L’après Deby en question

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Mort au combat selon la version officielle, le président tchadien, le Maréchal Idriss Deby Itno (MIDI) a reçu, le vendredi 22 avril 2021 à la Place de la Nation de N’Djamena, les derniers hommages de ses pairs d’Afrique centrale et du G5 Sahel, au rang desquels, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré. Emotion, tristesse et crainte de l’après Deby étaient palpables parmi les nombreux Tchadiens inconsolables et l’aréopage de personnalités présentes aux obsèques. Quoique rassurant, son remplacement dans la foulée par l’un de ses fils, le général de corps d’armée Mahamat Idriss Deby, porté à la tête d’un Comité militaire de transition en tant que nouvel homme fort du Tchad ne dissipe pas pour autant les interrogations. Des interrogations légitimes pour le Tchad et son armée, forte de 40 000 à 65 000 hommes et femmes, devenue le maillon fort du dispositif de lutte contre le terrorisme au Sahel, sollicitée régulièrement par ses voisins et les partenaires occidentaux.

En 2013 en effet, après le déclenchement de l’opération Serval au Mali, l’engagement des Forces armées tchadiennes, commandées en second par un certain Mahamat Idriss Deby aux côtés des forces françaises dans les massifs des Ifoghas, a permis au pays de Soundiata Kéita de retrouver une relative intégrité territoriale et de se défaire momentanément de l’emprise terroriste. Entre 2019 et 2020, alors qu’une vague d’attaques terroristes fait rage dans la région des trois frontières (Mali-Burkina-Niger), l’intrépide soldat Deby est appelé à la rescousse par ses partenaires du Sahel et occidentaux. Il sera pris à revers par le groupe terroriste Boko Haram dans les régions du Lac Tchad. La nébuleuse lui infligera l’attaque la plus meurtrière contre l’armée tchadienne en avril 2020 à Bohoma. Elle a eu pour conséquence la suspension du déploiement des FATIM dans la région des trois frontières et le déclenchement d’une contre-offensive dénommée « Colère de Bohoma », conduite par le Président Idriss Deby himself pour « laver l’affront » jusque dans les frontières du grand voisin nigérian. Un an plus tard, tel un signal de la présidence tchadienne du G5 Sahel à partir de février 2021, les soldats tchadiens ont enfin pris position dans la région des trois frontières avec des résultats tangibles à partir du Burkina Faso, du Niger et du Mali. C’est dans ce contexte que le Marechal, engagé sur toutes ses frontières et à l’extérieur, a dû faire face à une énième rébellion venue de Libye.

Le rempart contre l’instabilité régionale est tombé les armes à la main. Faut-il y voir le début de l’effondrement du Tchad ? Et par ricochet un boulevard de jonction infernale entre Boko Haram, les Shebab à l’Est du continent et AQMI au Sahel comme le professent certaines prévisions apocalyptiques ? Sans occulter les vicissitudes d’une armée à base communautaire en proie à des dissensions et à des problèmes d’indisciplines (le Tchad a reconnu les viols de plusieurs femmes dans la ville nigérienne de Tera par son contingent déployé dans la zone des trois frontières), le défi pour l’ensemble des partenaires régionaux et internationaux du Tchad est de travailler à éloigner cette éventualité. Cela passe par le soutien sans équivoque aux autorités de Transition d’un pays engagé pour éteindre le feu chez ses voisins alors que sa situation économique reste particulièrement difficile du fait de la baisse du cours de l’or noir et de la récession mondiale. La France, premier partenaire sécuritaire du pays semble l’avoir compris. Car, il en va aujourd’hui du Tchad comme de la Libye en 2011. La moindre erreur d’appréciation sera susceptible de remettre en question une dizaine d’années d’efforts d’endiguement de l’hydre terroriste, loin de donner le moindre signe d’essoufflement.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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