Second Compact : « Nous avons espoir qu’en 2022 le Compact va démarrer », dixit le directeur-pays du MCC au Burkina Faso, Michael J. Simsik

Le directeur-pays du MCC encourage les entreprises burkinabè à se mettre en associations avec d’autres sociétés qui ont plus d’expérience afin de bénéficier des marchés du second Compact.

Le Burkina Faso a bénéficié du gouvernement américain, à travers le Millennium Challenge Corporation (MCC), d’un second Compact dont la mise en œuvre opérationnelle doit normalement débuter en 2022. Dans cet entretien, le directeur-pays du MCC au Burkina Faso, Michael J. Simsik, apporte des éclairages sur la nature de cette aide du peuple américain, le processus de mise en œuvre, les facteurs de risques et bien d’autres sujets.

Sidwaya (S) : Dites-nous quel est le rôle d’un directeur-pays du Millennium Challenge Corporation (MCC) ?

Michael J. Simsik (M.J.S.) : Le rôle du directeur pays est de superviser le travail fait, de planifier et de coordonner les différentes activités avec l’équipe sur place à Washington. Il s’agit d’être la courroie de transmission entre les équipes travaillant sur le Compact au niveau du Burkina Faso et des USA. Je travaille également avec une petite équipe au sein de notre ambassade au Burkina. Et je maintiens étroitement le lien avec les autorités burkinabé, notamment le gouvernement par rapport au Compact. Dans ce cadre, nous travaillons avec bien de ministères dans la mise en œuvre du programme.

S : Faites-nous un bref rappel de l’histoire du MCC ?

M.J.S. : Le MCC a été créé en 2004 à l’initiative du président George W. Bush. L’idée était de créer une Agence de développement qui allait intervenir dans des secteurs sociaux qui n’étaient pas, à l’époque, pris en compte par les autres Agences américaines de développement. C’est alors que nous avons commencé à identifier et à réaliser de gros projets comme la construction de routes, le renforcement de l’offre énergétique, la construction d’un aéroport par exemple au Mali, etc.

S : Quelle est la nature de l’aide financière que le MCC apporte aux pays élus ?

M.J.S. : Notre intervention est un don, une subvention. C’est donc une aide gracieuse faite par le peuple américain à l’endroit des gouvernements avec lesquels nous travaillons. Seulement, lorsqu’il s’agit d’un second Compact comme c’est le cas au Burkina Faso, nous exigeons une contribution, sinon une participation minimale du gouvernement bénéficiaire de 7,5%. Pour ce qui est du cas précis du Burkina Faso, le gouvernement a opté de contribuer à hauteur de 11% pour ce deuxième Compact.

S : Pourquoi dit-on que le MCC est une marque et quelles sont les caractéristiques principales de cette marque ?
M.J.S. : Oui, le MCC est notre marque ! C’est tout un processus. Il est très différent des autres aides américaines. Nous sommes très rigoureux dans la mise en œuvre des Compacts. Ici, l’accent est beaucoup mis sur les données. Et nous les collectons partout où nous pouvons les trouver, souvent avec l’aide des organisations internationales. Il faut dire que c’est la rigueur et l’analyse qui caractérisent le MCC et qui font sa particularité.

S : Quelle est la différence entre le MCC et le MCA

M.J.S. : Le Millennium Challenge corporation (MCC) est l’entité américaine à travers laquelle les financements américains arrivent dans un pays. Les Millennium Challenge Account (MCA) sont des entités qui sont créées dans chaque pays où nous intervenons pour assurer la mise en œuvre du Compact. Dans le cas du Burkina Faso, il y a eu un MCA qui a géré le premier Compact. Avec la fin de ce premier Compact, ce MCA disparait également. Avec l’arrivée du second Compact, nous sommes en train de créer le deuxième MCA qui va assurer la mise en œuvre des projets. C’est ce MCA qui va également assurer les passations de marchés liées au second Compact.

S : Quelle est l’ampleur du MCC dans le monde entier en termes de présence dans des pays ?
M.J.S. : Depuis 17 ans que le MCC existe, nous avons travaillé dans une trentaine de pays, notamment dans les pays en voie de développement. Et pendant toute cette période, le MCC a dépensé environ 13 milliards de dollars. Rien qu’en Afrique de l’Ouest, nous sommes présents dans 9 pays avec des programmes en cours en ce moment. Pour le Burkina Faso, c’est la troisième fois que nous intervenons. De 2005 à 2008, il y a eu ce qu’on appelle le
« Programme seuil » qui est intervenu dans le domaine de l’éducation des filles (BRIGHT I), puis le premier Compact que nous connaissons tous, de 2009 à 2014. Avec le second Compact, nous sommes à notre troisième intervention au Burkina Faso.

