Ouganda : une présidentielle pliée d’avance

Ce jeudi 14 janvier 2021, les Ougandais se rendent aux urnes pour les élections présidentielle et législatives. Pour la présidentielle, ce sont onze prétendants qui sont en lice. Pour la sixième fois consécutive, le président sortant, Yuweri Museveni, âgé de 75 ans, est candidat à sa propre succession. Le climat délétère dans lequel s’est déroulée la campagne électorale présage déjà l’issue de ces élections. L’opposant et candidat, le chanteur Bobi Wine a été embastillé en plein meeting le 18 novembre 2020 par les forces de l’ordre. Son arrestation a suscité des révoltes qui ont occasionné une cinquantaine de morts. Il a été obligé de suspendre sa campagne, tellement le régime a manœuvré pour le réduire au silence. C’est dans ce contexte très tendu que les Ougandais devront choisir leur futur président et les élus du peuple. Les autorités, prétextant des incitations à la violence, ont coupé internet à deux jours du scrutin. Autant d’indices qui démontrent que le camp présidentiel considère cette parenthèse électorale comme une simple formalité pour se faire bonne conscience. Quels que soient les résultats qui sortiront des urnes, le vainqueur est bien connu d’avance. C’est l’ancien guérillero, Yuweri Museveni, qui est arrivé au pouvoir par un coup de force contre le président Milton Obote en 1986. Depuis lors, il s’est confortablement installé dans le fauteuil présidentiel et y a pris goût au point de figurer au palmarès des chefs d’Etat africains ayant battu le record de longévité au pouvoir. Comme bilan de son long règne, il évoque la stabilité de l’Ouganda, comparée à ses voisins comme le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo, empêtrés dans des cycles de violences. Indifférent à la désapprobation d’une grande partie de la population qui voit en Bobi Wine l’incarnation de leurs espoirs, Yuweri Museveni entend rester au pouvoir jusqu’à la fin de ses jours. La hargne des forces de l’ordre contre son principal challenger à cette présidentielle est le signe que l’alternance à la tête du pays n’est pas pour demain. Les Ougandais qui ont soif de changement devront encore patienter quelques années afin de voir leurs rêves se réaliser. Cette journée électorale est loin d’être l’expression de la volonté du peuple ougandais. C’est une farce digne d’un autocrate soutenu par son clan pour perpétuer son règne au pouvoir qui est en train de se jouer. Et gare à ceux qui tenteront de contester le verdict dicté par les autorités. Le peuple ougandais, à l’instar d’autres sur le continent africain, devra composer avec cette démocratie de façade avant que ne s’opère la vraie alternance. Bobi Wine aura beau être audacieux, tant que le peuple ne fera pas bloc autour de lui, le cauchemar va encore durer des lustres.

Karim BADOLO

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