Gestion des cimetières : un casse-tête pour les communes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso

Au Burkina Faso, dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, l’inhumation des êtres disparus est laissée au bon vouloir des familles qui décident du lieu de l’enterrement. Il en résulte une certaine anarchie sur les sites réservés à cet effet. Cependant, ces dernières années, la commune de Bobo-Dioulasso semble trouver la solution à ce désordre. Depuis 2014, environs sept cimetières abandonnés ou fermés sont en cours de réhabilitation dans cette ville.

Le maire de Bobo-Dioulasso, Brahima Sanou : « Malheureusement, les cimetières dans notre ville comme dans d’autres en Afrique sont des zones délaissées ».

Mardi 13 avril 2021, il est 15h 30 au cimetière route de Banankélédaga à l’arrondissement 2 de Bobo-Dioulasso. Un silence triste et profond y règne. Trois nouveaux corps font leur entrée. Le silence est brisé par les bruits des pioches et pelles. Des jeunes s’affairent à leur trouver des demeures. Les derniers coups de pelles remplis de terre versée sur la tombe marquent la fin de la construction de la nouvelle demeure de Philippe (nom d’emprunt). Les femmes éclatent en sanglots en s’éloignant de la tombe. Philippe et les autres hôtes du jour dorment dans les parcelles de Banakélédaga, un cimetière modernisé. Ce cimetière a une superficie de 48,5 hectares. Il a rouvert ses portes aux inhumations, le samedi 12 juillet 2019 après plusieurs années de travaux de réhabilitation. Le cimetière a quatre portes d’entrée, un pont, une voie d’accès de 700 m, trois locaux de gardiens, un espace parcellé et une morgue. Ce nouveau site compte plusieurs lots sur lesquels, les bornes sont matérialisées pour délimiter les différentes parcelles.

« La clôture longue de 3 377 mètres, a coûté 121 millions F CFA. Le comité prévoit ajouter des coordonnées GPS à chaque tombe afin de faciliter la recherche du défunt », précise le secrétaire général du comité de gestion et de réhabilitation des cimetières de Bobo-Dioulasso, Mamadi Camara. Quant à Ouagadougou, la capitale, la situation des « dernières demeures » laisse à désirer. La plupart d’entre elles sont devenues des dépotoirs et des refuges pour bandits. Pas de clôture, ni de traçage de tombes, pas de plaque indicative de tombe, présence de tombes hors limites. Cette réalité est palpable au cimetière de Toudbwéoguin (arrondissement 4) d’une superficie d’environ 25 hectares. « Le cimetière de Toudbwéoguin a été parcellisé. Nous avions même établi des heures d’enterrement. Malheureusement, les populations font les inhumations dans un désordre total. Même le mur de moins d’un mètre qui avait été construit a été terrassé et ses briques utilisées pour la construction des tombes. Nous déplorons que ces lieux soient transformés en dépotoirs accueillant tous types de déchets », regrette le député-maire, Issa Anatole Bonkoungou. Toutefois pour lui, l’espoir est permis.

Le cimetière route de Banankélédaga réhabilité est parcellisé.

« Avec le soutien de la mairie de Ouagadougou, un site a été retenu pour réaliser un cimetière municipal moderne qui sera clôturé, parcellé, électrifié et sécurisé. Ce cimetière tiendra un registre de ses « résidents » à l’image de celui de Bobo-Dioulasso », révèle le député-maire. Sauf que pour lui, la perspective de payer comme à Bobo-Dioulasso n’est pas conforme à notre culture.

Banakélédaga, un cas d’école

Depuis la reprise des inhumations dans le cimetière route de Banankélédaga les tombes y sont numérotées. Dans le registre, ou dans le « livre des morts », sont inscrits le numéro de concession, l’ordre d’enregistrement, nom et prénom, religion, sexe, date de décès, secteur de provenance, jour de l’inhumation du défunt, le répondant, son numéro d’adresse, les frais payés de 10 000 FCFA et le numéro de la quittance. Tous ces renseignements sont enregistrés de manière chronologique. Ainsi, les familles peuvent retrouver à tout moment toutes les informations concernant leurs proches disparus.

