Décès de Marie-Soleil Frère : « La passionnée des médias africains » a cassé sa plume

Décédée dans la nuit du 18 au 19 mars 2021, Marie-Soleil était une passionnée de journalisme. De l’Université de Ouagadougou à l’Université libre de Bruxelles, l’épouse du comédien et dramaturge burkinabè, Etienne Minoungou lègue à la postérité une abondante littérature sur les médias en Afrique francophone.

Le monde universitaire et de la recherche et le journalisme en particulier pleure l’une de ses illustres représentants.  Directeur de recherche, professeur et vice-recteur de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Marie-Soleil Frère est décédée dans la nuit du 18 au 19 mars 2021 des suites de maladie. « Elle laisse derrière elle un sillage lumineux et son enseignement, son exemple, éclaireront longtemps des générations de journalistes« , a écrit sur son blog, la journaliste belge, Colette Braeckman. Selon elle, la défunte était une passionnée des médias et elle jetait sur la presse africaine et européenne, un regard lucide, mais plein d’espoir. De la République démocratique du Congo (RDC) au Burkina Faso en passant par le Burundi et le Rwanda, Marie-Soleil Frère a impacté, à travers ses cours, séminaires, conférences et livres, une génération de journalistes africains. « Personne ne connaissait mieux qu’elle les contraintes d’un métier difficile à exercer en Afrique et dans des systèmes politiques fragiles. Elle comprenait les difficultés et en parlait librement, mais elle apprenait aussi à ses étudiants comment analyser les situations, comment privilégier, avant toutes choses, l’honnêteté, respecter la déontologie, donner priorité à la vérité des faits« , souligne Colette Braeckman. Décédée, au moment où le Théâtre des Récréatrales vient de lancer sa saison 2021-2022, Marie-Soleil Frère était l’épouse du fondateur des Récréatrales, le dramaturge et comédien burkinabè, Etienne Minoungou. C’est dans le milieu des années 90 qu’elle foule le sol du pays des Hommes intègres dans le cadre de la préparation de sa thèse. Son diplôme en poche, elle se voit proposer, en 1997, un poste d’enseignant au département d’art et communication à l’Université de Ouagadougou. Maître-assistant au niveau de ce département, elle y côtoiera, pendant plusieurs années, le professeur Serge Théophile Balima. Elle collaborera d’ailleurs avec le « doyen » sur le célèbre ouvrage « Médias et communications sociales au Burkina Faso: Approche socio-économique de la circulation de l’information« .

 

Désoccidentaliser l’information

 

« Elle nous a enseigné, en 2011 à l’IPERMIC, la méthodologie de recherche en sciences de l’information et de la communication », témoigne, pour sa part, l’un de ses anciens étudiants, Mahamadi Sébogo, et par ailleurs journaliste au quotidien d’Etat, Sidwaya. « Nous avons toujours été séduits par la pédagogie avec laquelle elle dispensait ses cours, son sens élevé de l’écoute des préoccupations des étudiants. Elle nous a simplement donné le goût de la recherche en sciences de l’information et de la communication« , soutient M. Sébogo. Pour lui, l’Afrique perd l’un des grands spécialistes de médias et du journalisme africains. Elle est l’un des chercheurs qui appelaient, ajoute-t-il, à désoccidentaliser les sciences de l’information et de la communication et à aborder les études sur les médias africains sous le prisme du contexte et des réalités propres au continent. Experte associée à l’Institut Panos Paris (2004-2012), elle a, par ailleurs, activement pris part à la mise en œuvre de nombreux projets d’appui aux médias en Afrique. Doctorat en Philosophie et Lettres (Option Journalisme et Communication), elle consacre notamment ses recherches au rôle des médias dans les évolutions politiques en Afrique francophone. Depuis le début des années 1990 et jusqu’à un passé récent, Marie-Soleil Frère, maître de recherche au Fonds national de la Recherche scientifique à l’ULB (Bruxelles), a ainsi publié de nombreux articles et ouvrages sur la place des médias et journalistes africains dans les processus démocratiques, les conflits et les élections. « Médias d’Afrique. Vingt-cinq années de pluralisme de l’information« , « Elections et Médias en Afrique centrale. Voie des urnes, voix de la paix ?« , « Afrique centrale. Médias et Conflits. Vecteurs de guerre ou acteurs de paix ?« , « Presse et Démocratie en Afrique francophone » sont, entre autres, les ouvrages de celle qui a été « choquée » par  l’assassinat, en 1998, du journaliste burkinabè, Norbert Zongo.

 

  1. Aubin NANA

nanaubin@yahoo.fr

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