Daouda Savadogo, responsable secourisme de la Croix-Rouge :« Nous avons formé 180 membres des communautés vulnérables »

Les accidents domestiques ou professionnels appellent de la part des personnes témoins les gestes adéquats permettant de porter les premiers secours. Dans cette interview, le responsable chargé du secourisme de la Croix-Rouge Burkinabè, Daouda Savadogo, parle des compétences qu’ils convient d’avoir pour intervenir de façon adéquate face à une urgence.

 Sidwaya (S) : Que recouvre exactement, les notions de premiers secours et réanimation cardio pulmonaire avec défibrillateur ?

Daouda Savadogo (DS) : C’est un geste vital qui est posé pour porter assistance urgemment à une personne en détresse cardiaque. De façon pratique, la réanimation cardio pulmonaire consiste pour le secouriste qui constate après un bilan qu’une victime est inconsciente et ne respire pas, à lui administrer des compressions et des insufflations dans l’optique de relancer de nouveau le cœur et de ramener aussi la respiration. Cette action est faite après avoir préalablement alerté les sapeurs-pompiers. Pour le faire, il est parfois nécessaire de recourir à un appareil appelé défibrillateur qui est un petit dispositif connecté à la peau. Il permet de détecter et corriger les anomalies de l’activité électrique du cœur.

S : Comment votre organisation œuvre pour permettre aux citoyens de maitriser ces techniques de secours ?

DS : Pour permettre à plus de personnes de les maitriser, la Croix-Rouge burkinabè a initié, avec l’appui du Centre Mondial de Référence des premiers secours et la Fondation Philips du 08 au 19 décembre 2020, une campagne gratuite de formation au profit des populations de Koudougou, Ouahigouya, Kaya et Fada N’Gourma. Au Burkina Faso, la période de fin d’année est marquée par des  fêtes. Durant cette période, il y a un pic des accidents de la circulation et aussi des accidents domestiques. C’est donc le moment propice pour sensibiliser les populations sur les différents risques d’accidents mais encore plus pour former  celles-ci à la prise en charge des éventuelles victimes.

S : Quel était le public cible de cette formation ?

DS : Le public cible pour cette campagne était les personnes vulnérables choisies au sein des associations, les moniteurs des orphelinats, des représentants des sociétés de transport, des volontaires adjoints de la sécurité, des membres de l’association humanitaire, des  membres de l’association des handicapés moteurs, des membres du syndicat des transporteurs, des représentantes d’associations féminines de commerçantes. Nous avons misé principalement sur des personnes qui n’ont pas toujours les moyens de s’offrir ce type de formations.

S : Comment s’est déroulée cette campagne ?

DS : Cette campagne a consisté en une tournée que nous avons effectuée dans quatre villes du Burkina avec 24 moniteurs : Kaya, Fada N’Gourma, Ouahigouya et Koudougou. Dans chaque ville, les bénéficiaires avaient déjà été identifiés au préalable. Ils ont été regroupés en équipe de 15 personnes et chaque groupe avait avec lui deux formateurs de premiers secours pour assurer la formation. Nous leur avons dispensé des sessions pratiques sur le secourisme (4 gestes qui sauvent : la protection, l’alerte, l’arrêt d’une hémorragie, la mise en Position Latérale de Sécurité (PLS) d’une victime inconsciente qui respire et la réanimation cardio pulmonaire avec défibrillateur. Certains comités provinciaux ont été renforcés en matériel de formation (don de la Fondation Philips). Les bénéficiaires ont reçu des attestations au terme de leur formation. Dans l’ensemble, la mission s’est déroulée sans grande difficulté et les participants ont fait montre d’un intérêt qui nous a rassurés sur la qualité des choses qui leur ont été apprises.

S : A termes, quel bilan faites-vous de cette campagne de formation ?

DS : Nous notons une grande satisfaction à l’issue de cette activité, par le retour très positif des bénéficiaires, mais aussi par le sentiment d’avoir contribué à renforcer la capacité des couches vulnérables dans un domaine très important qu’est la santé. Cette couche de la population n’a pas souvent les moyens de s’offrir ce type de formation. La Croix-Rouge burkinabè peut se féliciter déjà de cette grande prouesse, d’avoir formé 180 personnes en l’espace de 11 jours, avec une forte participation des femmes, dont certaines avaient parfois plus de 60 ans. Nous profitons de cette tribune pour remercier, les autorités des directions régionales de la santé et de la sécurité, ainsi que le Centre mondial de référence des premiers secours et la Fondation Philips qui ont permis la réalisation de cette activité.

S : A quoi vont servir les équipements remis au cours de cette tournée ?

DS : Je voudrais souligner que ces remises ont concerné deux des quatre localités couvertes par cette campagne. Leur sélection répondait à un besoin exprimé et un déficit d’équipements des deux comités provinciaux de la Croix-Rouge. Le matériel remis aux différents comités locaux de la Croix-Rouge est composé de mannequins de défibrillateurs et de consommables dudit matériel. Ils vont servir au renforcement de capacités, notamment la formation des secouristes dans les différents comités provinciaux et également la formation d’autres structures qui en feront la demande dans ces différentes villes.

S : Comment vous vous assurez de la pérennisation des acquis  de cette formation ?

DS : Au niveau de la Croix-Rouge burkinabè, des instructions nous avaient été données de trouver des voies et moyens pour la pérennisation de cette activité. Nos comités ont la responsabilité du suivi auprès des personnes formées. Il est prévu aussi que des sorties ponctuelles soient réalisées auprès de certaines cibles pour évaluer plus comment nous avons pu leur être utiles. Nous avons bon espoir que la prise en charge des cas d’accidents domestiques va s’améliorer dans certaines communautés.

S : Au-delà de cette campagne, quels types de formation offre la Croix-Rouge au public en matière de secours ?

 DS : En plus de ces activités, le centre de formation de la Croix-Rouge offre des formations en secourisme de 1er degré, la formation en secourisme à base communautaire, la formation des formateurs de premiers secours, respectivement en matière de prévention et secours civique niveau 1 et premiers secours en équipe. Au-delà des formations en secourisme, le centre propose également des formations humanitaires certifiantes, la commercialisation des kits de premiers secours et des services de couverture sanitaire pour les évènements. Il offre également des formations courtes professionnelles dans les différents domaines de la solidarité internationale. En somme, notre centre est à la fois un pôle de formation en secourisme et en humanitaire, avec une dimension sous régionale.

Abdel Aziz NABALOUM

emirathe@yahoo.fr

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