Macky Sall à l’épreuve de la rue

Depuis une dizaine de jours, le Sénégal vit au rythme de manifestations souvent violentes qui ont occasionné cinq morts et plusieurs blessés, liées aux déboires judiciaires du jeune et irréductible opposant Ousmane Sonko. A la demande du Mouvement pour la défense de la démocratie (M2D), créé la semaine dernière par un groupe de partis politiques d’opposition et des mouvements de la société civile (dont Y en a Marre), les troubles, accompagnés de pillages et de destructions de biens publics et privés, avaient été suspendus mardi et mercredi. Mais hier, le Mouvement est revenu à la charge en lançant un nouvel appel, d’abord pour demain vendredi, à une journée de deuil en hommage aux victimes des manifestations de ces derniers jours et puis samedi, le 13 mars, à un rassemblement pacifique, à Dakar, Place de la Nation, mais aussi dans les régions et la diaspora, avec le drapeau national.
Le Sénégal est en train de renouer avec les manifestations de rue, au regard de son passé récent (2011) où le mouvement « Y en a marre » a contribué à mettre en déroute le président d’alors, Abdoulaye Wade. Même si la lutte pour l’abandon des poursuites judiciaires contre le patron du principal parti d’opposition, le PASTEF, constitue le plat de résistance des manifestants, il n’en demeure pas moins que des revendications connexes commencent progressivement à se greffer à la chose camouflée sous le voile de la défense de la démocratie et de l’état de droit. En effet, comment comprendre le virage qu’a pris la contestation qui s’est muée en pillage des rayons alimentaires de boutiques et autres commerces ? La lutte « pour la préservation des acquis démocratiques » qui sous-tend ces manifestations justifie-t-elle les dégâts matériels ? Le mandat de Macky Sall prend ainsi un virage dangereux qu’il devra savoir négocier avec en toile de fond, la fâcheuse question du 3e mandat. En assurant qu’il a compris les inquiétudes et préoccupations de la jeunesse, le président sénégalais joue-t-il avec le temps ou peut-il être crédité d’une bonne foi ?
Le mouvement a formulé plusieurs exigences, notamment la libération immédiate et sans conditions de ceux qu’il qualifie de « prisonniers politiques » et une condamnation de Ousmane Sonko ne pourrait qu’envenimer la situation. Désormais pris entre deux feux, Macky Sall se verra politiquement affaibli si la justice sénégalaise cède aux revendications du M2D en acquittant le jeune opposant ou mieux, en libérant des détenus comme Kalifa Sall. La rue à sa porte, il devra manœuvrer pour tirer son épingle du jeu, étant donné que le pays de la Téranga a désormais une tradition des contestations « payantes ». Ce qui s’apparente beaucoup plus à une opposition entre celui qui a l’exercice du pouvoir et cet autre qui a le pouvoir de la rue est loin d’être terminé. Le Sénégal est une relative vieille démocratie et il gagnerait à ne pas tomber aussi bas que certains pays de la sous-région.

Jean-Marie TOE

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