Suivi-évaluation des politiques publiques: L’institut FREE Afrik appelle à tirer leçon des insuffisances du passé

L’institut FREE Afrik a réalisé deux études intitulées « Inégalités au Burkina Faso : tendances et instruments de politiques publiques » et « Quel bilan de développement pour le Burkina Faso ? Leçons de suivi-évaluation du PNDES et de la SCADD ». Les résultats de ces études ont été présentés aux hommes et femmes de médias, aux représentants des organisations de société civile et de l’administration publique les 18 et 19 mars 2021, à Ouagadougou.

L’institut FREE Afrik veut contribuer à l’efficacité des politiques publiques de développement au Burkina Faso. A cet effet, cet organisme indépendant de recherche a réalisé deux études intitulées « Inégalités au Burkina Faso : tendances et instruments de politiques publiques » et « Quel bilan de développement pour le Burkina Faso ? Leçons de suivi-évaluation du PNDES et de la SCADD ». Le directeur exécutif de l’institut, Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, a présenté les résultats de ces études aux hommes et femmes de médias, aux représentants des organisations de société civile et de l’administration publique les 18 et 19 mars 2021, à Ouagadougou.

L’étude sur les inégalités vise à évaluer la dynamique des inégalités spatio-temporelles dans la formation du capital humain (santé, éducation, assainissement) et dans l’accès au capital physique (routes) au Burkina Faso.

En matière de santé, les résultats des travaux montrent que l’accessibilité géographique aux services sanitaires s’est améliorée dans la moyenne nationale depuis le début des années 1990 mais reste très inégalitaire entre régions. Avec un rayon moyen national d’accès aux centres de santé de 5,9km, les régions du Sahel, de l’Est et des Cascades viennent en tête des régions qui parcourent plus de distance pour accéder aux soins de santé, avec un rayon d’accès respectif de 10 km, 9,4km et 7,3 km. Les régions qui souffrent moins de l’accès à la santé sont le Centre (1,6km), le Plateau central (4,2km) et le Nord (4,8km).

29 900 habitants pour un médecin au Centre-Sud

Pour ce qui est de la distribution du nombre d’habitants par médecin, elle est de 5000 habitants pour un médecin au Centre contre plus de 29 900 habitants pour un médecin dans la région du Centre-Sud.

En termes d’espérance de vie, les régions où les populations vivent plus longtemps sont le Centre (66ans), le Centre-Sud (58 ans) et (57 ans), contre une espérance de vie nationale de 56 ans. Les faibles espérances de vie s’enregistrent au Centre-Est (51 ans), au Centre-Ouest (53 ans) et au Nord (54 ans).

Les disparités régionales sont également palpables au niveau de l’éducation. Au primaire, les taux nets de scolarisation les plus bas en 2018/2019 viennent des régions du Sahel (23%) et de l’Est (50%); et les taux les plus élevés s’observent au Centre-Ouest (86%) et au Nord (92%), contre un taux national de 72%.  Quant aux ratios élèves/maîtres, les deux extrémités sont dominées par les Hauts-Bassins avec 64 élèves pour un maître et le Sahel avec un ratio de 32 élèves pour un maître ; contre un ratio national de 50 élèves par enseignant.

Au secondaire, pour la même période, la région du Centre vient en tête avec un taux net de scolarisation de 40%, le Sahel ferme la marche avec un taux de 5% ; le taux national est de 28%.

Si l’insécurité semble avoir renforcé les inégalités régionales en matière d’éducation, la tendance inégalitaire est bien installée avant la crise sécuritaire, note le rapport.

Concernant l’accès à l’eau potable en milieu rural, la région du Centre, avec un taux de 90%, surclasse les autres régions. Le bas du tableau est occupé par l’Est avec 52% ; le taux national est de 67%.

S’agissant de l’accès aux infrastructures routières, l’étude de FREE Afrik, conclut que les régions épicentres du terrorisme, le Sahel et l’Est, font partie des plus désavantagées du pays. En 2016, la longueur de route bitumée pour 100km2 est de 0,3km au Sahel, 0,9km à l’Est et 1,3km pour la moyenne nationale.

Dans la seconde étude portant sur le suivi-évaluation du PNDES et de la SCADD, Dr Ouédraogo et son équipe ont relevé un certain nombre d’insuffisances.

Absence de liens entre objectifs et moyens

Au premier rang des limites des politiques burkinabè figure la faiblesse des diagnostics, qui sont souvent sommaires, partiels et non systématiques. « Par endroit, les diagnostics sont fondés sur des chiffres imprécis ou éloignés de la réalité », « des paramètres stratégiques et défis majeurs ignorés ou insuffisamment pris en compte », peut-on lire, entre autres, dans le rapport. Il en est ainsi de la faible prise en compte de la crise démographique, des chocs climatiques de plus en plus fréquents, de la bombe foncière, de l’urbanisation, de la criminalité immobilière dans l’élaboration du PNDES et de la SCADD, souligne le rapport.

L’étude mentionne également que les politiques publiques de développement souffrent du manque de cohérence entre les ambitieux objectifs et les moyens mobilisés. Cela se traduit souvent par « des prévisions trop optimistes » fondés sur des paramètres dont le pays n’a pas la maîtrise, tels les cours de l’or, du coton, du dollar, du pétrole, l’aide publique au développement.

L’étude révèle aussi le caractère irréaliste et contradictoire de certaines prévisions, la faible analyse des risques et des stratégies de mitigations, la faiblesse des stratégies de financement, les failles des mécanismes de suivi-évaluation.

Dans ce qu’il qualifie d’« impensés des plans de développement », le rapport note que « la question stratégique de la protection des industries naissantes  n’est jamais abordée », que « le rôle stratégique de l’Etat dans la régulation des secteurs est largement négligé ».

Face aux limites des précédentes politiques publiques de développement, l’équipe de FREE Afrik livre des pistes d’orientations pour le prochain référentiel national de développement en cours d’élaboration. Elle recommande, entre autres, de fonder le nouveau plan sur une connaissance systématique du contexte et des défis du développement, de l’ancrer dans la réalité et d’en assurer la flexibilité. Le politique doit avoir un ordre des priorités de développement car, « si tout est prioritaire, rien n’est prioritaire ».

Pour répondre à l’insuffisance constatée au niveau du suivi-évaluation du PNDES et de la SCADD, Dr Ouédraogo préconise de consolider l’’expérience, d’éclairer le plan par un véritable apprentissage continu des leçons pertinentes. Il appelle également à repenser la relation Etat/secteur privé, à recréer la confiance entre gouvernants et gouvernés, en ramenant l’éthique au centre de la gouvernance et en plaçant les vraies priorités du pays au-devant de l’agenda national.

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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