S : Comment se font l’identification et la sélection des pays candidats ?

M.J.S. : Il y a tout un processus de sélection des pays candidats. Nous avons une méthodologie assez rigoureuse. Il y a une vingtaine d’indices qui constituent, pour nous, le tableau de bord de chaque pays. Ces données sont produites chaque année et ont trait à l’économie, la bonne gouvernance, la justice, l’éducation. Ces données, nous les collectons aussi avec certaines organisations indépendantes comme la Banque mondiale, les Nations unies, etc. Ces structures nous produisent cette carte de pointage en fonction de laquelle nous identifions les pays qualifiés.

Sur ce total de 20 points, le pays doit avoir la moyenne, c’est-à-dire au moins 10/20 pour être qualifié. En plus, il y a des domaines où le MCC est beaucoup regardant. C’est la justice, l’économie et le capital humain. Il s’agit de vérifier si le pays investit dans ces secteurs. Une fois ces paramètres réunis, alors le pays est éligible. Mais cela ne signifie pas que le pays est d’office sélectionné. Il y a d’autres critères à vérifier. Pour le Burkina Faso, c’était en 2016 que le pays a été qualifié et sélectionné pour le deuxième Compact.

S : Au niveau des indicateurs économiques et de la justice, que recherchez-vous concrètement ?

M.J.S. : Il s’agit notamment des droits démocratiques et politiques, de la bonne gouvernance, de la liberté politique, commerciale et syndicale, de la libre création d’entreprises, de l’accès au foncier, au crédit, d’une bonne politique de régulation, etc. Dans le capital humain, le pays doit avoir une politique d’investissement dans les secteurs de la santé, de l’éducation, etc. Ce sont là les grands piliers qui doivent être au vert.

S : C’est depuis 2017 qu’on parle du second Compact du Burkina ; à quand la mise en œuvre opérationnelle et pourquoi est-ce si long ?

M.J.S. : Nous avons espoir que d’ici 2022 le Compact va démarrer. Le processus est long tout simplement parce que les investissements de notre Compact sont strictement exécutés en cinq ans. Il n’est pas possible de prolonger, donc il faut tout préparer à l’avance afin que, quand le Compact démarre, la mise en œuvre des projets du Compact aille vite et qu’au bout des 60 mois le bilan soit celui attendu. C’est pourquoi, il faut tout préparer, passer tous les marchés liés au compact, recruter le personnel nécessaire, planifier tout à la lettre. Et c’est ce que nous sommes en train de préparer en ce moment avec nos partenaires burkinabè.

S : Nous savons qu’il y a des conditions préalables au financement qui engagent le gouvernement et aussi des réformes dans le domaine de l’électricité. Pourquoi ces « contraintes » et quelles sont les plus-values attendues ?

M.J.S. : Les conditions préalables sont importantes. Car ce sont elles qui vont créer l’environnement favorable pour la mise en œuvre du Compact. Sans elles, nous ne pouvons affirmer que l’investissement qui va être fait sera durable. Or, c’est l’argent du peuple américain que nous injectons dans un secteur ; nous voulons que ces appuis profitent au maximum aux populations et que les réalisations durent aussi longtemps que possible pour le bien-être du pays. C’est l’idée qui sous-tend ces réformes.

Les réformes se basent sur la viabilité financière des acteurs, la bonne gouvernance dans le secteur et l’amélioration de la performance des institutions dans le secteur concerné. Dans le cas du Burkina, avec le programme d’électricité, on aura à travailler avec le ministère en charge de l’énergie, la SONABEL, l’ABER (Agence burkinabè de l’électrification rurale). Nous allons appuyer tous ces acteurs à travers le Compact pour améliorer leurs performances.

S : Qu’est-ce qui explique les réformes concernant spécifiquement la régulation du secteur de l’énergie par exemple ?

M.J.S. : Pour que le secteur de l’énergie fonctionne bien, qu’il soit financièrement stable, il faut un régulateur qui peut bien faire son travail. Nous mettons l’accent sur le régulateur parce que nous pensons qu’il est un acteur clé pour que tout le secteur puisse bien fonctionner et s’améliorer. C’est pour toutes ces raisons que nous comptons apporter un appui au régulateur pour qu’il puisse bien jouer son rôle.

