Se serrer les coudes

C’est dans un contexte de résurgence des attaques terroristes contre les populations civiles, qu’est intervenu le traditionnel discours sur la situation de la Nation du Premier ministre, Christophe Dabiré, devant la Représentation nationale, le 20 mai 2021. La veille, une cérémonie de baptême a été prise pour cible à Adjarara, un hameau de culture près de Tin-Akoff, causant la mort de quinze personnes.

Ce énième drame est assez illustratif de la crise sécuritaire qui secoue le pays depuis six ans. Si les Burkinabè font montre d’une capacité de résilience sans conteste (rapporté à 2020, les projections tablent sur une «croissance économique soutenue » mais moins rapide cette année), face à la triple crise sécuritaire, humanitaire et sanitaire, ils doivent se serrer les coudes, même si les uns et les autres estiment avoir déjà beaucoup donné. Nous le savons tous, malgré les résultats indéniables obtenus par les Forces de défense et de sécurité (FDS), l’ennemi ne baisse pas la garde. Il peut frapper à tout moment et n’importe où sur le territoire national, si bien que nul ne peut prévaloir être a priori à l’abri. « La recrudescence et la violence des récentes attaques terroristes dans les régions de l’Est, du Nord et du Sahel viennent nous rappeler très opportunément que le combat contre le terrorisme est une lutte de longue haleine et que seule l’union sacrée des filles et fils de notre pays peut permettre d’en venir à bout », a rappelé à propos le chef du gouvernement.

En effet, on observe de plus en plus que chaque attaque terroriste ou éruption de violences communautaires suscite de multiples interrogations sur l’efficacité des stratégies de lutte et les capacités de nos FDS. Ce qui réduit, au passage, la confiance que les populations ont placée au gouvernement, garant de leur sécurité. Entre les prévisibles tâtonnements du départ et la situation actuelle, des leçons structurantes ont été tirées. Exit les stratégies purement militaires à court terme, la lutte est aujourd’hui appréhendée comme une entreprise au long cours, sous-tendue par de lourds investissements dans des secteurs clefs (renseignement, équipements et renforcement des capacités des FDS, développement rural notamment…). Il s’agit de mener des actions durables, dont la seule décision politique ne suffit pas à garantir le succès. La réalité du terrain montre à suffisance, que l’action des seules FDS et l’appui des forces internationales n’ont pas permis d’identifier ce qui demeure une nébuleuse vaguement désignée par Hommes ou individus armés non identifiés, de prévenir les actions violentes et de briser les chaines d’approvisionnement.

A l’étape actuelle de la lutte, il convient de changer, dans les faits, l’approche qui consiste à considérer les populations comme de simples bénéficiaires des actions et initiatives contre l’insécurité en général, en les dissuadant de soutenir le terrorisme dans les zones dites rouges. Dans ces contrées, c’est malheureusement avec les complicités, dans le cadre d’une économie grise qui prend corps progressivement, que les groupes terroristes sont approvisionnés, informés et soutenus dans la médiatisation de leurs actes par des réseaux des ressortissants des villages dans les grandes villes. C’est ce qui s’est récemment passé avec les images de parades d’hommes armés dans un village, qui ont fait le buzz sur les réseaux sociaux grâce à des relais insouciants ou inconscients des conséquences des actes terroristes.

Ces dispositions rappellent, une fois de plus, qu’une partie des solutions contre le terrorisme réside dans la création d’emplois, notamment pour les jeunes. Il est connu de tous que le désœuvrement et le manque d’espoir sont les terreaux les plus fertiles du terrorisme. Raison pour laquelle, les initiatives de l’Etat comme le Programme d’urgence pour le Sahel (PUS) sont à encourager. Il faut les multiplier dans les zones sous menace pour susciter l’espoir et fixer les populations dans leurs localités.
Au-delà, chaque composante doit jouer franchement sa partition dans cette lutte de longue haleine, les critiques faciles mises à part. Que chacun pense à la Nation, avant de penser à soi-même et le Burkina sortira vainqueur de cette guerre non conventionnelle.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

 

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