Les vaccins de l’honneur

Après avoir fustigé l’attitude égoïste des pays riches dans l’acquisition des vaccins contre la COVID-19 lors du Forum économique mondial de Davos, le 26 janvier dernier, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a pris la décision de commander des vaccins pour sa population. Le 1er février dernier, c’est un avion en provenance de l’Inde avec à son bord un million de doses du vaccin AstraZeneca qui s’est posé, à Johannesburg. Le président était à l’aéroport pour recevoir le précieux colis qui devrait permettre, après des tests sur l’efficacité du vaccin contre la COVID-19, de vacciner les personnels de la santé dans un premier temps.

D’ici à la fin de l’année, c’est 67% de la population sud-africaine qui sera concernée par la vaccination. Pays le plus touché par la pandémie sur le continent, l’Afrique du Sud qui a enregistré presque 45 000 morts était dans l’obligation de parer au plus urgent, d’autant plus qu’une autre variante du virus est apparue dans le pays. Le chef de l’Etat, Cyril Ramaphosa, après son coup de gueule contre les grandes puissances qui semblent oublier les pays pauvres dans l’approvisionnement en vaccins, a eu la lumineuse idée de prendre une décision qui préserve son honneur. « Les pays riches de ce monde ont acheté de très grandes quantités de vaccins.

Certains, quatre fois plus que ce dont ils ont besoin. (…) Mettez à disposition les doses excédentaires que vous avez commandées et mises de côté. Il n’y a absolument aucune raison pour qu’un pays de 40 millions d’habitants achète 120 millions de doses. Cela se fait au détriment de certains pays qui en ont le plus besoin », avait-il lancé. Cette sortie avait paru aux yeux de certains comme un aveu de faiblesse face à une situation d’urgence sanitaire. En haussant le ton lors du Forum économique mondial de Davos, le président sud-africain avait voulu simplement appeler à une acquisition équitable des vaccins selon les termes du Covax préconisés par l’OMS.

Pour cette première commande, ce sont plus de 5 millions de dollars qui ont été déboursés pour les doses de vaccin. Vaccins de l’honneur, c’est ainsi qu’il conviendrait de les appeler dans la mesure où le président Ramaphosa, après avoir attiré l’attention du monde sur une injustice vis-à-vis des pays pauvres, n’a pas hésité à délier le cordon de la bourse. L’une des leçons du coronavirus est que le monde doit vivre une solidarité plus agissante dans un contexte où une menace sans frontières étreint toute la planète.

Cette épreuve rappelle que face à une adversité d’envergure mondiale, il ne saurait y avoir de traitement de faveur pour les grandes puissances. C’est en faisant front commun que tout le monde sera à l’abri. En dénonçant ce qui s’apparente à une marginalisation des pays pauvres dans la quête des vaccins, Cyril Ramaphosa a invité ses pairs des pays dits riches à avoir une attitude honorable vis-à-vis d’un fléau mondial. Face à la douloureuse expérience du coronavirus, l’humanité doit réinventer de nouveaux réflexes qui prennent en compte l’intérêt de tous.

Karim BADOLO

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