Bénin : remonter la pente de la démocratie

La crainte de l’opposition béninoise est devenue une réalité. La Cour constitutionnelle a validé, le lundi 22 février 2021, la liste provisoire de la Commission électorale nationale autonome (CENA) qui autorise seulement trois candidatures, dont celle du président sortant, Patrice Talon, sur les vingt prétendants, à prendre part à l’élection présidentielle du 11 avril 2021. Ainsi, les figures de proue de l’opposition ont été littéralement « balayées » de la course du palais de la Marina pour des raisons diverses. En effet, si certains opposants se sont vus écarter de l’élection, parce que se trouvant en exil ou condamnés à des peines d’inéligibilité, le principal obstacle pour d’autres, a été cette fâcheuse question de parrainage. Parce que la nouvelle loi électorale impose au candidat à l’élection présidentielle d’être parrainé par au moins 16 députés ou maires. L’on se souvient qu’aux législatives d’avril 2019, aucun des partis d’opposition n’avait été autorisé à présenter de listes.

La conséquence est l’absence d’opposants à l’hémicycle. A l’issue des municipales d’avril 2020, boycottées par une partie de l’opposition, seulement six maires sont membres des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), la seule formation politique de l’opposition. Pour la présidentielle, huit opposants recalés par la CENA avaient déposé un recours devant la Cour constitutionnelle qui les a tous déboutés. Pour la conquête de l’électorat, le président Talon sera donc face à l’ancien ministre Alassane Soumanou du FCBE et Corentin Kohoué, une figure dissidente parmi les opposants. Parmi les déclarés non partants, l’on retrouve la candidate du parti Les démocrates, Rekiath Madougou dont le président d’honneur est l’ancien chef d’Etat, Thomas Boni Yayi. Selon l’opposante, sa candidature disposait de 21 parrainages. Que ne fut pas sa surprise de se voir recaler. Révoltée, elle pointe un doigt accusateur sur les partis de ces élus, en charge de déposer les parrainages à la commission, de ne les avoir pas transmis.

Le scénario, qui se présente actuellement dans le pays de Mathieu Kérékou, était bien prévisible. En effet, cela fait plus de deux ans que la classe politique béninoise est en ébullition à cause des réformes qui ont mis en péril le pluralisme électoral. Ce pays, longtemps vu comme un modèle de démocratie, serait-il en train de se muer en Etat autoritaire ? Après une Assemblée nationale monocolore, le pays est en train, sauf cataclysme, de se diriger vers une reconduction du président sortant qui, pourtant avait déclaré qu’il ne briguera pas un second mandat.

Il est vrai qu’en politique, surtout en Afrique, la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, mais en se dédisant en moins de cinq ans, ce « novice » en politique a dû bien mûrir son projet qui est en passe de se réaliser. Force est de reconnaître que ce « forcing » ne sera pas sans conséquences. La décision du pouvoir en place continue de dégrader le climat sociopolitique dans le pays. Trois responsables du parti Les démocrates ont été convoqués, vendredi et lundi par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme.

Ils sont accusés d’avoir perçu de l’argent, pour « recruter des jeunes aux fins de saboter le processus électoral ». Ce regain de tensions autour du scrutin pourrait encore faire monter le mercure, sans oublier l’après élection avec sa vague d’incertitudes. Au regard de ce climat délétère, les Béninois ne doivent pas baisser la garde. Ne dit-on pas que la quête de la démocratie est un processus dynamique, fait de hauts et de bas ? Pour y parvenir, chaque peuple se doit donc de s’inspirer des expériences des luttes d’émancipation pour remonter la pente.

Abdoulaye BALBONE

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