S : Est-ce à dire que la régulation aujourd’hui ne répond pas aux critères souhaités ?

M.J.S. : Il y a peut-être un aspect qui fait que le régulateur ne peut pas faire tout ce qu’il devrait faire, notamment en matière de financement de l’entité. Et nous sommes en train de travailler avec le gouvernement pour que le régulateur soit financièrement stable.

S : Le choix du secteur de l’énergie comme domaine d’intervention du second Compact vient-il du gouvernement burkinabè ou du MCC ?

M.J.S. : Tout le processus de développement de ce Compact a été fait dans la concertation permanente avec le gouvernement burkinabè. Au début, il y a eu une analyse des contraintes liées aux investissements, au développement socioéconomique au Burkina Faso. Nous avons utilisé une méthode qui permet d’identifier et de classer les contraintes qui bloquent le plus l’investissement privé et la croissance économique. De cette analyse, il est ressorti que les contraintes les plus fortes sont le problème de l’électricité (faible accès, faible qualité et coût élevé) et la faible qualification de la main d’œuvre.

Par ailleurs, nous avons eu des entretiens avec plusieurs parties prenantes. Tout le monde parlait du même problème : l’énergie qui est trop chère et dont la qualité et l’accès ne sont pas toujours évidents. Ces trois éléments ont plaidé en faveur de ce choix. Mais au final, c’est le gouvernement burkinabè qui a décidé de mettre l’accent sur ce secteur pour le second Compact. Car l’énergie sera, à la longue, le moteur de l’économie burkinabè.

S : Les investissements vont-ils concerner l’énergie solaire ou conventionnelle ?

Les investissements du second Compact vont porter prioritairement sur les infrastructures de transport de l’électricité.

M.J.S. : Les investissements vont porter sur les infrastructures du pays. Les plus gros investissements vont être faits sur les lignes de transport de l’électricité, notamment autour de Bobo-Dioulasso et Ouagadougou pour améliorer le réseau national d’électricité. Cela va aider le gouvernement et la SONABEL à faire circuler l’énergie dans le réseau. C’est la principale activité que nous allons réaliser.

Nous allons aussi, à travers les réformes, créer un environnement favorable pour l’investissement du secteur privé, surtout dans le domaine de l’énergie solaire. On a les IPP (Independent power producers) qui sont des sociétés privées qui interviennent dans le domaine de l’énergie solaire.

Nous n’allons pas nous-mêmes construire des centrales solaires comme Zagtouli mais nous allons appuyer ceux qui veulent investir dans ce segment à le faire. Notre appui va porter sur l’un des aspects du projet qui est le stockage de l’énergie qui constitue la véritable préoccupation avec l’énergie solaire : le jour, il y a de l’énergie mais la nuit et en temps couvert, il n’y en a pas ! Et le stockage par les batteries est trop cher. Nous allons créer des centres de stockage pour encourager les investisseurs à venir dans le solaire.

S : Pour mener à bien ces grands chantiers, de quels principaux acteurs du secteur attendez-vous des appuis ?

M.J.S. : Nous travaillons étroitement avec le gouvernement et nous avons besoin de son accompagnement, notamment de la Primature où le MCA sera logé, du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement, car on a besoin que le secteur soit viable financièrement. Il y a également le ministère en charge de l’énergie et la SONABEL. Nous collaborons avec chaque acteur depuis quatre ans pour le développement de ce Compact.

S : On parle beaucoup du marché régional de l’électricité ; quels avantages particuliers tirera le Burkina Faso de ce marché ?

M.J.S. : Sur le plan géographique, le Burkina Faso est bien situé, au milieu de l’Afrique de l’Ouest. Cela est très important et permet au pays de participer à ce qu’on appelle le West Africain power pool ; car il y a le partage de l’énergie entre le Burkina et ses voisins. Participer au marché régional va aider le Burkina à baisser le prix de l’énergie. Déjà, une partie de l’énergie du Burkina vient du Ghana et de la Côte d’Ivoire, moins chère. L’accès à l’énergie des pays voisins va aider à stabiliser et à rendre durable le réseau d’énergie disponible au Burkina Faso.

S : Des compacts ont déjà été résiliés en Afrique ; dites-nous, qu’est-ce qui peut mettre le développement d’un Compact en péril dans un pays ?

