2021 :« Un tournant décisif pour récréer l’espoir », Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, enseignant-chercheur

L’institut FREE Afrik a organisé une conférence publique, le vendredi 29 janvier 2021 à Ouagadougou, sur les résultats d’une étude qu’il a réalisée et dont l’intitulé est « 2021, une année précieuse, rétrospectives et perspectives 2020-2021 ».

L’année 2020 a été très difficile pour le Burkina Faso comme pour le monde entier. Au sortir d’une telle douloureuse année, 2021 parait si précieuse, qu’il ne faudrait point vendanger ! Surtout pas par le pays des Hommes intègres ! La transition entre ces années a fait l’objet d’une étude réalisée par l’Institut FREE Afrik et intitulée « 2021, une année précieuse, rétrospectives et perspectives 2020-2021 ». Les résultats de cette recherche ont été présentés par le directeur exécutif de l’Institut, Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, au cours d’une conférence publique organisée à cet effet, le vendredi 29 janvier 2021, à l’espace Thomas-Sankara au siège de FREE Afrik, à Ouagadougou.

Pour Dr Ouédraogo, il est difficile de parler de l’économie mondiale sans évoquer ce choc sanitaire extraordinaire, historique, provoqué par la pandémie de la COVID-19 et qui a secoué beaucoup plus les pays développés, aussi bien sur le plan économique que sanitaire. Mais, pour lui, la « belle baraka » de l’Afrique face à la maladie à coronavirus n’est pas la résultante de l’action de l’homme, des pouvoirs publics. Elle s’expliquerait par la jeunesse de sa population, la faible concentration de sa population humaine, son climat.

Une récession jamais réalisée

Abordant les conséquences de la COVID-19, l’économiste-chercheur a indiqué qu’elle a engendré une hausse de la dette des Etats, un déficit budgétaire, une flambée du taux de chômage qui a atteint un quart de la population aux USA. Cette crise a également entrainé une baisse considérable des transferts de la diaspora des pays africains (qui sont supérieurs à l’aide publique au développement), une chute des revenus des pays pétroliers. Le choc de la crise a aussi été plus ressenti par les petites et moyennes entreprises, a-t-il poursuivi.

Si le conférencier a salué l’opérationnalisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dans un contexte de COVID-19, il a insisté sur la nécessité pour l’Afrique d’éviter le piège de l’ouverture « béate et béante » d’un marché africain qui, au final, profiterait à des économies étrangères au continent. Car, pour lui, l’intégration africaine n’a de sens que si elle permet des économies d’échelle entre pays africains.

Sur la situation du Burkina Faso, Ra-Sablga Ouédraogo a indiqué que le pays est dans une conjonction de crises  sanitaire, sécuritaire, communautaire, économique.

Sur le plan économique, le pays n’a jamais connu le niveau de croissance négative qu’il a enregistré en 2020, à savoir -2%. Le commerce de gros, de détail, les BTP et surtout le secteur du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration sont les plus affectés. Le secteur de l’élevage subit une double peine du fait de la crise sanitaire et sécuritaire. Les conséquences sur le plan de l’éducation pourraient être plus désastreuses à long terme, au regard de l’impact de la crise sur le système éducatif, a prévenu l’enseignant-chercheur. Mais dans l’immédiat, il y a plus de 3 millions de Burkinabè qui sont dans l’insécurité alimentaire, a-t-il souligné.

Eviter le scénario malien à tout prix

Face à ces multiples défis, 2021 est une année précieuse que le Burkina Faso ne doit pas vendanger, à plusieurs égards, selon le Dr Ouédraogo. Car, cette année marque le début d’un nouveau quinquennat et doit constituer un tournant décisif pour recréer l’espoir pour les 20 millions de Burkinabè. Cette nouvelle année qui connaîtra l’adoption d’un nouveau référentiel national de développement doit être, pour lui, celle des réflexions, pour définir une nouvelle économie politique.

Face à la nouvelle configuration politique qui se dessine à l’issue des élections couplées de novembre 2020, l’universitaire invite le peuple burkinabè à éviter à tout prix le scénario malien, à l’entame du second mandat de Ibrahim Boucakar Kéita, caractérisé par une « indolence joviale », une arrogance, une accélération de la corruption.

Pour ne pas rater ce virage, le directeur exécutif de FREE Afrik appelle ses concitoyens à apprendre des leçons du passé, à éviter de retomber dans le spectre des agendas secondaires qui relèguent en arrière-plan les vraies priorités du pays.

Pour lui, le prochain plan de développement doit être le plus proche possible des réalités du pays. Pour ce faire, il doit se fonder sur un véritable diagnostic, en prenant en compte le doublement de la population tous les 25 ans, la proportion de sa jeunesse, la bombe foncière, le changement climatique, la récurrence des chocs agricoles tous les cinq ans. Il doit donner l’opportunité d’un développement endogène, fondé sur un financement domestique. Il faudrait aussi réarmer la gouvernance des forces de défense et de sécurité, a-t-il poursuivi. Et de l’avis de l’orateur d’une soirée, tout cela restera des vœux pieux sans une prise de conscience individuelle et collective, une éthique, la vérité, la compétence, une vision portée par un leadership éclairé.

Répondant à la question sur la réconciliation nationale, Ra-Sablga Ouédraogo a indiqué quatre ordres de priorités pour le Burkina Faso. D’abord la réconciliation entre les communautés, ensuite la réconciliation entre l’Etat et les populations, puis la réconciliation au sein de l’Etat par la réparation des injustices qui ont cours dans l’administration publique et enfin, celle entre « les amis d’hier », la réconciliation politique.

Mahamadi SEBOGO,

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