Education inclusive : le combat de Wend Songdo

Le 3 décembre, le monde entier célèbré la Journée internationale des personnes en situation de handicap. En Afrique, elles sont souvent marginalisées en dépit de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule en son article 1 que ’’tous les hommes naissent libres et égaux’’. Regroupées au sein de l’association Wend Songdo, elles ont décidé de se faire entendre afin que ce droit soit respecté de tous. Clin d’œil sur le combat de Wend Songdo qui a fait du respect des droits des personnes en situation de handicap, son cheval de bataille.

Il est 11h 00 le mercredi 11 novembre 2020, lorsque nous arrivons dans la cour de l’école « A » et « E » de Saaba. L’heure de la récréation est passée. Pourtant, la cour de l’établissement grouille de monde. Malgré la chaleur accablante, l’on peine à se faire entendre. Un « allo ! allo !, silence » est lancé par le Maître de cérémonie (MC) pour retenir l’attention des tout-petits. Son micro en main, il déroule le chronogramme de la cérémonie. Nous sommes à la journée de plaidoyer pour une éducation inclusive organisée par la fondation ’’Le Tisserin’’.

Selon le fondateur du lycée Guinkouma, Bruno Bambara, la lutte contre la marginalisation des enfants passe par l’amélioration des conditions de vie des parents.

Assis sous une tente, les béquilles à ses côtés, Louis Kaboré, président de l’association Wend Songdo écoute attentivement les discours des intervenants. Soudain, une intervention retient son attention, celle du jeune Abdoul Rachid Guébré de la classe de CE2. Frappé d’une insuffisance intellectuelle, le jeune garçon de 14 ans a des difficultés à articuler les mots. Pourtant, dans son discours, il attire l’attention des autorités sur la nécessité d’offrir la chance à tous les enfants d’avoir une éducation. Il rappelle que beaucoup d’entre eux sont cachés dans les familles, d’autres, obligés de mendier parce qu’ils n’ont pas eu la chance comme lui, d’aller à l’école. « Son discours m’a trop touché, car cela me rappelle un passé douloureux, empreint d’injustice mais aussi d’espoir », nous souffle Louis Kaboré. Une douleur qui, selon son récit, commence dans un champ. « Ce jour-là, relate-t-il, nous étions allés pour cultiver. Soudain, j’ai commencé à faire de la fièvre, avec des douleurs abdominales et des vomissements. Quelque temps après, les douleurs musculaires au niveau des membres inférieurs se faisaient sentir et je n’arrivais plus à les bouger. Transporté à l’hôpital, j’ai perdu l’usage de mes jambes ». Le jeune Louis est atteint de poliomyélite. Et quand vient le moment de faire ses premiers ’’pas’’ vers ’’l’avenir’’, il a fallu la détermination de son père pour qu’il aille à l’école. « A l’époque, ses amis ont voulu le convaincre de me laisser à la maison, car au regard de ma situation, il a d’office un gardien et que m’envoyer à l’école, c’est jeter de l’argent par la fenêtre », se remémore Louis Kaboré.

Le début du calvaire

La fondatrice des cours modernes Boezemwendé, Véronique Guira : « Les municipalités doivent trouver des cadres pour la prise en charge de ces enfants ».

Mal accepté par ses camarades, le jeune Louis va subir toutes sortes d’injustice. D’abord à l’école, il soutient qu’ils étaient deux dans la situation de handicap. « Un qui boitait et moi qui rampais. Au début, comme j’étais accompagné par mon grand frère qui était en classe de CM2, les autres élèves ne me maltraitaient pas. Cependant, après son succès au CEP, j’étais laissé à moi-même. Alors, ils ont commencé à se moquer de moi et à me torturer. Pendant une année, j’ai supporté ce calvaire. Arrivé en classe de CE1, j’ai décidé de ne plus supporter les coups. Alors, j’ai commencé à répliquer et comme chaque fois je me bagarrais, ils ont fini par me renvoyer de la classe de CM1 pour indiscipline», confie-t-il. Cette étape franchie, Louis Kaboré qui croyait être au bout de ses peines, sera surpris. Il explique que grâce à l’appui de la paroisse Saint André de Saaba, il entreprend une affaire de gestion de parking dans un lycée de Saaba. Mais lorsque le projet commence à être rentable, des individus mal intentionnés ont manigancé pour que l’on lui retire la place. Le voilà au chômage pour un bout de temps. Et après trois ans de galère, il revoit enfin le bout du tunnel. Recommandé par un de ses amis, il sera appelé par le fondateur du lycée Guinkouma de Saaba pour gérer le parking de l’établissement. « Dès les premiers jours, il m’a tout de suite impressionné par son courage, car en dépit de son handicap, il veut se battre et j’ai toujours accompagné ceux qui se battent », déclare le fondateur dudit lycée, Bruno Bambara. Aujourd’hui, près 24 ans dans le métier, M. Kaboré est le patron d’une entreprise de parking d’engins à deux roues dans 5 établissements et de 3 services. Une vie bien mouvementée qui ne lui fait pourtant pas oublier la vision de son géniteur qui a cru que seule l’éducation lui ouvrira les portes.

