Hommage aux chercheurs burkinabè

Des Burkinabè sont en passe d’inscrire leurs noms dans le panthéon de la médecine. Un groupe de chercheurs burkinabè de l’Unité de recherche clinique de Nanoro travaille depuis 10 ans sur des médicaments et des vaccins contre le paludisme. Le moins que l’on puisse dire est que le fruit de leurs efforts donne une lueur d’espoir. En effet, le vaccin dénommé, R21/Matrix-M, mis en place par ces soldats de la malaria a démontré une efficacité de 77% au cours de la phase II des essais cliniques. Les résultats de la recherche ont été publiés dans la célèbre revue scientifique le Lancet. Cette avancée mérite d’être saluée à sa juste valeur, car plus d’une centaine de vaccins contre la maladie causée par les piqûres de l’anophèle femelle ont été abandonnés pour insuffisance de résultats. Un autre vaccin, fabriqué par le géant britannique GSK, a déjà été administré à quelque 650 000 enfants en 2019 au Malawi, au Ghana et au Kenya dans le cadre d’un programme-pilote lancé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais le remède britannique n’a pas permis de prévenir trois cas sur dix de paludisme grave menaçant le pronostic vital. De tous ces vaccins, la solution burkinabè semble être la meilleure.

Cette performance jamais égalée suscite autant d’espoir. Il ne reste qu’à encourager l’équipe du Dr Halidou Tinto à poursuivre ce qu’elle a entamé en partenariat avec l’université d’Oxford en Grande Bretagne au cours de la troisième et dernière phase. Le succès du vaccin aura le mérite de sauver la vie des 400 000 personnes qui meurent par an, dont de nombreux enfants en Afrique subsaharienne du fait du paludisme. Ce serait aussi une révolution dans le domaine de la médicine pour un pays du Tiers monde qui bouscule pour entrer dans la cour des grands. C’est aussi le lieu, si besoin en était, de rappeler l’importance de la recherche et surtout la nécessité des dirigeants des pays africains d’accompagner ce secteur à travers des moyens adéquats. Si le centre de Nanoro n’avait pas eu le soutien de l’Union européenne qui a financé la phase II de la recherche, ce beau projet serait rangé quelque part, comme bien d’autres, dans les tiroirs. Dans un pays comme le Burkina Faso où le vocable de « tout est prioritaire » est chanté à longueur de journée par les décideurs, il n’est pas étonnant de voir ce secteur capital relayer au second plan.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre langue avec un chercheur burkinabè et vous serez servi avec une bonne dose de difficultés. La misère et la recherche ne font pas bon ménage, car la recherche nécessite souvent des moyens financiers exorbitants.
Cela ne doit pas être une occasion de renvoyer aux calendes grecques les projets de recherche. Le Burkina est riche en ressources humaines. A ce propos, certains noms forcent l’admiration de concitoyens. A l’image de l’équipe de Halidou Tinto, l’astrophysicien, Frédéric Ouattara, de l’université de Koudougou, qui travaille sur un projet de satellite destiné à mesurer les effets du changement climatique, fait aussi parler de lui hors des frontières nationales. Comme quoi, les chercheurs qui cherchent et qui trouvent au pays des Hommes intègres, on en trouve. Il reste qu’ils soient compris et soutenus pour qu’ils nous fassent des merveilles.

Abdoulaye BALBONE

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