Sandra Clark, ambassadrice des Etats-Unis au Burkina Faso

Sandra Clark est la nouvelle ambassadrice des Etats-Unis au Burkina Faso depuis le 25 septembre 2020. Dans cet entretien, elle parle de la coopération entre les deux pays et dévoile les grandes priorités de son mandat.

Sidwaya (S) : Presque tout le Burkina Faso est classé zone rouge et déconseillé par certains de ses partenaires occidentaux. N’avez-vous pas peur de travailler dans ce pays?
Sandra Clark (S.C.) : Pas du tout ! Au contraire, je suis ravie d’être ici. Le Burkina Faso est actuellement confronté à de nombreux problèmes de sécurité mais les Etats-Unis sont un partenaire indéfectible et nous travaillons ensemble à développer des solutions pour contrer la menace de l’extrémisme violent. Je m’attellerai avec le gouvernement et d’autres partenaires à apporter des contributions positives face à ce défi complexe.

S : Sous quel signe placez-vous votre mission au Burkina Faso ?
S.C. : Le Burkina Faso est un pays fascinant et j’aimerais approfondir mes connaissances sur ce très beau pays et apprendre plus sur son peuple et sa culture. J’aimerais rencontrer beaucoup de personnes dont le gouvernement, les Organisations de la société civile, les médias, etc. Ensuite, je vais m’assurer que les programmes que nous avons mis en place pour soutenir le processus électoral se déroulent bien. Cela est très important pour nous, parce que nous sommes déterminés à accompagner la tenue d’élections libres, justes et inclusives au Burkina Faso.

S : Quels sont les projets inscrits à court terme dans votre agenda au Burkina ?
S.C. : Mes priorités se déclinent en trois domaines interconnectés. Promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance et les droits de l’homme, faire progresser la sécurité nationale et régionale, lutter contre les maladies et encourager les opportunités économiques. Je miserai sur les relations solides entre les deux gouvernements pour consolider nos interactions et renforcer nos partenariats. Nos liens interpersonnels sont importants à la fois pour faire converger des similitudes entre nos pays et pour améliorer notre compréhension mutuelle.

S : Quelles appréciations faites-vous de la coopération entre les Etats-Unis et le Burkina Faso ?
S.C. : La coopération entre nos deux pays est riche. Nous travaillons ensemble dans plusieurs domaines. Il y a le soutien sécuritaire, le développement économique, l’aide humanitaire, les relations entre individus et dans bien d’autres domaines. Il y a des domaines où nous pouvons faire encore plus. Par exemple, nous venons de signer, il y a quelques mois, l’accord du second compact du Millenium challenge corporation (MCC) et c’est un exemple de notre engagement au Burkina Faso. C’est la preuve que les Etats-Unis aiment travailler en partenariat et nous allons utiliser ce partenariat pour renforcer notre présence au Burkina.

S : Justement, le Burkina a bénéficié d’un second compact axé sur le secteur de l’énergie, pour un coût de plus de 270 milliards F CFA, auprès du gouvernement américain. Qu’est-ce qui a valu ce double soutien à ce pays?
S.C. : C’est l’accomplissement réussi du premier compact dont a bénéficié le Burkina Faso qui a fortement influencé la décision d’établir ce deuxième compact. Ce nouveau compact s’est développé en étroit partenariat avec le gouvernement du Burkina Faso et concerne les secteurs de l’énergie et de l’électricité. Il ambitionne d’élargir la croissance économique et réduire la pauvreté sur le long terme. Je suis très contente de voir que les négociations sur ce compact ont abouti. Ce projet, c’est 450 millions de dollars US du côté américain, soit une subvention sur cinq ans et une autre partie financée par le gouvernement burkinabè à hauteur de 50 millions de dollars US. Cela fait donc au total 500 millions de dollars et c’est un grand investissement pour le futur.

S : Tout comme les Etats-Unis, la COVID-19 touche le Burkina Faso. Le pays des Hommes intègres peut-il compter sur le soutien de son partenaire américain dans la lutte contre la pandémie ?
S.C. : Le gouvernement des Etats-Unis reste déterminé à soutenir le Burkina Faso dans la lutte contre cette pandémie. Nous avons déjà engagé une aide financière supplémentaire de 18 millions de dollars en aide sanitaire et humanitaire. Cette assistance a pour objectif d’accroître les mesures de prévention et de contrôle dans les structures de santé. Ce soutien vise également
à renforcer l’engagement
et la communication communautaires et une meilleure coordination entre les gouvernements, le personnel de santé et la communauté internationale. Mais avant, nous avons soutenu la création du Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) dont le directeur a reçu une formation aux Etats-Unis. Tout cela traduit la présence et le soutien du gouvernement américain vis-à-vis du peuple burkinabè.

S : En quoi consiste le partenariat entre votre pays et le Burkina dans la lutte contre le terrorisme ?
S.C. : Les Etats-Unis sont engagés dans une série de programmes d’assistance sécuritaire au Burkina Faso. Cela vise à répondre aux besoins des Forces de défense et de sécurité (FDS) et à contrer la menace causée par l’extrémisme violent. Notre soutien consiste à amplifier l’efficacité des FDS. Nous avons un vaste programme pour améliorer la capacité de travailler ensemble contre ces menaces.

S : Les Etats-Unis ont élevé la voix en juillet dernier contre les armées du Sahel à propos des présumées violations des droits humains dans la lutte contre le terrorisme. Qu’attendez-vous de ces Etats et de leurs armées ?
S.C. : Les violations des droits de l’homme sont un obstacle et doivent s’arrêter. Et cette question a été soulevée auprès des responsables politiques et militaires. Je vais poursuivre cet engagement afin de prévenir de nouvelles violations et aussi pour encourager des enquêtes qui vont situer les responsabilités sur les violations spécifiques. Nos partenaires ont reconnu à maintes reprises l’importance des droits de l’homme et celle d’enquêter sur les abus signalés et aussi situer les responsabilités des personnes impliquées. Cela est à saluer.

S : A quoi peut-on s’attendre, si les enquêtes promises par les pays du G5 Sahel, à la suite du rapport de Human Rights Watch, n’aboutissent pas ?
S.C. : Je ne peux pas spéculer sur l’issue d’une enquête qui est en cours mais ce que je peux dire c’est que conformément à la loi américaine, les Etats-Unis ne fournissent aucune assistance aux unités de forces qui sont impliquées de manière crédible dans la commission d’une violation flagrante des droits de l’homme. C’est très clair.

S : Le débat sur les troisièmes mandats présidentiels fait rage en Afrique. Qu’en pensez-vous, vous qui venez d’un pays très attaché aux principes démocratiques ?
S.C. : Les Etats-Unis sont déterminés à soutenir les élections libres, justes et inclusives. La conduite des élections est très importante pour les défenseurs de la démocratie dans le monde entier et nous voulons que toutes les parties participent pacifiquement à ce processus démocratique. Cela c’est très important. L’adhésion à ces normes démocratiques et à l’Etat de droit permet à tous les citoyens de participer au dialogue politique et de soutenir les candidats, les partis et la plateforme de leur choix.

Interview réalisée par
Nadège YAMEOGO

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