La nouvelle dynamique

Des Groupes armés terroristes (GAT) ont attaqué et tué au moins huit personnes et fait presqu’autant de blessés, le 18 février 2021, dans une embuscade entre Markoye et Tokabangou (région du Sahel), selon un communiqué du ministère en charge de la communication. Telle une réponse à la tenue du Sommet du G5 Sahel, les 15 et 16 février 2021, à N’Djaména, la signature sanglante des Individus armés non identifiés (IANI) rappelle que nonobstant les résultats indéniables enregistrés face aux groupes terroristes traduisant une relative accalmie, la situation requiert vigilance et persévérance. C’est d’ailleurs, la conclusion à laquelle sont parvenus les chefs d’Etat des pays membres du G5 Sahel et leurs partenaires à l’issue du sommet de N’Djaména.
En effet, acculés de part et d’autre par la pression des attaques récurrentes et celle de leurs opinions publiques pour divers griefs, les pays du Sahel et leurs partenaires ont fait des efforts exceptionnels pour renforcer leurs armées, la présence des forces alliées (l’opération Barkhane) et la coordination entre les forces en présence. Cette synergie d’actions a permis de réduire significativement les capacités de nuisance des GAT, permettant aujourd’hui d’entamer une autre étape dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. En effet, une chose est d’assurer des victoires militaires sur le terrain, en libérant des zones précédemment sous contrôle d’hommes armés, mais une autre est de parvenir à les consolider par des actions civiles structurées permettant le retour de l’administration, la réinstallation des Personnes déplacées internes (PDI) dans leurs patelins et la mise en œuvre de projets de développement en réponse aux causes profondes de l’extrémisme violent. C’est en réponse, en partie, à cette préoccupation que les pays du Sahel et leurs partenaires dans la lutte contre le terrorisme ont défini de nouvelles priorités dans la capitale tchadienne. Parmi celles-ci, les pays sahéliens ont collectivement reconnu la nécessité d’un « sursaut civil » au vu de l’importance « d’assurer le redéploiement des administrations et des services de base au profit des populations, qui relève de la responsabilité première des Etats du G5 Sahel, pour permettre une sortie pérenne de la crise et un retour au développement inclusif ». D’où l’engagement des chefs d’Etat du G5 Sahel à élaborer des « stratégies interministérielles » ambitieuses de redéploiement de l’Etat et des services et à mettre en place des mécanismes de coordination, des dispositifs de pilotage politique au plus haut niveau. Il va sans dire que les Etats doivent préserver un équilibre très précaire. En l’occurrence, veiller à ce que les opérations militaires et les mesures de sécurité (couvre-feu, interdiction de circuler…) n’affectent pas négativement les moyens de subsistance des populations. Cela serait improductif et pourrait engendrer un mécontentement et pis, une solidarité avec les groupes extrémistes. L’intégration des services sociaux dans les plans de sécurité, en particulier dans les zones frontalières, est essentielle pour gagner le cœur et l’esprit des citoyens et susciter leur coopération dans la lutte contre l’extrémisme violent. C’est en cela que cette approche du G5 Sahel rejoint la peu connue mais non moins efficace initiative d’Accra avec laquelle elle s’engage à collaborer. Si l’intégration des pays de la façade maritime de l’Afrique de l’Ouest au sein du G5 Sahel n’est pas encore à l’ordre du jour, la coordination entre les pays de l’espace et ceux riverains du Golfe de Guinée, face aux risques d’extension de la menace terroriste, est appelée de tous les vœux. Cela, dans le cadre de ce mécanisme coopératif entre services que constitue l’Initiative d’Accra, lancée en septembre 2017 par le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et deux pays observateurs (le Mali et le Niger), en réponse à l’insécurité grandissante aux frontières communes. Conçue sur un modèle de financement endogène lui permettant d’avoir une emprise réelle sur ses priorités avec une administration moins lourde, l’Initiative d’Accra pourrait inspirer, à plus d’un titre, le G5 Sahel. Avec seulement quelques années d’existence, elle a permis de mener conjointement les opérations Koudalgou I entre le Burkina Faso, le Ghana, le Togo et le Benin et Koudalgou II entre le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d’Ivoire.
Dans cette guerre asymétrique contre un ennemi diffus, l’accent doit être mis sur la consolidation du contrat social entre les Etats et leurs citoyens, ceux des zones frontalières en particulier. Une telle dynamique implique la prise en compte des demandes des populations dans les réformes des institutions de défense et de sécurité nationale. La décentralisation avec transfert effectif de compétences et de ressources constituerait un cadre idéal dans les efforts de lutte contre le terrorisme.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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