Insécurité, dégradation du réseau routier… : l’exaspération dans le Gulmu

A l’initiative du mouvement « U Gulmu fi » qui signifie « Gulmu lève-toi » en langue gourmancema, des populations de la région de l’Est ont battu le pavé, le samedi 24 avril 2021, à Fada N’Gourma, pour dénoncer le mauvais état du réseau routier, de la situation « défectueuse » du Centre hospitalier régional (CHR) de Fada et l’insécurité généralisée dans la région.

Dès 6 heures, le samedi 24 avril 2021, des manifestants, sortis à l’appel du mouvement « U Gulmu fi », rallient, au compte-goutte, la place des martyrs de Fada N’Gourma. Au fur et à mesure que le soleil monte, la place se noircit de monde. La pendule indique 8 heures un quart lorsque les marcheurs s’apprêtent à parcourir les principales artères de la ville de Fada N’Gourma pour protester contre l’état « désastreux » du réseau routier de la région de l’Est, la situation « défectueuse » du Centre hospitalier régional de l’Est (CHR) et l’insécurité généralisée sur le territoire régional. Une marche « pacifique » pour exiger également l’installation, dans la province de la Tapoa et non ailleurs, de l’usine d’extraction et de transformation du phosphate de Kotchari. C’est une longue file de manifestants, partie de la place des Martyrs pour se diriger vers l’Est, conformément à l’itinéraire, en passant par le gouvernorat et la mairie.

En tête de peloton, les uns brandissent des banderoles et des pancartes et les autres établissent des cordons de sécurité pour contenir la foule. « Non à la délocalisation de l’usine de phosphate », « Trop c’est trop, tenez vos promesses », « Non au délaissement de la région de l’Est », « Nous avons droit à des médecins et à de dignes centres de santé », « Nous exigeons le désenclavement total de la région », peut-on ainsi lire sur les banderoles et les pancartes. Après quelques minutes de marche, les manifestants regagnent la route Fada- Niger au moyen d’une bretelle. Aux environs de 10 heures, les rayons du soleil dardent et l’air s’échauffe. Il est temps pour les marcheurs de revenir à la place des Martyrs. C’est le moment pour l’instance dirigeante du mouvement « U Gulmu Fi » de s’adresser à la foule. Pour son coordonnateur, Emmanuel Ouoba, les populations de la région de l’Est souffrent le martyre. « A l’Est aujourd’hui, le soleil s’est levé. Nous avons compris enfin que si nous dormons, aucune ligne ne bougera », déclare-t-il. Des problèmes du CHR de Fada à l’état critique du réseau routier en passant par la situation sécuritaire délétère, Emmanuel Ouoba se dit profondément outré par la situation actuelle du Gulmu.

La diaspora à la marche

« Dans la région, on assiste, au quotidien, à des enlèvements, à des assassinats ciblés et au pillage de bétail. Cette insécurité a pour corolaires des déplacements massifs de populations », déplore-t-il. Au sujet du CHR de Fada N’Gourma, M. Ouoba fait remarquer que cet hôpital dit de référence est « mourant parce qu’il est vétuste, désuet et manque de matériel adéquat et de ressources humaines spécialisées ».

Pour ce qui est du réseau routier, poursuit-il, il est connu de tous que les usagers vivent un calvaire sur la RN4, en son tronçon Gounghin-Fada, une infrastructure dont les travaux de réhabilitation ont été lancés en septembre 2020 et qui attend toujours un démarrage effectif. Pour le responsable à l’organisation et à la coordination nationale du Balai citoyen, Rasmané Zinaba, à la tête d’une délégation venue de Ouagadougou, la manifestation est légitime. « lorsque l’on emprunte la route Fada-Gounghin, les zigzags réveillent un sentiment d’indignation », souligne-t-il. Quant à Moussa Thiombiano dit Django, venu marcher pour soutenir l’initiative, c’est une blessure de longue date dont souffre la région de l’Est. « Nous demandons au président de venir à notre secours parce que la région est coupée du reste du pays », lance-t-il avant de féliciter les organisateurs pour le caractère pacifique de la marche. Quoiqu’il en soit, Adolph Tankoano du collectif Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) dit retenir du samedi 24 avril 2021 comme une date historique pour le Gulmu qui « s’est levé comme un seul homme pour décrier les problèmes de développement de la région ». Une marche à laquelle prennent part des représentants du Benin, du Togo et du Niger.

Joanny SOW

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