Etienne LIU, président de Huawei Afrique de l’Ouest: « Nous voulons faire du Burkina un paysage numérisé (…) avec des projets majeurs »

Le géant chinois des TICs Huawei est présent au Burkina Faso depuis 2007 et travaille aussi bien avec le gouvernement que les opérateurs de téléphonie mobile, les entreprises et la société civile. L’entreprise entend accompagner le pays dans le développement de l’économie numérique non seulement à travers l’installation d’infrastructures performantes, mais aussi par la formation. Dans cette interview, le président de Huawei Afrique de l’Ouest, Etienne Liu, évoque, entre autres, les ambitions de la multinationale pour le pays et les solutions qu’elle propose pour améliorer la qualité de l’offre numérique.

Sidwaya (S) : Huawei est installé depuis 2007 au Burkina Faso. Quels sont vos domaines d’interventions ?

Etienne Liu (E.L.) : Depuis son installation au Burkina Faso, Huawei travaille avec tous les partenaires possibles, les opérateurs, le gouvernement, les entreprises et la société civile, afin d’avoir un champ d’actions aussi large que possible dans le domaine de la Technologie de l’information et de la communication (TIC). Nous proposons à nos clients des solutions intégrées à travers quatre domaines-clés que sont les réseaux de télécommunications, l’informatique, les appareils connectés et les services sur le Cloud. Nous fournissons ainsi des réseaux de la 2G à la 4G, adaptés aux contextes locaux et aux infrastructures présentes.

S : Quelles sont vos ambitions ?

E.L. : Nos ambitions sont multiples. Notre objectif principal est d’offrir à chaque personne, ménage et entreprise l’accès aux TIC pour un Burkina Faso plus intelligent et entièrement connecté. Nous souhaitons bien sûr à terme développer toutes nos innovations, telles que l’IA et la 5G, mais pour cela notre priorité est actuellement de développer une large bande passante et les infrastructures numériques qui permettent la croissance de l’accessibilité au réseau, en particulier dans les zones rurales. De plus, le nombre de jeunes croît de manière exponentielle, tout comme l’utilisation des nouvelles technologies. Nous investissons donc massivement dans l’éducation pour préparer le futur.

S : Comment Huawei entend conquérir le marché burkinabè ?

E.L. : Nous avons déjà prouvé au Burkina Faso que l’on peut nous faire confiance pour développer rapidement et de manière sûre les infrastructures numériques. Nous avons axé nos innovations sur les besoins des clients, qu’ils soient issus du secteur privé ou public, gage de notre écoute. Cette approche commerciale nous a déjà permis de créer un partenariat fort avec le pays, qui sera renforcé au cours des années à venir. De plus, en investissant dans la formation de nos ingénieurs qui sont pour la plupart des locaux, nous leur permettons d’acquérir des compétences tout en développant leur pays, gage de notre engagement.

S : Quels sont les produits que vous mettez sur le marché burkinabè ?

E.L. : Les produits du marché burkinabè répondent aux besoins spécifiques du pays. Dans le domaine des réseaux sans fil, nous avons mis en place des solutions 4G, 3G et 2G de bout en bout. Cela comprend des produits commerciaux de réseaux sans fil, des réseaux de transport et des équipements basés dans les locaux de nos clients. Dans le domaine des réseaux filaires, nous proposons également des solutions FTTX. Enfin, dans le secteur de l’informatique, nous commercialisons des serveurs et des solutions de stockage d’entreprises, sur le Cloud notamment.

S : Beaucoup de produits de contrefaçon sur le marché burkinabè sont généralement à tort appelés « Chine Tôk », y compris des produits Huawei. Comment comptez-vous lutter contre la contrefaçon de vos produits?

E.L. : Le phénomène autour des contrefaçons touche de nombreux secteurs, en particulier celui de la téléphonie. C’est pourquoi Huawei a pris des mesures concrètes pour lutter contre ce fléau depuis 2017 en certifiant ses produits. Avec des accessoires « made for Huawei », nous pouvons assurer la qualité des composants et des accessoires. À cet effet, nos produits passent obligatoirement par un contrôle de qualité. Ce qui permet de garantir un certain standard aux produits.

S. : Le marché burkinabè est-il propice au développement des activités de Huawei ?

E.L. : Les TIC et des technologies comme l’Intelligence artificielle constituent des réponses rapides et efficaces aux défis du Burkina Faso. Huawei s’est engagé dans une dynamique de transformation numérique en accompagnant l’émergence du pays dans ce secteur. Le Burkina Faso a été l’un des premiers pays à se doter d’un CERT en 2013. L’ARCEP a élaboré un Plan national de Cybersécurité qui repose sur la réduction de la vulnérabilité du cyberespace, la gestion des incidents et le renforcement de la culture de cybersécurité. Ces initiatives montrent que le marché burkinabè est propice pour que nous travaillions en synergie avec l’ensemble des partenaires présents dans le pays afin de promouvoir le développement de l’industrie des nouvelles technologies.

S : La législation burkinabè est-elle favorable aux investissements de votre entreprise ?
E. L. : Il est vrai que le Burkina Faso a mené au cours des dernières années plusieurs et importantes réformes visant à améliorer le climat des affaires et les conditions d’investissement dans le pays. Parmi ces réformes figure notamment la baisse de la fiscalité des entreprises, qui en fait l’une des plus avantageuses de la sous-région ouest-africaine. Ce sont autant d’atouts qui permettent pleinement de nous établir dans le pays.

S : Êtes-vous satisfait de votre présence au Burkina ?

