Mise en œuvre du second Compact : « Des mesures sont prises pour que l’échéance d’août 2022 soit respectée », Dr Tambi Samuel Kaboré, coordonnateur national de l’UCF-Burkina

Le second Compact, d’un montant de plus de 500 millions USD consacré au renforcement du domaine de l’électricité, dont le Burkina Faso a bénéficié du gouvernement américain, est en cours d’opérationnalisation. Dans cet entretien, le coordonnateur national de l’unité de formulation dudit programme, Dr Tambi Samuel Kaboré, fait le bilan de la mise en œuvre du processus de formulation dont l’entrée en vigueur du second compact est prévue pour août 2022.

Sidwaya (S) : Le Burkina Faso a bénéficié du gouvernement américain d’un second Compact. De quoi s’agit-il ?
Tambi Samuel Kaboré (T. S. K) : Le second Compact du Burkina Faso est un ensemble de trois (03) projets visant à atténuer les contraintes d’accès, de faible qualité et de coût élevé de l’électricité. Le 17 juin 2020, le Conseil d’administration du Millennium challenge corporation (MCC) a approuvé à l’unanimité le second Compact du Burkina Faso. Le 13 août 2020, ce second Compact a été signé entre le gouvernement américain représenté par le MCC et celui burkinabè. Le montant global est de 500 110 795 USD, composé d’une subvention du MCC de 450 000 000 USD et d’une contribution du gouvernement du Burkina Faso à hauteur de 50 110 795 USD.

S : L’UCF-Burkina avait pour mission principale de formuler le Compact. Pouvez-vous nous faire le bilan de votre mission ?
T. S. K : Avec la signature du Compact, l’UCF-Burkina a terminé sa mission principale de formulation. Le MCA-Burkina Faso 2, structure de mise en œuvre, doit prendre la relève. Il a été créé par décret pris en conseil des ministres en février 2021. En attendant le recrutement du personnel du MCA-BF2 et son opérationnalisation, l’UCF-Burkina assure l’exécution des activités de la phase préparatoire à l’entrée en vigueur. Pour ce qui est de la mission de formulation, elle a été réalisée en quatre phases, dont la première est l’analyse des contraintes à l’investissement privé et à la croissance économique. Là, deux contraintes majeures ont été identifiées. Il s’agit de l’insuffisance de l’offre d’électricité, de sa mauvaise qualité et de son coût élevé, d’une part et d’autre part, la faible qualification de la main-d’œuvre. La seconde phase a été consacrée à l’analyse des causes profondes des contraintes identifiées. Tandis que la troisième phase s’est penchée sur la définition des projets potentiels du Compact qui a abouti à trois projets. Le « Projet de renforcement de l’efficacité du domaine de l’électricité » qui vise à opérer les réformes nécessaires et à renforcer les capacités des acteurs du domaine de l’électricité. Il y a aussi le « Projet d’accroissement de l’offre d’électricité moins coûteuse » qui vise à augmenter la production de l’électricité à travers l’énergie solaire, conformément à la vision du gouvernement d’accroître la part des énergies renouvelables dans le mix-énergétique. Aussi, le « Projet réseaux et accès à l’électricité » qui vise d’une part, à renforcer le réseau de transport et de distribution de l’électricité et, d’autre part, à améliorer l’accès des ménages et des entreprises à l’électricité. La quatrième phase a été consacrée au développement du Compact y compris les études de faisabilité des projets retenus, les négociations et la signature du Compact. Ces démarches ont été réalisées entre juillet 2018 et août 2020.

Le coordonnateur national de l’UFC-Burkina, Tambi Samuel Kaboré : « La principale difficulté réside dans les réactions tardives des institutions impliquées dans le processus des réformes ».

S : Après la signature du second Compact le 13 août 2020, la mise en œuvre du second Compact n’est pas encore une réalité. Qu’est-ce qui explique cela ?
T. S. K : L’accord de financement prévoit une phase préparatoire à l’entrée en vigueur de deux ans maximum, c’est-à-dire du 13 août 2020 (date de signature) au 12 août 2022. Cette phase préparatoire comprend trois grandes catégories d’activités à savoir : la mise en place du cadre institutionnel de mise en œuvre du compact, la réalisation de réformes et conditions préalables à l’entrée en vigueur, la réalisation des études préalables aux dossiers d’appel d’offres et aux investissements. C’est un avantage d’avoir cette période préparatoire car si on doit soustraire cette période de deux ans dans la durée incompressible de 5 ans, les trois ans restants ne seront pas suffisants pour terminer tous les investissements et l’argent non dépensé retournerait aux USA.