C’est la parade contre le désordre d’antan. Pour inhumer dans ce cimetière, il faut être détenteur d’un permis. « Le manque de suivi, d’indication des espaces, des parcelles de terre pour enterrer nos morts a créé une anarchie dans beaucoup de nos cimetières. C’est à la suite de ce constat que le comité de gestion des cimetières a vu le jour dans la commune de Bobo-Dioulasso », indique le maire de la ville de Bobo-Dioulasso, Brahima Sanou. Constitué des agents de la commune, de la société civile et des religieux, le comité de gestion a pour rôle de suivre au quotidien l’état des cimetières existants, leur entretien et aussi la situation des enterrements dans ces cimetières.
Le maire de Bobo-Dioulasso confie que ce comité a entamé la réhabilitation de sept cimetières pour en faire des cimetières perpétuels.

Plus de 60 millions F CFA encaissés

A la date du 31 décembre 2020, indique le président du comité communal de gestion des cimetières de Bobo-Dioulasso, Daouda Soura, le site a reçu 6080 inhumations soit un encaissement de 60 800 000 F CFA. Dans l’ambition d’embellir la cité des morts, la mairie de Bobo-Dioulasso et le comité de gestion se sont heurtés aux populations. La réhabilitation de l’ancien cimetière abandonné de Ouézinville qui a été source de tension durant plusieurs mois entre la commune de Bobo-Dioulasso, le comité de gestion et de réhabilitation et des populations qui ont souhaité que l’espace soit affecté à d’autres infrastructures (CSPS ou écoles) en est une parfaite illustration. Jacques Aimé Millogo, habitant de Ouézinville confirme. « C’est au cours du mois de janvier 2019 que nous avons eu vent du projet de restructuration du cimetière du quartier sur les ondes de la radio nationale. Et depuis lors, malgré les échanges entrepris avec les autorités communales pour les convaincre que nous ne voulons pas de la réhabilitation du cimetière, la mairie est restée sur sa position et a engagé les travaux », dit-il dépité.

La contrainte du droit à la terre

Le président du comité communal de gestion des cimetières de Bobo-Dioulasso, Daouda Soura : « L’enregistrement des informations relatives au défunt sur le grand livre a débuté le jour de la réouverture du cimetière route de Banakélédaga ».

L’édile de Bobo-Dioulasso pense que la réhabilitation peut être une alternative au manque d’espace pour la création de nouveaux cimetières. Pour lui, Bobo-Dioulasso a atteint ses limites dans son extension spatiale, l’espace réservé pour les besoins des vivants se raréfie et le manque d’espace va frapper bientôt les morts. « Aujourd’hui autour de Bobo-Dioulasso, il y a plus de 1000 hectares qui ont été attribués aux propriétaires immobiliers. Et, lorsqu’on va dans les villages, personne n’est prêt pour céder ses terres pour des cimetières parce qu’il préfère les donner aux immobiliers », regrette-t-il. L’analyse du maire est partagée par le Directeur régional de l’urbanisme et de l’habitat des Hauts-Bassins, Benjamin Konkobo, qui estime qu’une anticipation des autorités est impérative pour pallier ce manque.

Le ministre de l’Urbanisme de l’Habitat et de la Ville, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, pour sa part, précise que pour maîtriser la gestion des cimetières, il faut d’abord penser à maîtriser la question de la terre. Pour résoudre cette question, les populations doivent considérer ces lieux comme faisant partie de leur quotidien et tout le monde est appelé à y aller. Et ce, en attendant que les municipalités prennent leurs responsabilités pour une gestion saine et propre des cimetières.

Wamini Micheline OUEDRAOGO

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