M.J.S. : Il y a eu des compacts qui ne sont pas allés à terme pour diverses raisons. C’est le cas du premier Compact du Mali où le coup d’Etat de 2011 a mis fin au déroulement du processus. Nous avons parlé des conditions préalables avant le lancement du projet mais ces conditions doivent rester valables durant la vie du Compact. Si un pays vient à faire un pas en arrière par rapport à ces conditions, cela peut poser problème quant à la poursuite du Compact.

Nous avons l’exemple récent du Ghana qui a également bénéficié d’un Compact dans le domaine de l’énergie. Il y avait une condition préalable entre le gouvernement et un opérateur privé dans le secteur. A la fin, l’Etat ghanéen ne respectait plus le contrat qui le liait à l’entreprise privée. Le MCC a retiré une partie des financements du Compact qui étaient alloués à cette activité. Ce sont des choses qui peuvent arriver et compromettre la mise en œuvre du Compact.

S : Et le contexte sécuritaire… ?

M.J.S. : Ce n’est pas inimaginable que des questions liées à l’insécurité puissent menacer le projet. Mais en vérité, je peux ajouter que c’est la donne sécuritaire qui nous a amené à focaliser le projet sur Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, ce qui présente moins de risques sur le plan sécuritaire.

S : En plus du second Compact, le Burkina est éligible au Compact régional avec la Côte d’Ivoire. Qu’est-ce que cela signifie ?

M.J.S. : Le Compact régional est un nouveau projet potentiel que nous sommes en train d’étudier. C’est en avril 2018 que le MCC a reçu l’autorisation du gouvernement américain de s’engager dans le projet régional. Pourquoi ? Parce que, nous nous sommes dit que dans le domaine de l’énergie, un projet régional peut être bénéfique pour les deux pays impliqués dans le Compact régional, surtout dans le domaine du partage d’énergie.

Partant de l’expérience de West African power pool, il est toujours mieux d’envisager un Compact régional, qu’un Compact pour un seul pays.
Bientôt, nous allons démarrer une étude de faisabilité pour voir si l’on peut faire une ligne de transmission de l’électricité ou améliorer la ligne entre Ferkessédougou et Bobo-Dioulasso, même jusqu’à Ouagadougou. Si l’on décide que l’idée est faisable, ce pourrait être un autre Compact qui va être collé au second Compact que nous sommes en train de préparer.

S : Les entreprises locales se plaignent de ne pas pouvoir accéder aux marchés du Compact. Comment expliquez-vous cela et qu’est-ce qui peut être fait pour améliorer leur compétitivité ?

M.J.S. : En 2019, nous avons tenu une rencontre avec les entreprises burkinabè pour leur parler des opportunités qui vont exister avec les marchés du second Compact. On a entendu parler de ce problème lors du premier Compact. Mais le MCC est très exigeant vis-à-vis des entreprises qui vont mettre en œuvre les projets. Ce sont de grands projets, et ce n’est pas toujours évident de trouver sur place des entreprises capables de construire 100 km de ligne de transmission d’énergie autour de Bobo-Dioulasso, par exemple.
Mais à côté de la construction des lignes de transmission, il y aura d’autres marchés qui vont être lancés. Nous les avons encouragées à se mettre en associations avec d’autres sociétés qui ont plus d’expérience car nous exigeons beaucoup d’années d’expérience. Mais nous ne doutons pas que les entreprises burkinabè vont pouvoir se tirer d’affaires. Car le Compact, c’est 500 millions de dollars et il y a beaucoup de possibilités pour le secteur privé national.

S : Comment appréciez-vous le processus de mise en œuvre du second Compact ? Le rendez-vous de 2022 pour sa mise en œuvre opérationnelle sera-t-il respecté ?

M.J.S. : Je félicite le gouvernement burkinabè pour son engagement dans le Compact. Comme, je l’ai dit plus haut, depuis début, nous travaillons main dans la main avec le gouvernement, surtout avec le l’Unité burkinabè qui est chargée du développement du second Compact. J’apprécie les bonnes relations que nous avons avec ces entités, et aussi avec le ministère en charge de l’énergie.
Je ne vais pas rentrer dans les détails mais toutes les quatre phases de développement du Compact sont très bien respectées. Il y a un suivi rigoureux de la méthodologie que nous avons arrêtée avec le gouvernement. Le fait que tout le processus soit, jusque-là, respecté nous donne plus de chance d’être au rendez-vous de l’échéance que nous avons établie. Et nous sommes confiants !

Interview réalisée par
Mahamadi SEBOGO
(windmad76@gmail.com)
Wanlé Gerard Coulibaly

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