Le chaud et le froid

Nul n’a encore oublié, en Afrique, les images du Guide libyen, Mouammar
Kadhafi, le visage ensanglanté, implorant les rebelles autour de lui de l’épargner. Il y a dix ans, par la seule volonté d’un homme, le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, la Libye, tenue de main de maître par Kadhafi, entrait dans une crise sans précédent qui allait aboutir à la chute et à l’assassinat du guide présenté par les Occidentaux comme « un dictateur sanguinaire, imprévisible et incontrôlable ». A l’époque, la bourrasque qui s’est abattue sur la Libye et son leader était interrogatrice. A l’évidence, ceux qui n’avaient pas intérêt à ce que les idées du bouillant panafricaniste, au pouvoir depuis le 1er septembre 1969, prospèrent, parmi lesquels un certain Nicolas Sarkozy, avaient décidé de le « liquider ». La hargne cachait certainement des deals qui, dix ans après la chute de Kadhafi, se révèlent petit à petit. Depuis ce mois de mars 2011, Sarkozy n’est plus au pouvoir. Pire, il est empêtré dans des affaires judiciaires comme un citoyen lambda, et devra donc répondre de faits à lui reprochés. Aujourd’hui engagée dans une guerre civile, la Libye peine à retrouver sa stabilité et s’enfonce dans l’abîme. La France, qui a déjà perdu les bénéfices politiques de l’appui à l’élimination de Kadhafi, gère tant bien que mal le service après-vente au Sahel où elle a engagé plusieurs soldats dans la lutte contre le terrorisme. Conséquence, les pays sahéliens sont victimes d’aventures géopolitiques hasardeuses des grandes puissances. De Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron, la diplomatie française a soufflé le chaud et le froid entre des tentatives de médiation et un soutien en sous-main au seigneur de guerre, le Marechal Kalifa Haftar opposé à un gouvernement pourtant reconnu par la communauté internationale. Dernier épisode en date, le 23 mars dernier, Emmanuel Macron, qui recevait des diplomates libyens, n’a pas eu des mots doux pour dénoncer ce désordre libyen et a avoué au nom de la continuité de l’Etat que « Nous avons une dette envers la Libye, très claire : une décennie de désordre ». Ce qui sonne à la fois comme un aveu de culpabilité de la France que Sarkozy refusait d’assumer et un désaveu de son prédécesseur. Il y a donc du nouveau dans la crise libyenne, au moment où la France s’apprête à y rouvrir sa représentation diplomatique. Cela dit, les pays du Sahel sont en droit d’attendre d’autres aveux du président français, car l’intervention en Libye a permis d’exposer en libre-service des armes, donnant ainsi un coup de pouce inattendu à l’entreprise terroriste face à des Etats démunis, contraints de livrer une guerre asymétrique. Il faudrait qu’enfin la France cesse d’avancer des raisons humanitaires à son engagement au Sahel, en reconnaissant sa part de responsabilité dans l’embrasement de la zone à partir du foyer libyen. Ce qui lui permettra de prendre la place qui lui échoit, sans aucun paternalisme, dans le combat contre le brasier sahélien qui, pour l’instant, dévore les chaumières du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad. Mais qui, si l’on n’y prend garde, pourrait atteindre des contrées lointaines. A qui le tour, dans ce jeu de cache-cache dont le pompier est bel et bien le pyromane. Sous d’autres cieux, ces aveux mériteraient une saisine ou une auto-saisine de la justice contre celui par qui l’Afrique de l’Ouest subit les foudres des djihadistes, qui se sont servis dans les soutes libyennes pour semer le chaos.

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