La CEDEAO se défait du Mali

Un sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est tenu, hier dimanche 30 mai dans la capitale ghanéenne. Un conclave consacré exclusivement à la transition politique au Mali et en présence du nouvel occupant du palais de Koulouba, le Colonel Assimi Goïta.

A l’issue de quelques heures de travaux, la sentence est tombée. Le pays de Soundiata Keïta a été suspendu des instances de la CEDEAO. Cette nouvelle inattendue est tombée comme un couperet. Assimi Goïta et ses hommes bénéficient tout de même de circonstances atténuantes car cette sanction met seulement fin, du moins temporairement, à la participation du Mali aux rencontres de l’institution.

Pour le moment, il n’est pas question de fermeture de frontière ou autres sanctions économiques. Les nouveaux hommes forts de Bamako ont été aussi enjoints de former un gouvernement inclusif et de tout mettre en œuvre pour respecter le calendrier existant de la Transition. Et pour s’assurer que tout fonctionne comme souhaité, les chefs d’Etat de la CEDEAO ont préconisé la mise en place d’un comité de suivi du processus.

En rappel, au détour d’un remaniement gouvernemental manifestement mal goupillé, il a suffi d’une pichenette à celui qui était jusque-là vice-président de la Transition, pour faire tomber le président, Ba N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane. Assimi Goïta s’est replacé au centre du jeu politique d’un Mali sous observation depuis le coup d’Etat d’août 2020 qui a emporté le président élu, Ibrahim Boubakar Keïta (IBK) et le récent coup de force qui a déposé les autorités civiles de la Transition.

Que s’est-il vraiment passé à Bamako pour qu’on en arrive là ? Le Conseil de sécurité des Nations unies réuni en urgence à la demande de la France a, au-delà du rappel des grands principes, seulement condamné dans un communiqué de presse ce qu’il a qualifié de “tentative de coup de coup d’Etat” et appelé à la libération des autorités et à la reprise du cours normal de la Transition politique dans ce pays, épicentre de la lutte contre le terrorisme au Sahel.

En réponse aux inquiétudes de la communauté internationale, un nouveau Premier ministre a été désigné et juste avant le sommet d’Accra, Choguel Maïga. C’est en homme providentiel que l’ex-patron des forces spéciales maliennes et principal instigateur des deux coups de forces, s’est présenté à ses pairs de la CEDEAO.

Même s’il faut saluer la prise d’initiative de la sous-région (ce qui a souvent fait défaut) à travers le sommet d’Accra, il ne manquera pas d’avoir des échos outre méditerranée d’où les partenaires stratégiques du Mali et du Sahel suivent l’évolution de la situation. La France notamment, après avoir adoubé une succession non constitutionnelle de père en fils au Tchad consécutivement au décès tragique de Idriss Déby Itno, s’est montré intransigeante face au Mali après l’éviction des autorités de transition.

Le président français, Emmanuel Macron, a directement signifié à la CEDEAO qu’il ne resterait pas aux côtés d’un pays “où il n’y a plus de légitimité démocratique, ni de transition”, faisant planer la menace d’un retrait des troupes françaises et des conséquences qui pourraient en découler. Pour d’autres raisons, cette menace n’est ni plus ni moins que le souhait d’une frange de plus en plus audible de la société civile dans plusieurs capitales sahéliennes.

En effet, près d’une dizaine d’années après le déclenchement de l’opération Serval, officiellement pour stopper l’avancée des groupes terroristes vers Bamako, les résultats sont très mitigés : les violences ont décuplé. Si en 2012, la menace était localisée au Nord Mali, après les différentes opérations, elle s’est métastasée au Burkina Faso, au Niger, lorgnant même les côtes du Golfe de Guinée.

Au point de nécessiter des renforts d’effectifs dans ce que d’aucuns voient comme « un bourbier » et la relégation de fait de la stratégie qui consistait à « capaciter » les Etats du Sahel pour un leadership assumé de la prise en charge de leur propre sécurité. Le résultat est là. Il interroge aussi bien au Sahel qu’en France et conduit à la prospection de solutions innovantes. Sous cet angle, les dernières évolutions de la situation au Mali peuvent apparaître comme un jeu d’influence pour lequel il faudrait plus qu’un sommet des chefs d’Etat pour dénouer l’écheveau.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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