Côte d’Ivoire : la réconciliation d’abord !

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, a été investi pour un troisième mandat à la tête de son pays, hier lundi 14 décembre 2020, devant une douzaine de ses pairs africains. Après sa réélection controversée du 31 octobre dernier qui a été émaillée de violences meurtrières et d’embastillement de plusieurs opposants, il a prêté serment pour présider aux destinées de la Côte d’Ivoire pour les cinq prochaines années. Mais pourra-t-il véritablement mettre en œuvre son programme politique dans un contexte où le pays traverse une crise profonde inhérente à son troisième mandat ?

Absolument pas ! La réalisation des promesses d’Alassane Ouattara passent nécessairement par la réconciliation nationale. C’est la priorité des priorités à laquelle il faille trouver une solution dans un délai raisonnable. Si durant les deux précédents mandats, le chantier de la réconciliation nationale n’a pas porté les fruits escomptés, cette fois-ci, sa réussite devient un impératif. Le président Ouattara a d’ores et déjà pris la mesure de la situation en annonçant dans son discours d’investiture, la création d’un ministère dédié à la réconciliation nationale. Sur la même lancée, il a invité le Premier ministre à poursuivre les discussions avec les partis politiques dans la perspective de la tenue des législatives en 2021.

Un ministère de la réconciliation est déjà le signe que le camp présidentiel est conscient que le pays ne saurait avancer dans cette situation de méfiance et de rancœurs. Depuis la crise postélectorale de 2010, la Côte d’Ivoire a évité de panser ses plaies en profondeur. La volonté politique a failli pour apaiser les cœurs meurtris des Ivoiriens et les rassembler autour des idéaux d’une nation unie et fraternelle. A force de louvoyer, les sillons de la division et de la suspicion se sont davantage approfondis entre les différentes ethnies sur fond de rivalités politiques. Le troisième mandat du président Ouattara est venu encore creuser le lit de la division. Cette fois-ci, il serait vain d’appeler de tous ses vœux à une réconciliation nationale sans mettre la volonté qui sied. Alassane Ouattara dispose des cartes en main pour enclencher véritablement le processus.

Pour y parvenir, il est important de décrisper la situation en procédant à la libération des opposants politiques arrêtés à l’issue de la présidentielle. Après cette étape, il faudra travailler au retour des exilés politiques. Une réconciliation effective en Côte d’Ivoire voudrait que tous les leaders politiques hors du pays (Laurent Gbagbo, Guillaume Soro …) puissent regagner le bercail. Récemment, l’ancien président Henri Konan Bédié a mis fin au Conseil national de la Transition (CNT) que l’opposition politique avait mis en place à la proclamation des résultats de la présidentielle et appelé à la libération des opposants pour que s’amorce un dialogue franc. Ce sont autant d’opportunités que le chef de l’Etat ivoirien devrait saisir pour convoquer un dialogue inclusif de toute la classe politique. Ces préalables sont indispensables à la réussite du chantier, ô combien complexe de la réconciliation nationale.

Alassane Ouattara s’il veut laisser l’image d’un homme qui aura travaillé à rassembler les Ivoiriens de tous bords, n’a d’autres choix, que de s’investir réellement à apaiser les cœurs. Il devra prendre de la hauteur en dépassant les vieilles contradictions de la classe politique ivoirienne pour que le pays retrouve sa quiétude d’antan. Cette terre cosmopolite mérite mieux que ce spectacle de politiques qui ont plus mis en avant leur ego démesuré que l’intérêt général. Il est temps de sortir de ce cercle vicieux qui n’honore personne. S’il tient à redorer son image, Alassane Ouattara a la latitude de se faire une raison en œuvrant à effacer les lézardes de la nation ivoirienne. Avec un peu de volonté et de bonne foi, cela est possible.

Karim BADOLO

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