration. En raison du caractère accidentel de leur milieu, ils descendent de près de 260 m au sol pour cultiver au bas des rochers et sur des terres fermes pour leurs besoins alimentaires.

Le ciel est clair et dégagé ce mardi 15 septembre 2020, dans le village
« légendaire » de Koro, situé sur un rocher de granite à une quinzaine de kilomètres (km), à l’Est de Bobo-Dioulasso, dans la région des Hauts-Bassins. Aucun nuage annonciateur de pluies dans le firmament. Mais, les spéculations (mil, maïs et riz) ont soif des dernières « eaux du ciel » pour bien mûrir en cette période de la campagne humide. Dans des emblavures, allant de quelques mètres carrés (m2) à près d’un hectare (ha), situées au bas des rochers, faute de superficies cultivables en hauteur, des tiges de maïs, parmi tant d’autres cultures, virevoltent sous l’effet de l’air matinal.

A vu d’œil, il est unanime que le paysage agraire de Koro est difficile d’accès. Des roches qui dateraient des périodes géologiques, détachées par endroits pour se retrouver au sol et entourées de hautes herbes, sont visibles. C’est dans ces conditions que Tonda Sanou, 47 ans, mariée et mère de quatre enfants et originaire du village perché à près de 260 m du sol, selon les données GPS et bien d’autres producteurs pratiquent l’agriculture. Elle affirme que cultiver dans cette bourgade de l’arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso comprenant six secteurs et six villages, relève d’un parcours de combattant. La quadragénaire précise que les gros cailloux constituent de véritables entraves aux activités agricoles.

L’air triste, elle évoque concomitamment le difficile accès aux terres par les femmes de la localité et les dures conditions d’agriculture qui l’ont vu naître et grandir. « Je n’ai pas de terres cultivables. C’est mon mari qui m’a cédé ce lopin de terre et j’y cultive pour le moment », précise-t-elle. Cependant, la terre, à Koro, qu’elle que soit le propriétaire, indique Tonda Sanou, est remuée dans ce relief accidentel par du matériel rudimentaire, la daba (outil africain similaire à l’herminette), dès les premières pluies. Elle dit, d’abord, isoler, à l’approche des travaux champêtres, les gros cailloux.

Ensuite, elle désherbe avec tact à l’aide de la daba, pour, enfin, disposer d’un champ de moins d’un demi-hectare au pourtour des « pierres ». Elle y cultive du maïs en utilisant la fumure organique, non pas sur des buttes, comme elle l’aurait souhaité, mais sur une terre « plate » remuée, pour espérer récolter six sacs de 100 kg de maïs. « Les conditions dans lesquelles certaines personnes tentent de cultiver dans la partie du village située en hauteur sont les mêmes qu’en bas des rochers où l’on ne peut pas cultiver avec la charrue », déplore dame Sanou.

Cultures en terres fermes

Les bas des rochers sont exploités par les producteurs de Koro au regard
de l’hostilité du milieu.

Mais, les terres fermes, peu distantes des périmètres rochers, constituent des zones de prédilection agricoles pour des agriculteurs de Koro qui y ont élu domicile en saison pluvieuse loin des collines. Font partie de ceux qui utilisent ces terres aux emblavures grandes par rapport à celles des rochers, l’adjudant-chef major de la Gendarmerie à la retraite, Sangouan Sanou, 59 ans, marié et père de cinq enfants. En compagnie de la cheffe de Zone d’appui technique (ZAT) de la commune de Bobo-Dioulasso, Margueritte Dabiré/Somé et d’autres agriculteurs qui ont, auparavant, exposé leurs doléances (appui en intrants, implications des techniciens agricoles dans le système de distribution électronique appelé e-voucher, etc.), nous découvrons l’exploitation.

