Reprise des classes à Ouagadougou: les mesures-barrières peu respectées

Après deux semaines de congés, les élèves ont repris le chemin de l’école, le mardi 5 décembre 2021. Cette reprise intervient dans un contexte de rebond de la maladie à coronavirus. Une équipe de Sidwaya a sillonné quelques établissements scolaires de Ouagadougou pour constater si les mesures-barrières édictées pour lutter contre cette pandémie sont respectées.

Mardi 5 janvier 2021. C’est la reprise des classes dans tous les établissements scolaires du Burkina Faso. La particularité de cette rentrée est qu’elle se déroule dans un contexte de rebond de la maladie à coronavirus. Une situation de pandémie qui avait amené les autorités sanitaires à édicter des mesures-barrières censées limiter la propagation de la maladie. Dans les établissements scolaires de Ouagadougou, les mesures sont plus ou moins respectées. Au complexe scolaire Sakana, situé au quartier Tampouy dans l’arrondissement n°3, les gestes-barrières sont foulés au pied par les élèves. Rares sont ceux qui portent leurs masques. Issouf Korbéogo, surveillant général, donne les raisons du non-respect de certaines mesures au sein de l’établissement. « Le gouvernement avait décidé de nous accompagner avec les cache-nez. Il y a eu un premier lot de cache-nez en nombre insuffisant l’année passée pour terminer l’année scolaire. A la rentrée, il devrait nous en donner encore mais jusqu’à présent, il n’y a rien», détaille-t-il. Sa conviction est qu’il n’est pas facile de respecter toutes ces mesures-barrières, vu les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Marie Claire Bonkoungou, élève en classe de Tle D dans cet établissement, avoue qu’elle a oublié son masque à la maison. Mais elle compte se rattraper les jours suivants où le masque sera imposé à tous. Pour sa part, Enoc Sawadogo de la même classe en veut aux élèves pour leur insouciance. « Beaucoup d’élèves sont négligents vis-à-vis de cette maladie », soutient-il. Pour lui, ces derniers ne croient pas du tout à l’existence de la COVID-19. Toutefois, il se montre perplexe quant au strict respect de tous les gestes-barrières, en particulier la distanciation physique. « On se salue à distance mais, il est difficile de respecter la distanciation physique en classe », lâche-t-il.
Autre lieu, même constat. A l’école primaire publique de Sig-Noghin « A », les gestes-barrières sont également ignorés par les enfants. Le directeur de cette école, Issaka Ouédraogo, avoue son impuissance face à ce spectacle désolant. «En toute sincérité, pour le moment les élèves n’arrivent pas à respecter les gestes-barrières », assure-t-il. Un relâchement qu’il impute à la désinformation et à la négligence. La seule mesure qui semble être bien respectée est celle relative au lavage des mains. Là aussi, tout n’est pas rose partout. Dans cette école publique, les dispositifs de lave-mains sont en nombre insuffisant. Le maître de CM2, Abdoulaye Ouédraogo, trouve une autre explication liée au désintéressement des élèves au port du masque. Selon lui, les cache-nez distribués aux élèves ne correspondent pas à leur taille. S’ils ne sont pas plus gros, c’est qu’ils sont plus petits et provoquent des douleurs chez les enfants. Du coup, relève-t-il, les élèves s’en débarrassent très rapidement pour être à l’aise. « Souvent c’est quand nous les interpellons qu’ils portent mais quelques minutes après, ils les enlèvent », regrette M. Ouédraogo. Céleste Sama, élève de CM2 à Sig-Noghin « A », n’a pas porté son cache-nez en ce jour de reprise de classe. Raison évoquée, elle l’a oublié à la maison. Le non-respect des gestes-barrières est également observable à l’école primaire publique Kwamé- N’Kurumah « C », située au quartier Nonsin dans l’arrondissement n°2 de Ouagadougou. Bertin Yoni, maître de CM1, déplore un manque criant de cache-nez, de gel hydro-alcoolique et de savon, à la suite de l’épuisement du stock reçu du ministère de l’Education nationale. « Après trois mois d’utilisation, aucun enfant ne dispose de son cache-nez », souligne-t-il. Concernant la distanciation physique, il affiche son pessimisme : « Il y a des classes où les enfants sont assis à quatre par table. On ne peut donc pas respecter la distanciation ».
Le lycée Marien N’Gouabi fait partie des établissements où le respect des gestes-barrières pose problème. Lors de notre passage dans la matinée du mardi 5 janvier 2021, seuls quelques élèves portaient leurs masques. La plupart n’en possèdent pas. Par contre, le lycée municipal Bambata s’est bien illustré. Les responsables de cet établissement ont imposé une certaine rigueur dans le port du cache-nez. « Avant même d’aller en congés, nous avions passé l’information dans toutes les classes en disant qu’au retour, ce serait une obligation pour chaque élève de porter le masque. Celui qui n’aura pas de masque ne rentre pas en classe, il ne doit même pas planer à l’école », relate le proviseur Soumaïla Siemdé. A la reprise, dit-il, toute l’administration était à l’entrée pour effectuer le contrôle. « Ceux qui n’avaient pas leurs masques étaient purement et simplement refoulés », indique-t-il. Le lycée Bambata ne cesse de sensibiliser les élèves à la dangerosité de la maladie et le respect des mesures-barrières. Deux professeurs ont même donné des cours sur la COVID-19. « Les enfants étaient totalement émerveillés et ont eu peur », rapporte le proviseur. Dans cette affaire, fait-il remarquer, il faut créer de l’émotion chez les élèves. Sinon, poursuit-il, si on raconte que c’est un simple rhume, les enfants ne vont pas comprendre. « Il faut leur dire que même les jeunes peuvent mourir de cette maladie », précise-t-il. Au lycée Bambata, on dispose suffisamment de dispositifs de lave-mains. Un autre aspect à prendre en compte dans la lutte contre la pandémie, c’est de changer de stratégie, foi du proviseur Siemdé. Il dit avoir remarqué que tout ce qui est donné gratuitement est mal entretenu. Pour preuve, Soumaïla Siemdé dévoile que le jour où l’on a remis les cache-nez aux enfants, le même soir ils en ont ramassé plusieurs, abandonnés dans la cour de l’école. Il finit par se convaincre que les enfants n’en prennent pas soins. Dans son établissement, il n’est plus question de donner de cache-nez gratuitement à un élève. « Si le parent achète deux fois, trois fois le cache-nez, il comprendra que c’est sérieux. Aujourd’hui, il n’y a pas cet élève qui ne sait pas qu’au Bambata, c’est une obligation non négociable de porter le masque », martèle-t-il. Il est convaincu que c’est ce qu’il faut pour amener les uns et les autres à prendre conscience de la gravité de cette maladie. Pour la distanciation physique, le proviseur du lycée Bambata a du mal à trouver la parade. « Nous faisons en sorte que tout le monde porte les masques, mais la distanciation, nous ne pouvons pas l’appliquer dans les établissements », admet-il. M. Siemdé pense qu’en impliquant les leaders religieux et les acteurs de la société civile dans la sensibilisation, on parviendra à endiguer la COVID-19 au Burkina Faso.

Ouamtinga Michel ILBOUDO
Omichel20@gmail.com

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