Prix record du coton graine : « Les aventuriers de l’or vont nous rejoindre dans les champs», Bambou Bihoun, président de l’UNPCB

Pour le président de l’UNPCB, Bambou Bihoun, l’augmentation du prix du coton va permettre aux producteurs de se révéler.

Un prix d’achat record de coton graine de l’ordre de 270 CFA le kilogramme a été annoncé pour la campagne 2021-2022 au Burkina Faso. Dans cette interview, le président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), Bambou Bihoun, salue cet effort du gouvernement et invite les producteurs à relever le défi de 650 mille tonnes attendues.

Sidwaya (S) : Comment s’annonce la campagne cotonnière 2021-2022 ?

Bambou Bihoun (B.B.) : Comme vous avez suivi l’assemblée générale de l’interprofession, la campagne cotonnière s’annonce sous de bons auspices. En milieu rural, les champs sont déjà prêts. Nous souhaitons qu’il plaise à Dieu de nous gratifier d’une bonne pluviométrie.

S : Quel bilan faites-vous de la campagne écoulée ?

B.B. : Pour la campagne écoulée, le bilan est positif. Nonobstant la double crise sécuritaire et sanitaire, de bons résultats ont été engrangés par les producteurs avec à la clef, plus de 492 mille tonnes de coton graine produit sur le plan national. Soit une hausse de 7% comparativement à la campagne 2019-2020 qui avait enregistré une production nationale de l’ordre de 460 114 tonnes. Dans les trois zones cotonnières, les producteurs sont plus que jamais engagés dans le processus de relance durable de la production cotonnière.

S : Le prix d’achat du coton graine a atteint le niveau record de 270F le kg. Comment avez-vous négocié ce montant ?

B.B. : (Rires). C’est vrai, nous avons décroché un prix record de 270F le kilogramme de coton graine, premier choix. Depuis l’avènement de la production cotonnière au Burkina Faso, c’est la première fois que le prix d’achat du coton graine grimpe à un tel niveau. Ce n’est pas une négociation isolée du président de l’UNPCB avec les sociétés cotonnières. Nous agissons au nom de tous les producteurs de coton du Burkina. Ensemble, nous avons souhaité avoir une augmentation du prix du kilogramme.

Avec tous les acteurs impliqués, les partenaires financiers et surtout le gouvernement, les analyses tenant compte des cours mondiaux du coton ont permis cette hausse historique de 13% par rapport à l’année passée. Je puis vous dire que le cri du cœur des producteurs a été bien entendu par les plus hautes autorités. Nous en sommes très fiers et reconnaissants au gouvernement qui a assuré une subvention considérable. Avec un tel prix, vous allez entendre parler des cotonculteurs l’an prochain, pourvu que la pluviométrie soit généreuse et mieux répartie dans le temps et dans l’espace. La vie du producteur se trouve dans le coton. L’or blanc constitue ce que le paysan a de mieux dans son métier et nous allons retrousser nos manches.

S : Quel a été le ressenti des producteurs à l’annonce de la nouvelle ?

B.B. : A l’annonce de la nouvelle, la réaction des groupements et unions (départementales, provinciales) de producteurs de coton a été instantanée. J’ai reçu plusieurs coups de fil venant des producteurs lambda pour s’assurer qu’ils ne rêvaient pas. Dans des départements, des producteurs ont célébré en liesse la nouvelle. Cela montre à quel point cette hausse était attendue. Et je puis vous rassurer que c’est le déclic de la grande production cotonnière au Burkina Faso. Car à prix historique, production historique. Les sociétés cotonnières doivent renforcer leurs dispositifs d’enlèvement et d’égrenage de coton afin d’éviter les longues files d’attente devant les usines.

S : Quel est votre message aux producteurs de coton en ce début de campagne ?

B.B. : Je leur dis que l’heure a sonné pour le producteur de coton. Nous devons marquer l’histoire par une grande production. Pour ce faire, j’invite chaque producteur à emblaver massivement le coton afin de changer sa situation sociale et économique dans les mois à venir. Aussi, je demande aux producteurs d’être à l’écoute des agents techniques coton accrédités par la SOFITEX et de respecter les itinéraires de traitement que ces derniers viendraient à leur donner.

S : En tant que premier des producteurs de coton du Burkina, comment comptez-vous donner l’exemple ?

B.B. : En fin avril, j’ai déjà labouré 150 hectares. Ce premier passage des tracteurs prépare les champs à recevoir le labour définitif après une grosse pluie, suivie des semis. Lors de la campagne écoulée, j’ai produit 180 hectares et j’ai eu un rendement de plus de 275 tonnes. Pour la campagne 2021-2022, je prévois emblaver 200 hectares de coton.
L’ensemble de mes travailleurs sont en alerte. Dès la mi-mai, s’il y a une pluie, le dispositif se mettra automatiquement en branle. La charité bien ordonnée commençant par soi-même, je ne peux pas inviter les producteurs à cultiver massivement le coton sans que je ne fasse autant.

S : Le bon rendement, c’est aussi la qualité des intrants. Etes-vous confiants du matériel servi cette année ?

B.B. : Tout comme la campagne écoulée, nous avons mis un point d’honneur sur la qualité des intrants à nous fournis. Les différents partenaires des négoces en sont conscients et œuvrent inlassablement à satisfaire les demandes des producteurs à temps, en quantité et en qualité.

Nous sommes de ce fait optimiste et rassuré que les intrants de cette année notamment les fertilisants (engrais NPK et urée), les produits de traitement (herbicides, insecticides), la semence de coton (…) seront du goût des cotonculteurs.
Mieux, la présence du ministère en charge de l’agriculture à nos côtés en vue d’assurer le contrôle de la qualité des engrais et insecticides nous rassure à plus d’un titre.

S : L’on dit souvent que la forte production de coton engendre la famine du fait de la faible emblavure des céréales. Que répondez-vous ?

B.B. : Pas du tout ! De nos jours, nous pouvons produire en toute saison. La technique de deux récoltes par an s’est installée au Burkina.
Les cultures de contre-saison permettent énormément aux producteurs d’être plus résilients et plus stables. Ce qu’un paysan n’a pas eu en saison hivernale, il peut l’avoir en saison sèche. Il y a beaucoup de périmètres irrigués et des barrages qui offrent une chance aux producteurs de compléter le déficit de la saison humide. Actuellement dans mon champ, j’ai deux hectares de maïs de contre-saison, deux hectares de culture maraîchère (choux, oignon) et autres spéculations.

S : Puisque vous vantez tant le travail de la terre, quel message avez-vous à
l’endroit de la jeune génération ?

B.B. : Il y a un adage qui dit que la terre ne ment pas. Effectivement, la terre nous donne tout.
Actuellement, avec les techniques agricoles avancées, les rendements des cultures ont été améliorés. Comme j’aime le dire, les aventuriers du métal jaune quitteront un jour les sites d’orpaillage pour se joindre à nous dans la production de l’or blanc.

Wanlé Gérard COULIBALY

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