Les enjeux du second bail

Le 18 décembre 2020, le Conseil constitutionnel validait les résultats de la présidentielle du 22 novembre 2020, en proclamant le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, définitivement élu pour un second mandat de cinq ans. Le constituant burkinabè ayant définitivement clos la question du nombre de mandat qui ne doit pas excéder deux, Roch Kaboré entame son dernier à la tête du Burkina. Le dernier mandat en république est toujours « libre » pour le président, mais contraignant pour ses affidés. Ils ne le disent pas, mais comme la nature a bien horreur du vide, il faut travailler à le combler, pour qu’à l’heure de la succession, les veaux soient préservés dans l’intérêt du parti.

Pour l’heure, la première grande préoccupation du président du Faso doit être le futur gouvernement en évitant la longue attente de 2015 et certainement la surprise du chef qui avait préféré un compatriote de l’extérieur un peu en rupture de ban avec le contexte national, à la pléthore de candidats potentiels. Qui à la Primature ? Qui à l’Assemblée nationale ? Deux équations pas souvent aisées à résoudre, surtout que l’un et/ou l’autre des choix, peut déjà dessiner le profil du futur « champion » du parti présidentiel.
Les Burkinabè qui, affectivement, appellent le présent locataire de Koulouba, « le vieux », estiment certainement que la carte Christophe Dabiré, même si elle est maintenue, ne pourra pas dépasser les six prochains mois, le temps des communales, le temps de lancer les assises pour la réconciliation nationale.

Le chef du gouvernement connu, il faut envisager l’équipe. Qui part, qui reste et pourquoi ? Ce sera encore là, une série de pronostics, chacun ayant ses critères, même si le dernier mot revient au chef de l’Etat. Au regard des dernières législatives, nul doute qu’à Vincent T. Dabilgou, patron du Nouveau temps pour la démocratie (NTD), avec ses 13 députés, pourra échoir une représentativité plus large au prorata de son succès électoral, avec en prime, un ministère d’Etat. Les membres de l’exécutif ayant échoué aux portes de l’Assemblée pourront-ils avoir à nouveau un destin ministériel ? Ailleurs, sans établir un lien de causalité direct, ceci peut conditionner cela. Bien sûr que le parti présidentiel, majoritaire au Parlement, n’aura pas forcément besoin de casser ses cheveux en plusieurs pour conforter sa sécurité parlementaire et exécuter le programme présidentiel. Alassane Bala Sakanadé (ABS) a été maintenu.

ABS reste l’homme du quinquennat, en remplaçant feu Dr Salifou Diallo à la tête du Parlement. Celui-là dont très peu de Burkinabè vendaient cher la tête et qui se révèlera au pied du mur, pas comme un maçon, mais un architecte qui a su mettre à l’aise le Parlement et porter haut l’autre pendant de la diplomatie, celle parlementaire. Mais souvent, en politique la géostratégie du moment tient compte de paramètres qui peuvent échapper à toute analyse basée sur un bilan hautement positif. N’oublions pas, pour la première fois dans l’histoire politique assez mouvementée de notre pays, un président sortant va avoir la responsabilité de porter une seconde fois l’écharpe et les attributs à l’issue d’élections ouvertes.

Et pour la première fois aussi, l’entame d’un mandat donne, en même temps, des arguments pour préparer la succession du nouvel élu. Mais, un pays, ce n’est pas que l’exécutif et le législatif, bien de hautes responsabilités, quel que soit le niveau, concourent à réaliser les objectifs de développement. Durant ce nouveau quinquennat, à coup sûr, le président Kaboré ne quittera pas le triptyque Sécurité, Santé, Réconciliation. Il saura mettre sa touche, à son rythme. De toutes les façons, les Burkinabè ont appris à connaître leur président, «imperturbable » en toutes circonstances.

Ils attendent certainement qu’il mette le pays au boulot ces cinq prochaines années et évite au maximum les écueils d’égo qui animent certains citoyens. Il va sans dire que 2020-2025 sera plus que politique au pays des Hommes intègres. Ça n’a l’air de rien, mais les compteurs dans quasiment toutes les formations politiques sont mis à zéro. Il va falloir reconstruire l’Homme capable de tenir le gouvernail. La dernière présidentielle a fini de convaincre que le peuple burkinabè ne se laissera pas conter. Ainsi, le chant du cygne a sonné pour la quasi-totalité des candidats de 2020.

Jean Philippe TOUGOUMA

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