E.L. : Huawei a beaucoup de clients et de partenaires au Burkina Faso, source de notre satisfaction, mais nous souhaitons aller plus loin, nous dépasser. Nous travaillerons sans relâche pour amener le monde numérique à plus de personnes. Nous sommes particulièrement fier de certains de nos projets tels que le Burkina Faso national Backbone Project, qui a permis la construction de plus de 2 000 km de fibre optique.

S : La Chine dispose de la technologie de la 5G. Huawei envisage-t-il installer cette technologie au Burkina Faso ?

E.L. : Tout d’abord, le réseau existant doit poursuivre sa maturation dans le pays. L’une des priorités du Burkina Faso est de résoudre le problème de la fracture numérique en améliorant la connectivité sur l’ensemble du territoire, notamment la couverture rurale très peu couverte par Internet. Nous devons aux côtés des acteurs publics et de nos partenaires poursuivre nos efforts pour augmenter la contribution des technologies. Ainsi, nous aurons des chances de voir arriver le réseau 5G. Il nous faut créer aujourd’hui, les conditions de succès de demain.

S : Huawei est fréquemment accusée par des pays occidentaux d’espionnage, notamment de collecte de données personnelles de ces usagers au profit de la Chine. Que répondez-vous pour votre défense ?

E.L. : Huawei a fait de la cybersécurité sa priorité absolue. Huawei en tant que fournisseur leader des TIC, s’aligne sur tous les standards nationaux et internationaux en obtenant les certificats qui prouvent que toutes les normes sont respectées. Aussi, nous maintenons la confiance de nos partenaires étant donné qu’aucune preuve n’existe pour nous incriminer.

S : Pouvez-vous rassurer les Burkinabè quant à la préservation de leurs données ?

E.L. : Huawei met tout en place pour protéger la vie privée de ses clients. En tant que fabricants de matériel, nous ne scrutons aucune donnée. Dans chacun des pays où nous travaillons, nous collaborons avec les gouvernements et les institutions régionales afin de mettre en place des cadres règlementaires et juridiques pour protéger en toute sécurité les données des utilisateurs. La qualité de nos services est souvent testée et nous respectons toutes les normes internationales. Nous sommes avant tout un équipementier et nous souhaitons contribuer au développement du pays et non pas le freiner.

S : Huawei est l’un des partenaires qui a réalisé les infrastructures de communication électronique à Bobo-Dioulasso. Quelles sont les spécificités de vos installations ?

E.L. : L’équipement de transmission Huawei peut fournir une bande passante 100G (avec capacité 8T), une protection ASON et des fonctionnalités d’accès aux services multiples. À l’avenir, il est facile pour l’expansion de la bande passante, une meilleure prise en charge du développement national du haut débit.

S : Quels peuvent en être les avantages pour le Burkina Faso ?

E.L. : Une fois les installations achevées, les infrastructures de communication du pays seront considérablement améliorées et le Burkina Faso aura rattrapé son retard en termes de connectivité. Ceci favorisera le marché des communications et du numérique et garantira une bande passante pour diverses applications d’informatisation du gouvernement. Pour les entreprises, fournir des services d’information basés sur le haut débit améliorera l’efficacité du travail, engendrant des retombées économiques. Enfin, l’accessibilité au réseau va connaître une forte croissance, contribuant, à son tour, au développement économique et social du Burkina Faso.

S : Votre entreprise envisage-t-elle des projets de formation au Burkina Faso?

E.L. : Etant donné que la participation des TIC au développement du Burkina Faso est indéniable, nous avons déjà plusieurs programmes de formation au Burkina Faso. Parmi ces initiatives, nous avons Graine de l’Avenir qui permet chaque année à des universitaires d’accéder à la Huawei University en Chine. En 2019, dix étudiants ont ainsi pu voyager et acquérir des connaissances professionnelles pratiques. La promotion du recrutement des talents burkinabè est l’un des piliers du bureau local de Huawei.

S : Dans le même ordre d’idées, envisagez-vous d’installer une usine de montage de vos produits au Burkina Faso ?

E.L. : Notre objectif est de faire du Burkina Faso un paysage numérisé nécessitant l’instauration de projets majeurs qui doivent s’inscrire dans une vision longtermiste. Il n’est pas donc exclu d’envisager une usine de montage de nos produits dans le pays.

S : La Chine est en guerre commerciale avec les États-Unis. Votre entreprise paie le prix fort dans cette guerre entre les deux pays. Par exemple, vos téléphones Smartphones ne bénéficient plus de l’App Store de Google privant beaucoup de consommateurs de plusieurs applications comme Facebook, WhatsApp, etc. Comment Huawei entend surmonter ce handicap ?

E.L. : Huawei travaille depuis une dizaine d’années à la mise en place d’un plan de continuité de ses activités pour trouver des circuits d’approvisionnement alternatifs en cas d’interdiction. Nous avons aussi développé la fabrication de nos propres puces. Notre groupe est mondialisé, dans une industrie des télécoms où il existe une forte interdépendance.
Par ailleurs, il est important de rappeler que les produits de Huawei fonctionnent correctement sans le App Store de Google et sont toujours à la pointe des technologies. Enfin, nous développons par exemple AppGallery et TomTom comme alternative. Nous avons anticipé les différents scénarios possibles afin d’être en mesure de faire face à toutes les éventualités.
Nous faisons aujourd’hui face à une crise sanitaire inédite, mais nous ne devons jamais perdre confiance et nous devons également rechercher des opportunités pour la surmonter. Le pays des Hommes Intègres, de par ses atouts en matière de puissance culturelle, d’énergie solaire, de mines, son appétence pour les technologies ainsi que la force de son capital humain est promis à un bel avenir. Le pays a le potentiel pour développer son économie numérique et nous sommes présents pour l’accompagner sur cette voie.

Propos recueillis par
Karim BADOLO

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