Le printemps de l’or blanc ?

Le coton, comme culture de rente, est introduit au Burkina Faso en 1924 par le colonisateur français. Il sera réhabilité par les pouvoirs nationaux lors de l’indépendance. Dans son histoire, la production du coton a connu une batterie d’innovations techniques et sociales au fil des ans, mais n’avait jamais été acheté aussi cher que cela pourrait l’être au terme de la campagne cotonnière 2021-2022, actuellement en préparation. En effet, au sortir de l’assemblée générale annuelle de fixation du prix d’achat du coton graine organisée par l’Association interprofessionnelle du coton Burkina (AICB), les négoces et le gouvernement ont fait grimper le prix du kilogramme du coton graine premier choix à 270F CFA.

Un prix record et historique, une hausse vertigineuse qui fait douter certains producteurs. En l’espace d’un jour, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre, pour parvenir aux confins du milieu rural, créant ainsi jubilation dans les villages et hameaux de culture. « Enfin, une politique qui vise à laver la dignité du paysan, à changer les conditions sociales et économiques du cotonculteur ! », dit-on de part et d’autre. Cette hausse s’étant opérée tout en maintenant les prix habituels de session des intrants, les cotonculteurs n’ont pas pu se retenir de célébrer cet appui des pouvoirs politiques soucieux de remettre la filière coton sur les rails.

En fait, dans le processus de la relance durable de la production, le gouvernement avait pris des mesures pour accompagner les producteurs coton. Malgré tout, à chaque campagne cotonnière, les producteurs négociaient avec les sociétés industrielles, des augmentations. Aujourd’hui, l’on assiste à un monde paysan, visiblement satisfait, désormais libéré de toute entrave et prêt à relever le défi de 650 000 tonnes de coton sur le plan national. Même si les nouvelles du textile montraient clairement que la demande de coton sur le marché mondial dépasse les niveaux de production et que les prix du coton devraient progressivement augmenter, les paysans burkinabè n’étaient pas préparés à une telle hausse.

Déjà, à l’annonce de la nouvelle, le président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), Bambou Bihoun, a invité les 250 000 exploitants pour 9 217 groupements de producteurs et 177 unions départementales à emblaver massivement l’or blanc. « L’heure a sonné pour le cotonculteur burkinabè, multiplions les hectares et les usines des sociétés s’apprêtent à être inondées de coton », a clamé le président de l’UNPCB. Le coton occupe 5% des superficies cultivées au Burkina Faso. Sa production est très liée aux variations de la pluviométrie et aux pressions parasitaires qui varient en fonction des années.

Pour cette année, l’essentiel est fait, reste à accompagner cette hausse courageuse voulue par les autorités burkinabè en partenariat avec l’industrie du coton, à travers des actions fortes en matière d’encadrement des producteurs. Il va s’agir notamment de la fourniture d’intrants de qualité servis à temps et en quantité. A ce niveau, aucun aspect ne doit être négligé en ce qui concerne les semences, les engrais et les insecticides. Les rendements des producteurs dépendant énormément de la qualité du matériel distribué par les sociétés cotonnières.

C’est pourquoi, ce volet ne doit connaître aucune panne. Dans une récente campagne, les producteurs s’étaient confrontés à des fertilisants insolubles dans les champs, des insecticides incapables de neutraliser la mousse blanche ou encore les chenilles ravageuses du cotonnier. En outre, il y a l’éternelle question de l’enlèvement à temps du coton des marchés villageois. Un fait qui engendre parfois des pertes de poids au pesage final, les incendies et les retards dans le paiement des Groupements de producteurs coton (GPC).

Il ne servira à rien d’opérer une augmentation spectaculaire, grandement médiatisée sans prendre des mesures visant à offrir toutes les chances au cotonculteur de mener une bonne campagne. Si, sur toute la ligne, l’on a su mettre les petits plats dans les grands, ce sera sans aucune surprise de voir le pays reprendre sa place de premier producteur de coton en Afrique de l’Ouest. Il reste à espérer que la situation sécuritaire qui entrave la production du coton, notamment à l’Est et dans la Boucle du Mouhoun, connaisse une amélioration sensible, afin de permettre aux producteurs d’emblaver le maximum de superficies et de récolter les fruits de leur labeur. En tous les cas, il y va de l’honneur et de la gloire du monde du coton.

Wanlé Gérard COULIBALY

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