Elle s’étend sur 5,5 ha dont près de 4 ha exploités comprenant des spéculations diversifiées telles que le riz (0,75 ha), l’arachide (1 ha), le gombo (0,25 ha) et le reste pour le maïs. Malgré les difficultés rencontrées, entre autres, l’abondance des pluies, par moment, qui ont submergé des récoltes sur cette partie de Koro, la production attendue, aux dires du retraité de la Gendarmerie, pour cette saison, est de 2 t/ha. Comme techniques agricoles, c’est la diversification des cultures que Sangouan Sanou utilise avec à la clé la culture d’arbres fruitiers notamment l’anacardier ou pommier-cajou.

« Pour toutes ces productions, j’ai utilisé des animaux de trait. Une autre difficulté est l’obtention de la main d’œuvre pour le sarclage et je me suis tourné vers les pesticides concernant le champ de maïs afin d’enlever les mauvaises herbes », précise Sangouan Sanou. Le sous-sol du champ, peu profond et argileux est « caractéristique » du village de Koro. Pour M. sanou, il demeure l’un des facteurs qui l’amènent à semer son emblavure dès les mois d’avril et de mai avant les paysans d’autres villages qui, selon lui, ont la possibilité d’attendre la première quinzaine du mois de juillet pour débuter les semis. « Si je tente cette aventure à Koro, toute ma production sera vouée à l’échec.

Commencer tôt présente un désavantage car aux mois d’avril et de mai, les animaux sont toujours en divagation, donc nuisibles aux cultures, surtout aux arachides », démontre-t-il. Motivé depuis des lustres sur son domaine d’exploitation, le producteur suit les traces de son défunt père qui était, se souvient-il, un grand agriculteur. « Je suis l’aîné de la famille et j’ai grandi dans l’agriculture. Même avant d’être gendarme, j’avais voulu postuler au concours de l’agriculture et mon papa a refusé. La raison, il voulait que je sois dans l’armée ou dans la médecine. Je puis vous dire qu’avant ma retraite, je pratiquais l’agriculture partout où j’étais appelé à servir », laisse-t-il entendre.

Une agriculture séculaire

La productrice Tonda Sanou déplore les difficiles conditions agricoles
dans le village de Koro.

Le village de Koro existe depuis des siècles, avec des hameaux de culture, selon son président du Conseil villageois de développement (CVD), Sangouanssira Sanou. En 2008, il était habité par près de 30 000 âmes composées de Bobo, de Peulhs, de Dioulas et de Bobo-Dioulas. La distance des rochers à la lisière du village est estimée à une dizaine de km. Sangouanssira Sanou renchérit que les paysans de Koro ont envahi les terres fermes pour leurs activités économiques et possèdent dans leur majorité un animal qui les aide dans les travaux champêtres.

Le secrétaire général du CVD de Koro, Bréhima Sanou, un ancien guide, indique que c’est à l’époque des résistances africaines, notamment celles de Samory Touré contre le « colon blanc », que les « vieux » de Koro ont rejoint les hauteurs du village pour échapper à la razzia « samoryenne ». Heureusement, se réjouit-il, il n’y a pas eu de guerre entre les troupes du « résistant africain » et les populations du village de Koro. Chaque habitant de Koro, raconte-t-il, possède deux habitations à savoir l’une sur les rochers et l’autre sur la terre ferme pour pratiquer l’agriculture.

Dans les temps anciens, se souvient-il, les ancêtres faisaient des pérégrinations entre les terres basses et les sommets des rochers où est « niché » le village. « La diversification des activités notamment l’élevage, les constructions d’habitat, la recherche de l’eau et les va-et-vient pour monter sur les collines ont milité à la faveur de la conquête des terres basses par les habitants. De nos jours, en saison sèche, les habitants remontent pour célébrer mariages et fêtes coutumières », renseigne Bréhima Sanou. A entendre la cheffe ZAT de Bobo-Dioulasso, Koro est l’un des villages à proximité de la commune où les producteurs déploient des efforts, au bas des « falaises » pour des rendements acceptables au bonheur de leurs familles.

« Notre appui auprès des producteurs de Koro se résument aux conseils pour l’utilisation des intrants offerts par le gouvernement et les techniques culturales pour chaque spéculation », affirme-t-elle. Les agriculteurs de Koro sont réceptifs, à en croire Mme Dabiré, aux sensibilisations qui leur sont faites. Ils participent aux rencontres d’informations et d’échanges pour améliorer leurs pratiques agricoles, soutient-elle.

