La nécessaire rationalisation

Les candidats à l’élection présidentielle et aux législatives du 22 novembre 2020 sont à l’assaut de l’électorat. Après plus d’une semaine de pêche aux voix, un premier constat s’impose. La campagne électorale remet au goût du jour, la question de la pertinence du nombre de partis politiques au Burkina Faso. Créés à la suite de la dislocation d’anciens partis ou nés de nouvelles ambitions politiques après l’adoption de la Constitution de 1991, leur nombre est pléthorique. Rien que pour les présentes échéances électorales, les partis et formations politiques autorisés à y prendre part sont au nombre de 146. A ceux-là, s’ajoutent 15 regroupements d’indépendants.

Le système partisan burkinabè, c’est peu de le dire, est arrivé à “saturation “. Entre partis réellement structurés, ceux dits “queues de lion” ou “têtes de rat”, le landerneau politique burkinabè comptera bientôt, si la tendance se maintient, autant de partis que de communes, voire de villages, “oscillant “entre social-démocratie, libéralisme social (c’est une exception burkinabè), libéralisme pur et dur, marxistes reconvertis et orthodoxes et autres « sankaristes ». Les analystes et encore moins les populations ne savent plus où donner de la tête en cette période de campagne électorale où les offres politiques se ressemblent, se dédoublent, se complètent, comme des frères siamois, la seule différence résidant dans la forme dans laquelle elles sont déclinées. Là où certains voient des signes d’une vitalité démocratique, d’autres questionnent un système démocratique à trompe-l’œil, entretenu par des financements publics à très peu de partis.

Entre deux élections, seuls quelques partis éligibles aux financements hors campagne (ceux ayant obtenu au moins 3% aux dernières élections) ont véritablement les capacités d’animer la scène politique nationale. Plus d’une centaine d’autres partis se retrouvent sans ressources, donc sans activités pendant cinq ans. Il se pose alors la nécessité de rationaliser le nombre de partis pour qu’enfin, nous sortions de ces spectacles piteux de candidats, obligés de masquer leur manque d’assise populaire derrière l’absence de financements publics et la prétendue gloutonnerie des populations, qui ont prouvé lors de dates mémorables de l’histoire de notre pays (3 janvier 1966, décembre 1975, 4 août 1983, 30 et 31 octobre 2014) qu’elles avaient une claire perception des enjeux capitaux du moment. Ce qui leur vaut, du reste, l’admiration de nombreux peuples à travers le monde. Plus que les populations, ce sont les géniteurs de certains partis qui doivent se poser les bonnes questions. Si nous voulons arrêter ce vaudeville, le débat sur la rationalisation du système partisan mérite de figurer en bonne place dans les fora nationaux à venir, ou, à tout le moins, entre politiques lors des dialogues qui les réunissent. L’idée, du reste, n’est pas nouvelle.

Elle avait été expérimentée sous la IIIe République, même si elle n’avait pas prospéré, puis timidement en août 2016, lorsque le ministère en charge des Libertés publiques avait enjoint par un communiqué, les partis politiques en porte-à-faux avec la loi au respect des statuts relatifs à leur propre fonctionnement sous peine de sanctions. Aussi, cela revient-il comme une antienne tant au niveau des politiques que de la société civile. Ce qui oblige à cette réflexion prospective.
Fondamentalement, il ne s’agit pas d’une interdiction ou d’une complexification des modalités de création d’un parti politique (ce serait anticonstitutionnel). Mais d’œuvrer à ce que l’existence de certaines formations politiques serve réellement l’intérêt général au-delà de ceux de leurs géniteurs. Que ces formations politiques contribuent effectivement à la diversification des offres politiques, dans un système partisan qui se présente comme un espace assez régulé fournissant aux électeurs ou citoyens, un ensemble de repères essentiels pour se situer en politique, se forger une opinion sur les grandes préoccupations de l’heure et, le moment venu, faire des choix et voter. Cela est de l’ordre du possible. Dans le même espace géopolitique sous régional, la Charte des partis politiques du Niger, par exemple, fait obligation à tout parti d’avoir non seulement un siège national, mais aussi des « représentations permanentes et animées » dans au moins cinq des huit régions du pays. Tout parti incapable de se conformer à cette prescription dans un délai d’un an est passible de suspension. Mais comparaison n’est pas raison.

L’introduction d’une telle disposition dans la réglementation applicable aux partis politiques au Burkina Faso, avec un minimum d’accompagnement, permettrait, à coup sûr, de réguler le « boom partisan », de dépolluer la scène politique et d’éviter les compétitions sans véritables suspens au regard des « forces » en présence. Le jeu électoral, loin d’être un jeu d’enfants, ne s’en porterait que mieux. Tout en maintenant le financement des élections dans des proportions entièrement supportables par les ressources propres d’un pays, devenu modèle pour bien d’autres depuis la dernière insurrection et qui mérite d’innover pour toujours servir de phare pour les autres.

Par Mahamadi TIEGNA

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