Accès à l’information en milieu carcéral: Le journal Sidwaya à portée de main des détenus à Fada

La direction régionale des droits humains et de la promotion civique de l’Est, en collaboration avec l’administration pénitentiaire, achemine, chaque lundi, les journaux du quotidien Sidwaya à la Maison d’arrêt et de correction de Fada N’Gourma. Une équipe du « Journal de tous les Burkinabè » a fait une immersion, le lundi 18 janvier 2021, dans cet établissement pénitentiaire pour constater l’usage qu’en font les détenus.

Les détenus de la Maison d’arrêt et de correction de Fada N’Gourma jouissent, de plus en plus, de leur droit à l’information. En effet, depuis quelques semaines, ces personnes privées de liberté s’informent sur le monde extérieur à travers le quotidien Sidwaya. Des facilités d’accès au « Journal de tous les Burkinabè » favorisées par la direction régionale des droits humains et de la promotion civique de l’Est. Cette structure déconcentrée de l’Etat collectionne les journaux de la semaine écoulée qu’elle achemine, chaque lundi, à l’établissement pénitentiaire. Ainsi, le lundi 18 janvier 2021, une équipe de la direction régionale en charge des droits humains de l’Est, conduite par son premier responsable, Règma Kaboré, s’est rendue à la MACF, les mains chargées des journaux de la semaine du 11 au 17 janvier 2021. Une initiative bien appréciée de certains détenus. C’est le cas de PPG, visiblement passionné de lecture. « Depuis que nous recevons les journaux, nous sommes bien informés de ce qui se passe dehors. C’est une très bonne chose », a-t-il soutenu. Pour PPG, désigné responsable de la bibliothèque, l’initiative est salutaire. En ce sens qu’elle permet à la population carcérale d’être au diapason des informations relatives aux actualités nationale et internationale. Quant à son codétenu BLT, lire le journal est, également, un moyen de distraction pour des gens qui sont entre quatre murs tout le temps. « Nous sommes privés de liberté, mais la lecture nous permet de nous informer et de nous distraire. Cela nous réconforte et nous aide à nous remonter le moral », a-t-il dit. A ce propos, PPG a renchéri que pour éviter de déprimer du fait de la nostalgie qu’il a de sa famille, la lecture reste, pour lui, la seule alternative. Inculpé à la MACF depuis plus d’un an, IK, un ancien élève de la classe de Terminale D, a laissé entendre que le journal lui permet de se remémorer ses années d’études scolaires. « A l’école, certains de nos sujets de commentaires étaient tirés de Sidwaya. Donc le fait de trouver ce journal ici, je suis content et je m’empresse de le lire», a-t-il confié.

Le directeur régional en charge des droits humains de l’Est, Règma Kaboré

Une population carcérale analphabète en majorité

Selon PPG, Sidwaya est une presse « professionnelle qui fait un travail de qualité ». « Il est vrai que nous nous informons, également, à l’aide de la télévision et de la radio. Mais Sidwaya, avec sa rubrique Kantigui, par exemple, nous permet d’en savoir plus sur des choses sécrètes», a-t-il souligné. A l’écouter, le seul bémol reste le fort taux d’analphabétisme en milieu carcéral. «La difficulté est que la majorité des détenus sont illettrés. La population carcérale est estimée à 250 détenus. Seulement une cinquantaine peut lire et écrire », a appuyé le directeur de la MACF, l’inspecteur de sécurité pénitentiaire Séini Zabré. Toutefois, PPG et ses codétenus lettrés sont décidés à mettre tout le monde au même niveau d’information. « Ceux qui ne savent pas lire regardent juste les photos. Mais nous commentons les informations avec eux pour leur permettre de comprendre », a-t-il expliqué.

Inspecteur de sécurité pénitentiaire Séini Zabré

Selon le directeur régional en charge des droits humains de l’Est, Règma Kaboré, la décision de mettre les journaux à la disposition de l’établissement pénitentiaire fait suite au constat selon lequel les détenus ne sont pas suffisamment informés du monde extérieur. Cette initiative, aux dires de l’inspecteur de sécurité pénitentiaire Séini Zabré, vient renforcer l’accès à l’information, un droit reconnus à tous les citoyens, y compris les détenus. A ce propos, la règle 63 de la résolution 70/175 de l’Assemblée générale des nations unies du 17 décembre 2015, portant ensemble des règles minimas des nations unies pour le traitement des détenus, encore appelées règles Nelson Mandela stipule : « Les détenus doivent être tenus régulièrement au courant des évènements les plus importants, soit par la lecture de journaux quotidiens, de périodiques ou de publications pénitentiaires spéciales, soit par des émissions, des conférences ou tout autre moyen analogue, autorisés ou contrôlés par l’administration pénitentiaire ». Par ailleurs, M. Kaboré a annoncé que sa structure envisage de mettre à la disposition des détenus de la MACF des ouvrages issus de son centre de documentation. Il a poursuivi que la direction régionale en charge des droits humains de l’Est réfléchit à des solutions à même de faciliter l’accès à l’information aux détenus des deux autres établissements pénitentiaires de la région, à savoir les maisons d’arrêt et de correction de Bogandé et de Diapaga. Pour conclure, il a salué « l’excellente » collaboration entre sa structure et l’administration pénitentiaire.

Joanny SOW


MACF : « Difficultés d’accès à l’eau et à l’alimentation »

« Dans l’ensemble, les conditions de détention sont bonnes. Il n’y a pas de traitement à la trique, ni de tortures. L’administration pénitentiaire est sociable. Toutefois, nous vivons quelques difficultés liées à l’accès à l’eau et à l’alimentation. En effet, l’établissement dispose d’un château d’eau qui est alimenté par l’électricité. Mais avec les délestages devenus récurrents ces temps, nous avons des problèmes d’accès à l’eau. Par exemple avant-hier, de 7 h à 19h, nous n’avions pas l’eau. Nous souhaitons, également, une amélioration de l’alimentation, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ».

J. S.

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