S : Dans le Compact, il est question de conditions préalables, de réformes du secteur. Pouvez-vous nous expliquer davantage ?
T. S. K : Il y a neuf conditions préalables à remplir avant l’entrée en vigueur du second Compact. Il y a deux conditions qui sont déjà réalisées et une en cours de réalisation.
Pour les deux conditions préalables déjà réalisées, nous avons le décret portant organisation du ministère en charge de l’énergie et celui portant organisation de l’autorité de régulation du secteur de l’électricité. La troisième condition préalable est relative à une redevance d’électricité au profit de l’Autorité de régulation. Le projet de décret existe, il est en discussion ; le partenaire a déjà fait des propositions et le gouvernement est en train de les examiner.
Les autres conditions préalables sont assujetties à des consultations qui doivent intervenir dans les prochains mois, pour faire le diagnostic nécessaire afin que nous puissions bâtir le contenu des réformes à opérer. Les termes de référence sont déjà élaborés, le processus de recrutement est lancé. Nous sommes en train d’interagir avec les entreprises pour leur expliquer comment les choses vont se passer.
C’est lorsque les consultants vont arriver et commencer le travail que l’on va réaliser les autres conditions préalables.
Il s’agit, entre autres, des décrets relatifs à l’organisation et au fonctionnement de la SONABEL, de l’ABER, de l’ANEERE. Ce sont les études qui vont montrer la nécessité ou pas de réformer le cadre organisationnel, institutionnel, les rôles et responsabilités de ces entités. Il y a également le plan tarifaire de la SONABEL qu’il faut élaborer, le contrat-plan Etat/SONABEL à réviser, le plan stratégique de la SONABEL qu’il faut rédiger.
Pour ce qui est des études de faisabilité, les termes de référence sont déjà élaborés, le processus va être lancé. Certes, nous ne sommes pas au stade où l’on peut dire que la condition est satisfaite mais le processus est déjà enclenché.

S : Ce processus se déroule-t-il comme prévu ? N’y a-t-il pas des retards ou des goulots d’étranglement ?
T. S. K : La principale difficulté réside dans le difficile respect des délais à cause des réactions lentes et tardives des institutions impliquées dans le processus des réformes.

S : Quelles sont les principaux jalons à réaliser avant la phase de mise en œuvre opérationnelle du second Compact ?
T. S. K : Nous en avons trois essentiellement. Premièrement, il y a les neuf conditions préalables ci-dessus évoquées qu’il faut impérativement réaliser avant août 2022. Deuxièmement, il y a le MCA-Burkina Faso 2 qui a été légalement créé mais qu’il faut opérationnaliser en le dotant de personnel, d’équipements, de moyens logistiques appropriés. Troisièmement, il faut lancer les études- clés nécessaires au démarrage des dossiers d’appels d’offres pour la réalisation des infrastructures.

S : Pouvez-vous rassurer que l’échéance d’août 2022 pour l’opérationnalisation du Compact sera respectée ?
T. S. K : Toutes les autorités sont conscientes de la nécessité de respecter les échéances. La Primature, le ministère en charge des finances et celui chargé de l’énergie sont en train de prendre des mesures d’accélération afin de permettre d’atteindre à temps les jalons nécessaires avant l’échéance d’août 2022. Certes, il y a des retards constatés çà et là mais nous sommes confiants.

S : Le partenaire américain est-il satisfait du déroulement de la phase préparatoire du second Compact ?
T. S. K : Jusque-là, nous n’avons pas eu d’échos d’insatisfaction de la part de notre partenaire américain. Les activités sont conçues et bâties ensemble avec le MCC, le partenaire américain. Hormis certains retards observés que nous travaillons à corriger, le processus se déroule bien. Et nous pensons avoir réalisé ce qui nous incombe. Mais le partenaire est mieux placé pour répondre à cette question.

