La VIIIe législature sur les rails

Les députés de la VIIIe législature de la IVe République, depuis hier 28 décembre, ont ceint leurs écharpes, qui font d’eux officiellement les représentants légitimes du peuple, choisis au terme des législatives du 22 novembre 2020 et confirmés par le Conseil constitutionnel. Désormais, les Burkinabè devront les appeler « messieurs ou mesdames les députés», comme pour magnifier ces hommes et femmes qui, dans l’histoire des démocraties, incarnent le deuxième pouvoir et lui donnent, excusez du peu, le pouvoir de contrôler le premier pouvoir, l’exécutif.
Moment fort d’émotion et d’introspection, c’est lorsque chaque député, ancien ou nouveau, quelle que soit sa profession, répondait à l’appel de son nom et portait avec fierté et patriotisme, le symbole du parlementaire : l’écharpe aux couleurs nationales. Après cette vérification, il fallait trouver un patron à l’institution, le naam de Alassane Bala Sakandé (ABS) ayant pris fin avec la fin de la septième législature. Mais, on n’avait pas besoin d’être devin pour penser qu’Alassane Bala Sakandé était le champion de la majorité. Et puisque celle-ci dans ses combinaisons avec ses alliés, se donnait une majorité absolue, mieux valait ne pas se risquer à un nanisme des voix. C’est donc en toute liberté comme sur une autoroute, que les députés ont renouvelé leur confiance à leur ancien président qui, désormais, aura un mandat plein pour confirmer la belle surprise qu’il a donnée à voir aux Burkinabè. En effet, alors président du groupe parlementaire MPP, connu dans les cercles qu’il fréquente mais pas forcément de la grande masse, Bala Sakandé, bien qu’ayant succédé à Salifou Diallo en septembre 2017, n’était pas forcément perçu comme le bon cheval. N’oublions pas, dans cette IVe République, feu Salifou Diallo, faiseur de roi, grand stratège politique, qui n’avait pas son pareil. Voir un « novice » succéder à un tel « monstre » politique, poussait à des questions. Mais, les fins connaisseurs des discours politiques en suivant le premier message de ABS, savaient que celui-ci est certes jeune, mais pas un blanc-bec dans le sens de quelqu’un qui vient pour apprendre. Et ABS au terme des trois années passées à la tête du Parlement, a confirmé qu’il ne faut pas juger quelqu’un sans l’avoir mis à l’épreuve. Il n’était pas le maçon qui exécute, mais l’architecte qui programme, qui dessine, qui a une vision. Au point que dire que M. Sakandé a été l’une des belles surprises de la IVe République, n’a rien d’abusif. Il s’est imposé une méthode sur le plan national, en sachant par moments distiller cette parenté à plaisanterie. Sur le plan international, il a su porter la diplomatie parlementaire au firmament en trouvant les mots justes, qui galvanisent. Comme par exemple devant les parlementaires maliens, quand il a revisité l’épopée mandingue, en ressortant le geste de son héros Soundjata Kéïta. Le président Sakandé qui s’est montré tribun, incisif durant la campagne électorale et très accessible aussi bien par le petit peuple que l’élite, en reprenant la présidence de l’Assemblée nationale, connaît tous les anciens députés réélus, que tous les nouveaux. En somme, c’est bien un génie politique qui a su demeurer patient pour sortir de l’ornière. Les députés ont eu raison de lui donner presqu’un score à la Soviétique, 123 voix sur 127.
Ce blanc-seing conforte Bala Sakandé et confirme qu’il est bien l’homme de l’heure dans un contexte politique national où il faut avoir bien à l’esprit que Roch Marc Christian Kaboré ne sera plus candidat à la présidentielle de 2025. Aussi, ce presque unanimisme peut-il tuer l’esprit de la démocratie qui est loin du consensus à tout égard. Alors, passé cette euphorie de la complicité pour confirmer un homme, il faut vite revenir aux fondamentaux de la démocratie. Ailleurs, actuellement, la quête ne sera pas de savoir qui a voté pour, mais de retrouver les quatre qui ont dit non. Peut-être qu’eux, seront les vecteurs qui vont grandement contribuer à davantage vivifier une institution importante de la République qui n’a jamais fléchi devant ses missions et ses prérogatives.

Jean Philippe TOUGOUMA

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