Le « e-voucher » incompris

Cependant, le système de distribution électronique d’intrants initié par le gouvernement et mis en œuvre par le ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydroagricoles appelé « e-voucher » est incompris des paysans de Koro. Lors des échanges avec eux, ils ont déclaré ne pas pouvoir déchiffrer les « sms » ou messages électroniques qui leur sont destinés. Cette situation s’expliquerait par le fait que la distribution des intrants s’est faite sur la base du récent recensement agricole qui, malheureusement, n’a pu atteindre le village. Toutefois, Mme Dabiré, confie que les riziculteurs, pour satisfaire l’initiative présidentielle « Produire un million de tonnes de riz paddy » au profit de la campagne agricole 2019-2020, ont bénéficié des intrants.

Les responsables du village de Koro, en compagnie de la cheffe ZAT, Margueritte Dabiré/Somé (milieu), ont exposé leurs doléances agricoles.

L’un des membres de l’Union départementale des producteurs de riz de Koro, Noumoutié Frédéric Sanou, appuie qu’au mois de juillet, trois tracteurs ont été mis à la disposition des producteurs de riz dans deux bas-fonds. Nonobstant les contraintes évoquées, foi de Mme Dabiré, les agriculteurs de Koro, à travers la production rizicole atteignant des tonnes à l’hectare, contribuent « énormément » à l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des Hauts-Bassins. « La première contribution majeure est le maïs frais mis à la disposition des consommateurs.

Il y a aussi la production des sociétés coopératives de maïs sec au profit des commerçants et des habitants eux-mêmes. Pour les membres de l’Union provinciale des producteurs agricoles (UPPA), ils engrangent aussi des revenus importants quand les prix de vente des céréales grimpent », retient-elle. Elle lance un appel aux agriculteurs de Koro d’expérimenter les semences améliorées pour augmenter leurs rendements, de respecter le calendrier cultural pour faire face au changement climatique et de se concerter avec les éleveurs pour éviter les conflits.

Selon le Directeur régional de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique, Dourossin Mathurin Sanon, le paysage agraire de l’Ouest Burkina est, dans l’ensemble, caractérisé par des cultures de champs associées à des espèces utilitaires (karité). A son avis, les habitants de koro ont su s’adapter à leur environnement en cultivant au bas des rochers et sur des terres fermes, en associant l’agroforesterie. A y regarder de près, les élévations de Koro sont, par endroits, cultivables avec ça et là de petits champs de gombo, de mil, etc. mais, il faut des moyens pour avoir des superficies en écartant nécessairement les blocs de pierre afin de cultiver dans un milieu aussi hostile que favorable. C’est à ce dur labeur que se donne Drissa Sanou, le mari de la productrice Tonda Sanou, en haut des rochers en cultivant avec détermination au milieu du granite.

 

Boukary BONKOUNGOU
(bbonkoungou@gmail.com)


Christophe Sanon, maire de l’arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso
« Le village de Koro est l’un des pionniers
de la culture attelée »

« Les habitants de Koro sont de vrais producteurs et ont été parmi les premiers à pratiquer l’agriculture attelée en utilisant les bœufs de trait. Le village n’a pas de problèmes de terres cultivables, c’est simplement sa position géographique qui est le handicap. En effet, les femmes souffrent pendant la saison sèche pour faire monter l’eau de boisson et celle des animaux. Cette situation est d’autant plus compliquée que quand tu leur rends visite, tu n’as pas envie de boire quand on te donne de l’eau. Le conseil d’arrondissement envisage faire un château pour les aider à pallier cette difficulté. Ce qu’il faut saluer à sa juste valeur, c’est la contribution des étudiants de l’Université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso qui ont expérimenté des semoirs au profit des producteurs de Koro notamment les femmes qui sont désignées pour semer, dans la localité. La mairie encourage les paysans de Koro surtout dans ce contexte sécuritaire difficile ».

B.B

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