Abattez l’arbre !

C’est triste de voir ces arbres qui tombent en trombe et sombrent à la ronde
A chaque coup de hache, mon cœur s’arrache, mon âme se fâche, ma rage gronde
A chaque coup de tronçonneuse, l’abîme se creuse, la flore déplore son sort
C’est le déclin des piliers ombrageux, la fin des peupliers sans alliés et sans support

Ce matin, le voisin du figuier, le manguier a été radié pour bâtir un radié
De ses bras géants qui agonisent, dégouline la sève de douleur des irradiés
Il n’y aura plus d’ombre au pied des décombres, plus de fruit qui tombe
Il n’y aura plus d’oiseaux au berceau, plus de nids de pie qui nous surplombent

Au pied du tronc qui s’agrippe au sol, les larmes des enfants arrosent la tombe
Autour du fantôme qui dort, le sorcier conjure le mauvais sort à coup de rhombe
Loin des regards du profane, les esprits surpris planent sur les débris incompris
Pourtant, l’arbre « hanté » comblait nos faims de ses fruits au goût fin et exquis

Chaque arbre qui tombe est une vie qui succombe à l’ombre du grand vide qui vocifère
Chaque branche cassée est une aile qui se brise en plein essor, sans couvert, vers l’enfer
Le tonnerre en colère gronde, des ficelles d’éclairs flagellent la terre, le vent siffle la guerre
Les pluies s’évanouissent, les oasis tarissent, les bêtes et les hommes crient sans se taire

Le désert arrive à grand pas, les mentalités font le grand bond en arrière sous le soleil
On rasera tout une forêt pour bâtir un joyau sans ombre et crier à la huitième merveille
On abattra le seul arbre pour construire le mur qui détruit sans le détour qui sauve la vie
On érigera tout une ville sans planter un seul arbre digne de fruit et d’ombre, sans survie

Tant pis si son ombre vous comble, abattez l’arbre et couper ses branches jusqu’aux rameaux
Tant pis s’il porte des fleurs et des fruits, déracinez et trainez-le hors du chantier sans dire mot
La vie d’un arbre est dérisoire et aléatoire, on touchera du bois pour conjurer le mal qui tue
La mort de l’arbre est un épiphénomène, on peut se développer loin du bois qui perpétue

Vivre sans boiser la terre est inutile, parce que qui plante un arbre implante un havre
Gouverner les hommes sans arbre et sans ombre, c’est comme penser la vie sans cadre
Toi qui te prélasses …

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