Le dilemme malien

Comme un flou artistique autour de Bamako depuis l’arrestation du président de la transition malienne, Bah N’Daw et de son Premier ministre, Moctar Ouane, le lundi 24 mai dernier, les nuages commencent à se dissiper et la situation, à s’éclaircir. 48 heures après son arrestation, le président de la transition a remis sa démission à son vice-président, le colonel Assimi Goïta qui devient, de fait, le nouveau chef de la transition. C’est dire que le balai diplomatique de la délégation de la CEDEAO, de l’Union africaine et de la MINUSMA, conduite par Goodluck Jonathan, n’a pas porté fruit. Pas plus que les menaces
de sanctions brandies par la France, la CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne, l’Organisation internationale de la Francophonie et même l’ONU.

Le vin de la démission de l’exécutif malien étant tiré, il reste au colonel Goïta de le boire et de s’assumer. Même s’il s’évertue à rassurer les uns et les autres sur ses intentions, notamment l’organisation des élections générales en 2022 comme prévu, il serait naïf de croire à la bonne foi de celui qui est désormais passé maître des coups d’Etat. A mi-chemin des 18 mois de transition, cette nouvelle crise ramène le Mali au point de départ pour amorcer le début d’une transition dans la transition. En consultant le mouvement M5, dont les manifestations ont débouché sur le premier coup d’Etat contre le président, Ibrahim Boubacar Keïta, en août 2020, pour pourvoir au poste de Premier ministre, Assimi Goïta, s’apprête donc à former son équipe pour conduire la phase II de la transition et par conséquent, son pays vers les élections initialement prévues dans 9 mois.

Mais entre les intentions et la réalité, le fossé est parfois grand, voire abyssal au regard des prochaines tournures que la situation pourrait prendre. En effet, si tant est que la junte militaire signe ainsi son retour au pouvoir, elle doit s’attendre à une avalanche de sanctions sous régionales et internationales vu les condamnations tous azimuts de l’arrestation du Président N’Daw et de son Premier ministre Ouane. De la suspension du Mali des instances continentales et internationales comme l’UEMOA, la CEDEAO et l’OIF, les nouveaux hommes forts de Bamako pourront même faire courir au pays, un autre embargo financier et économique, dans un contexte social et sécuritaire difficile. En tous les cas, la réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, d’hier mercredi 26 mai, a dû aborder ce volet, surtout que les militaires ne semblent pas vouloir fléchir leur position. Déjà, les Etats-Unis, qui avaient réduit leur aide aux Forces armées maliennes (FAMA), l’ont suspendu carrément à la suite de ce nouveau coup de force.

Même si les situations s’apprécient en fonction du contexte, une petite gêne peut gagner les organisations sous régionales et internationales, étant donné qu’elles ont récemment eu une dent bien moins dure contre la transition militaire tchadienne, de quoi saper leur crédibilité. Et pour cause, la décision de ne pas condamner l’installation au pouvoir au Tchad du comité militaire contrevient à un certain nombre de principes fondamentaux, créant ainsi un précédent qui laisse entendre qu’en réalité, les instances multilatérales garantes de la démocratie et de l’Etat de droit ne peuvent pas adopter de position ferme face aux règles qu’elles sont censées défendre. Face à ce dilemme, elles risquent de perdre en crédibilité aux yeux des populations, qui n’ont aucune connaissance des enjeux et autres implications diplomatiques et stratégiques de chaque situation.

Jean-Marie TOE

 

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