RDC : Le clash !

Le 6 mars 2019, les plateformes politiques Cap pour le changement (CACH) du président Félix Tshisekedi et le Front commun pour le Congo (FCC) de son prédécesseur Joseph Kabila affirmaient « leur volonté commune de gouverner ensemble dans le cadre d’une coalition gouvernementale ». Cet accord avait permis, un tant soit peu, de régler les couacs entre les deux forces politiques. Entre le FCC qui détient la majorité parlementaire et exigeait la nomination d’un Premier ministre, issu de ses rangs et le CACH qui ne partageait pas cette position, il fallait trouver le juste milieu. Le modus vivendi que la coalition gouvernementale FCC-CACH avait trouvé aura fait long feu, tant les contradictions ont été le lot de l’attelage.

Après plusieurs semaines de consultations du peuple congolais, le chef de l’Etat Tshisekedi a pris la décision de mettre fin à la coalition qui cristallisait l’actualité politique congolaise et grippait la machine gouvernementale de mise en œuvre des politiques publiques de développement. En effet, empêtré dans un bourbier qui ne lui laissait pas la latitude de mettre convenablement en œuvre son programme politique depuis son élection à la tête du pays, le président congolais a enfin décidé de fermer cette longue parenthèse qui a mis au second plan les préoccupations du peuple.

Il faut le dire, cette alliance contre-nature portait en elle-même les germes de son implosion d’autant plus que les partis politiques du FCC et du CACH se sont toujours combattus dans l’histoire politique de la RDC. Quoi de plus normal qu’une telle initiative soit vouée à l’échec ? En annonçant la fin de leur compagnonnage, Félix Tshisekedi a fait cette confession : « Elle ne m’a pas permis de mettre en œuvre mon programme et de répondre aux attentes des Congolais », en parlant de la coalition. En clair, le président congolais est en quête d’une nouvelle majorité pour gouverner et rattraper le temps perdu dans des querelles politiques.

« La majorité actuelle s’étant effritée, une nouvelle majorité est nécessaire », dira-t-il. Craignant d’être l’otage politique de son successeur Félix Tshisekedi est revenu de ses consultations à l’intérieur du pays, édifié davantage sur les vraies préoccupations du peuple congolais. Ce devoir de gratitude envers Kabila devenu un boulet qui l’éloignait inexorablement des vrais enjeux de son mandat. Maintenant que la rupture est consommée, il promet de s’appesantir sur les questions relatives à l’instabilité, l’insécurité, la gouvernance démocratique, la corruption, l’emploi des jeunes et la place des femmes. Des maux largement évoqués lors de sa rencontre avec le peuple congolais. Ce n’est pas franchi, le président a les cartes en main pour se constituer sa nouvelle majorité avec l’actuelle Assemblée nationale. S’il n’y parvient pas, il peut se référer à la Constitution congolaise pour destituer le parlement et convoquer des législatives.

Dans ce clash CACH-FCC que l’on peut considérer comme un divorce entre Kabila et Tshisekedi, il y a lieu de rappeler les conditions peu catholiques dans lesquelles l’actuel président a été élu. Au mépris des règles d’un scrutin transparent et crédible, Joseph Kabila qui a été contraint de surseoir à son énième candidature a, contre mauvaise fortune bon cœur, pesé de tout son poids pour que Félix Tshisekhedi soit proclamé vainqueur de la présidentielle. Si depuis le début de son mandat, le chef de l’Etat congolais était obligé de ménager la chèvre et le chou, aux dépens de son programme politique, c’est parce qu’il n’a pas été le vrai vainqueur de la présidentielle.

C’est dire combien l’Afrique doit véritablement soigner les «pathologies » de sa démocratie pour éviter ces types d’imbroglios qui confisquent les destins des peuples. Il faut travailler à ce que les élections soient transparentes et crédibles pour qu’advienne une gouvernance au service du peuple. Ce que traverse la RDC sur plan politique est la conséquence de cette alternance cousue de fil blanc orchestrée par un Joseph Kabila soucieux de tirer les ficelles dans l’ombre et de vivre une retraite tranquille.

Karim BADOLO

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