Côte d’Ivoire : l’opposition aux abois

Alors que l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 s’approche à grands pas, les opposants ivoiriens ne faiblissent pas d’ardeur dans leurs actions de lutte contre le 3e mandat du président sortant, Alassane Dramane Ouattara, qu’ils qualifient d’anticonstitutionnel. Une fois de plus, ils ont encore démontré, urbi et orbi, samedi 10 octobre dernier, à travers un meeting géant tenu dans la cuvette du stade Felix-Houphouët-Boigny d’Abidjan. Au cours de ce rassemblement, les figures de proue de cette coalition d’opposants, ont appelé leurs militants à la désobéissance civile afin de contraindre l’actuel locataire du palais de Cocody à renoncer à sa volonté de briguer la magistrature suprême. Mais, face à l’intransigeance du mentor du Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui tient mordicus sur sa position, ses détracteurs tentent vaille que vaille de convaincre la communauté internationale et particulièrement la France à se saisir du dossier, au regard des tensions qui se profilent à l’horizon. En effet, chacun d’eux, avec sa manière et sa technique, espère faire sortir le président Emmanuel Macron, et bien d’autres acteurs de la communauté internationale, de la CEDEAO de leur silence sur la question du troisième mandat en Côte d’Ivoire. Le Sphinx de Daoukro, Henri Konan Bédié, lui aussi candidat à l’élection présidentielle, l’a une fois de plus manifesté au cours du meeting, en interpelant cette fois-ci, de vive voix, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guitirres, à se pencher sur la situation dont la maîtrise semble leur échapper à petit à petit. Est-ce un aveu d’impuissance ou les signes de toute une opposition aux abois ? La situation est-elle si intenable que la communauté internationale s’en saisisse déjà ? Vraisemblablement, et toutes proportions gardées, l’attitude servile des ténors de la plateforme de l’opposition ivoirienne porte à le croire. On comprend, pourtant, difficilement cette posture de la classe politique ivoirienne qui pense qu’elle ne peut pas régler elle-même les problèmes du pays, espérant une solution extérieure. A l’évidence, il n’y a pas, pour l’instant, péril en la demeure. Il serait donc hâtif, à la limite superfétatoire d’attendre déjà une intervention d’un « bon samaritain ». Au nom de la souveraineté nationale dont se targuent nombre d’Etats africains depuis leur accession à l’indépendance, il est, au demeurant, saugrenu et voire aberrant de voir des leaders politiques aspirant à gérer le pouvoir d’Etat, demander l’intervention express d’une main extérieure dans la gestion d’une crise interne.
En Afrique, on veut d’une chose et son contraire. On a toujours reproché aux pays occidentaux et à cette même communauté internationale, son ingérence dans les affaires internes des pays. Pourquoi cette propension des opposants et candidats à interpeller toujours la communauté internationale à venir intervenir dans leur pays ? « La Côte d’Ivoire aux Ivoiriens ! », avait-on coutume d’entendre au bord de la lagune Ebrié. Fort de cela et, bien plus, au nom de la souveraineté nationale des pays, il revient aux acteurs directs de la politique ivoirienne, à eux seuls, de trouver des solutions internes à cette crise pré-électorale qui cristallise la sous-région ouest-africaine. En effet, cette ambiguïté des politiques africaines doit cesser au risque de jeter le discrédit et le trouble sur leurs capacités intrinsèques à faire face aux défis de leur gouvernance. Cela y va de leur crédibilité, de leur sens de responsabilité et surtout de leur capacité à mieux ancrer la démocratie, évitant ipso facto, au pays ce que les plus pessimistes présagent.
L’indépendance, chèrement acquise, parfois au prix du sang, doit s’assumer stricto sensu. « L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle », avait, en effet, martelé Antoine de Saint Exupéry. Et c’est à l’aune de ses difficultés, inextricables soient-elles, que l’hégémonie du pays peut encore se réaffirmer. Et ce sera au grand bonheur de l’ensemble de la région ouest africaine, surtout de ces ivoiriens qui ne souhaitent que la quiétude et la stabilité pour mener à bien leurs activités. Les acteurs politiques ivoiriens doivent et peuvent y parvenir, pour peu que chacun mette en avant l’intérêt supérieur de la nation, en se gardant de jeter de l’huile sur le feu.

Soumaïla BONKOUNGOU

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