L’autre défi de taille

Il a fallu un mois pour qu’ils sortent du bois. Réagissant à la décision du 9 février 2021 du ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Ville suspendant temporairement le traitement des dossiers de promotion immobilière au regard des « dérives » constatées, les promoteurs immobiliers ont répondu le 12 mars dernier. Ceux-ci ont déclaré, au cours d’une conférence de presse, que cette mesure ne concerne pas leurs activités, en vue de rassurer des milliers de souscripteurs vivant dans l’incertitude. Peuvent-ils pour autant continuer à opérer ?

Au gré des réformes agraire et foncière intervenues depuis 2008, l’activité de promotion immobilière est règlementée par une loi et devrait, en partie, améliorer et compléter l’offre publique de logements au profit des populations des villes et des campagnes. Mais à la lumière des faits, ce qui était conçu comme une solution, au départ, a aujourd’hui complexifié le problème du foncier au Burkina Faso.

Bombe sociale pour les uns, goulot d’étranglement du pouvoir du président Roch Kaboré pour les autres, la question foncière est ce que l’on peut appeler plus prosaïquement une question fondamentale au regard des enjeux sociaux et économiques qu’elle draine et des « brouhahas  » qu’elle soulève au sein de l’opinion publique.

C’est qu’avec l’explosion démographique, conjuguée aux réformes agraires et à la raréfaction des terres à lotir, notamment dans les grandes agglomérations comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, les uns et les autres voient le diable partout dans cette « affaire  » de lotissements. S’il y a de l’exagération dans certaines prises de position, force est de reconnaître cependant que l’opinion a du grain à moudre au regard du contenu des rapports d’enquêtes parlementaires qui, pour la plupart, ont reconnu qu’il y avait eu des « micmacs » dans certains aménagements urbains.

Toute chose qui commandait de crever cet abcès purulent, pour éviter qu’il ne gangrène le corps social. Ce, d’autant que l’avènement de nombreux promoteurs immobiliers sur le « marché  » a renforcé la conviction au sein du « petit peuple  » que le « pillage  » des terres était désormais l’option privilégiée. C’est dire qu’à défaut d’être une bombe sociale, le foncier est une préoccupation majeure de l’heure qui mérite réflexion et action intelligentes et diligentes.

Depuis la suspension en novembre 2014 des opérations de lotissements à la suite de mauvaises gestions caractérisées et des levées partielles çà et là de cette mesure, les innombrables promoteurs immobiliers ont pris le relais pour perpétuer les mêmes pratiques spéculatives au détriment des propriétaires terriens et des acquéreurs dont certains ont hypothéqué toute une carrière pour s’assurer un lopin de terre à usage d’habitation.

En quelques années, les agences immobilières ont prouvé qu’elles n’ont pas meilleure réputation que les maires, à en juger par la grogne des populations de Kouka (commune de Koubri) par exemple contre l’accaparement des terres du village par les agences immobilières pour des opérations d’aménagement qui n’ont, en définitive, qu’un but purement commercial.

Par l’entremise des mêmes démarcheurs qui étaient au service des maires, par des relais et soutiens, certains promoteurs démarchent les propriétaires terriens avec des promesses de parcelles, de logements, vite converties en espèces sonnantes et trébuchantes.

Les terrains sont ensuite revendus à prix d’or et souvent sans que les nécessaires travaux de viabilisation, de désenclavement ne suivent. En attendant la mise en œuvre des réformes annoncées, il reste posé la question de savoir dans quel état, les Burkinabè retrouveront leur patrimoine foncier après l’OPA des agences immobilières ?

On peut, d’ores et déjà, dire que l’exécutif a pris la mesure du problème rien qu’à travers cet acte symbolique de la nomination d’un sankariste à la tête du département, et qui fait rêver d’une époque où la transparence et l’impartialité avaient caractérisé les lotissements sous Thomas Sankara.

Pour les questions foncières, le forum sur la réconciliation nationale pourrait être aussi un cadre pour régler les inégalités sociales, notamment les plus sensibles.
En tout état de cause, ce dossier n’est pas aussi « apocalyptique  » que l’on veuille le faire croire pour peu que l’équité prévale dans son traitement.

Par Mahamadi TIEGNA

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