Eviter la stigmatisation

Emboîtant le pas de son géniteur, il décide de mettre en place en 2005, une association dénommée Wend Songdo pour sensibiliser et conscientiser les personnes en situation de handicap, mais également leurs parents. « Lors de notre première assemblée générale, nous étions plus de 130 personnes en situation de handicap à nous réunir. Aujourd’hui, seulement deux d’entre nous sont reparties dans la rue pour mendier », souligne-t-il. Une sensibilisation et une conscientisation qui ont porté des fruits puisque dans son cri du cœur pour une éducation inclusive, l’association a trouvé une oreille attentive, notamment celle de Véronique Guira, fondatrice des cours modernes Boezemwendé qui s’est dévouée pour la cause des enfants en situation de déficience intellectuelle. «Au début, c’est une mère qui nous a confié son enfant sans nous préciser son handicap. Lorsque nous nous sommes rendu compte, nous l’avons quand même gardé. Pour lui permettre de suivre les cours à son rythme, nous avons dû mettre en place une nouvelle méthode d’encadrement. C’est fort de cette expérience que nous avons accepté de soutenir l’association quand elle nous a approchée. Pour nous, l’éducation pour tous est notre priorité », affirme Mme Guira.

Une forme de parrainage

Cependant, lorsqu’on parle d’éducation inclusive, l’on ne doit pas occulter les enfants des personnes vivant avec un handicap. Ceux pour qui, l’avenir est incertain sans un soutien conséquent. Ainsi au lycée Guinkouma, la formule est toute trouvée. « Lorsque nous avons été approchés par l’association, nous leur avons dit que nous ne pouvons pas les soutenir financièrement, mais prendre en charge leurs enfants en âge d’aller à l’école de la maternelle à la terminale si l’enfant est dévoué pour soulager son fardeau. Aujourd’hui, nous subventionnons les frais de scolarité de 15 enfants issus de ces familles et également 25 autres issus des familles démunies du quartier Taab-tenga », atteste M. Bambara. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Malgré la bonne volonté des uns et des autres, des difficultés subsistent.

Selon Mme Guira, le manque de formation des enseignants pour la prise en charge spécifique de ces genres de cas est un handicap majeur. Il y a également, poursuit-elle, certains qui sont turbulents et parfois violents, d’autres ont tendance à vouloir s’enfuir de la cour de l’établissement, et malgré l’âge de certains, ils ne savent ni se laver les mains ni laver leurs habits et pire, ils continuaient de faire les selles dans des pots. « En tant que mère éducatrice, j’ai demandé aux enseignants de leur apprendre certains gestes fondamentaux que les parents, au vu de leur situation, ne leur apprennent pas », précise Mme Guira. Le fondateur du lycée Guinkouma, quant à lui, préfère regarder la réalité en face.

L’effort politique

Il pense que la situation de précarité des personnes vivant avec un handicap, ne laisse pas entrevoir un avenir pour leurs enfants. « Lorsqu’ils sont parmi nous, nous ne voyons pas leur misère. Et quand bien même ils sont issus d’une famille, s’ils ne bénéficient pas de soutien de la part de bonnes volontés, ce sont leurs enfants qui vont subir les conséquences de la pauvreté de leurs parents », précise M. Bambara.

Mise en place, institutionnellement en 1990, la Direction de la promotion de l’éducation inclusive des filles et du genre, dirigée par Rasmata Ouédraogo, mène des actions de sensibilisations et de renforcement des capacités à travers des formations. Elle appuie également matériellement et financièrement les enfants et leurs parents mais aussi, les structures qui travaillent pour l’éducation des personnes en situation de handicap. Pour la prise en charge spécifique des enfants en situation de handicap, la directrice Ouédraogo explique que pour mieux prendre en compte les cas, il est impérieux de clarifier les concepts mais aussi, de se poser quelques questions à savoir : Comment disposer la classe ? Quelles attitudes et quels comportements adopter pour que ces personnes ne se sentent pas délaissées dans la classe ? « Il y a certains types de handicaps que l’on qualifie de handicaps lourds tels que la cécité et la surdité qui nécessitent une certaine compétence pour une prise en charge de ces enfants. A ce niveau, notre système éducatif actuel n’a pas suffisamment d’expertise », admet Mme Ouédraogo. Mais elle rassure qu’avec la réforme des ENEP, il est créé des instituts pour la formation des enseignants en langage des signes et en brailles pour appuyer la formation des personnes en situation de handicap.

Donald Wendpouiré NIKIEMA
tousunis.do@gmail.com

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