Pour une liberté d’expression fertile

Parce qu’elle est fondamentale pour les sociétés démocratiques et parce qu’elle est également la première à être remise en cause dès que les fondements de ces sociétés sont ébranlés, la liberté d’expression et d’opinion demeure une quête permanente et un questionnement constant. Alors que le monde célèbre la Journée mondiale de la liberté de la presse, que peut-on dire de la situation nationale ?

Il est vrai que la liberté de la presse au Burkina Faso, loin d’être confisquée ou malmenée outre mesure, voit ses espaces se réduire par le seul fait d’un accès particulièrement difficile aux sources d’information. La loi adoptée pour faciliter la collecte de l’information n’est pas appliquée et les médias constatent, amers, leur incapacité à garantir au citoyen le droit à l’information juste et éclairante qu’il mérite. De même, le contexte sécuritaire précaire qui prévaut depuis 2015 a déjà poussé les gouvernants à des retouches du Code pénal, qui sont ressenties par les acteurs du secteur comme une restriction de ce droit, voire un recul de la liberté de la presse.

Toutefois, la presse au pays des Hommes intègres jouit d’un environnement enviable à plus d’un égard. Dans les textes comme dans le vécu quotidien, la presse burkinabè est à un doigt d’être la plus libre, sur le continent africain, dans la production et la diffusion des informations, de ses idées ou des opinions du citoyen. Le dernier rapport de l’ONG Reporter sans frontières (RSF) indique que le pays, régulièrement bien classé, a glané une place.

Si des responsables gouverne-mentaux, des acteurs de la société civile et des leaders politiques continuent de se battre pour consolider les acquis en matière de liberté de la presse, les citoyens burkinabè, eux, s’interrogent sur les responsabilités des médias et des journalistes. Cela se constate dans les événements critiques comme les attaques terroristes, les conflits communautaires et les discours intégristes et haineux, qui fragilisent les fondements de notre société. Toute chose qui engendre une liberté d’élucubrations invasives et une irresponsabilité jouissive.

Sans conditionner le droit à la liberté de presse, ni chercher à transiger sur celui-ci, les citoyens veulent que leurs porte-paroles que sont les journalistes les rassurent sur leurs connaissances des enjeux et défis du moment, leur engagement citoyen à défendre l’intérêt de la nation et leur bonne foi à pratiquer ce noble métier avec professionnalisme.

En clair, nombre de Burkinabè ne veulent pas que la liberté de presse, dont les citoyens sont les premiers bénéficiaires ne soit un jouet peluché aux mains d’enfants privilégiés de la nation. Mais plutôt une donnée qui permet l’émergence de journalistes crédibles et de médias professionnels éclairant et éduquant l’opinion, tout en promouvant des idées diverses et à même de contribuer à l’enracinement de la démocratie et au développement inclusif.

Autant le dire, la liberté de la presse dans le contexte d’insécurité qui est le nôtre, se doit de servir la cause de la souveraineté territoriale, alimen-taire, idéelle, l’expression véritable d’une société libre et épanouie sans laquelle la liberté de presse n’a ni racine, ni fruit.
La nation burkinabè est attaquée. Si la situation ne mérite pas que l’on sacrifie la plus petite des parcelles de liberté de la presse, elle exige de mobiliser tous les efforts pour y faire face.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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