S : Toutes les parties prenantes jouent-elles pleinement leur rôle dans cette phase préparatoire ?
T. S. K : C’est le plus souvent le temps mis pour réagir qui nous met un peu en difficulté. Hormis cela, chaque partie prenante joue sa partition.

S : L’une des limites du premier Compact a été le faible accès des entreprises nationales aux marchés publics dudit projet. Qu’est-ce qui est fait pour une meilleure participation du privé burkinabè dans la mise en œuvre de ce Compact ?
T. S. K : Vous posez là une question d’intérêt majeur au niveau de l’UCF-Burkina. Notre souhait est que les entreprises nationales raflent tous les marchés du second compact. Malheureusement, on constate un certain nombre de faiblesses au niveau des stratégies des entreprises nationales. Nous avons essayé de leur donner suffisamment d’informations à temps afin qu’elles puissent se préparer, s’organiser pour aborder ces marchés.
C’est ainsi qu’en octobre 2019, nous avons eu une réunion de sensibilisation avec les entreprises. Nous les avons conviées à travers la Chambre de commerce et d’industrie à un atelier d’échanges sur les opportunités de marchés qui viendront dans le cadre du second Compact, y compris les conditions dans lesquelles ces marchés vont être passés. Cela a été fait en présence du partenaire, avec l’appui d’un consultant qui a été dépêché pour la circonstance. Au cours de ces échanges, nous avons fait comprendre au secteur privé national que dans les procédures de passation de marchés du partenaire MCC, il n’y a pas de préférence nationale. Les appels d’offres sont lancés à l’international. Nous avons lancé un appel aux entreprises nationales de s’organiser pour compétitionner victorieusement aux marchés à venir. Il y a deux possibilités pour que les entreprises nationales puissent participer à ces marchés du Compact. Soit, elles se mettent en groupement ou en partenariat avec les grosses entreprises pour postuler aux commandes publiques de grandes tailles. Soit, on réduit la taille des marchés pour les adapter aux capacités des entreprises locales. Cette dernière option ne pourra pas être actionnée pour certains marchés où il serait difficile de les redimensionner à la taille de nos petites entreprises.
Nous avons donc recommandé aux entreprises nationales de réviser leurs stratégies et de voir dans quelle mesure elles peuvent faire des regroupements ou nouer des partenariats avec des grosses entreprises qui ont la taille suffisante, l’expérience, les capacités financière et technique nécessaires pour aller à la conquête de ces marchés.
Malheureusement, le constat que l’on fait est que les entreprises nationales semblent toujours se cantonner dans leurs stratégies nationales de conquête des marchés publics. Ces manières de faire risquent de ne pas être opérantes. Un autre constat est qu’elles restent dans leurs querelles ou divisions habituelles. Dans ces conditions, il leur sera difficile de se mettre ensemble pour remporter des gros marchés.
Nous continuons de travailler avec la Chambre de commerce pour davantage informer les entreprises afin qu’elles puissent tirer profit de la mise en œuvre des projets du second Compact.

S : Avez-vous un appel à lancer aux différents acteurs du projet, aux Burkinabè qui attendent beaucoup du second Compact ?
T. S. K : Nous commençons par remercier et inviter la presse à s’intéresser au processus pour mieux informer le public. Nous sommes disponibles.
Les Burkinabè ont besoin de comprendre le processus pour mieux en tirer profit. Pour cela, nous avons besoin de communiquer avec les différents acteurs. Pour ce faire, les médias constituent des canaux privilégiés. Nous comptons sur leur engagement à nos côtés pour atteindre nos objectifs !
Au niveau des démembrements du gouvernement, notre souhait est qu’ils puissent faire diligence pour nous aider à réaliser à temps les conditions préalables pour l’entrée en vigueur du compact prévue pour août 2022.
Quant aux entreprises nationales, nous leur réitérons qu’il est plus réaliste d’envisager de grandir en capacités à travers le partenariat et/ou le groupement pour prendre certains marchés, plutôt que de voir les marchés devenir très petits pour convenir à leur taille. Nous leur lançons à nouveau un appel à l’organisation stratégique pour prendre des marchés qui sortent des conditions habituelles de passation de la commande publique.

Interview réalisée par
Mahamadi SEBOGO
& Wanlé Gérard
COULIBALY

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