CHR de Dori : des rescapés de Solhan témoignent

H.H. dit avoir reçu des coups de fouet avant de prendre la fuite.

Au lendemain de l’attaque de Solhan, dans la province de Yagha qui a coûté la vie à une centaine de personnes, certains rescapés du massacre ont été évacués au Centre hospitalier régional de Dori pour des soins. Sidwaya est allé à leur rencontre.

Dimanche, 7 juin 2021. La température est à 34°C au Centre hospitalier régional (CHR) de Dori. Comme tout autre centre de santé, l’ambiance n’est pas bon enfant. Après plusieurs services, nous sommes finalement dans les locaux de l’hospitalisation de chirurgie. La tristesse se lit sur les visages et un silence total règne chez les parents des victimes de l’attaque de Solhan, une localité située dans la province de Yagha. Des souhaits de prompt rétablissement et des encouragements, tels sont nos gestes de soutien pour remonter leur moral.

Cette fillette a reçu un coup sur la poitrine.

Quelques minutes après nos échanges avec les familles venues de différents horizons pour rester au chevet des malades et des témoins de l’attaque, nous rentrons en contact avec le président de la commission médicale d’établissement du CHR, Raoul Yaogo. Il est affecté au service de chirurgie et chargé de s’entretenir avec nous sur l’état sanitaire des malades. Entre 12 à 75 ans, ils sont au nombre de 14 les blessés évacués dans le grand hôpital de la région du Sahel, nous informe-t-il. Couchés dans leurs lits, certains, tétanisés, ne peuvent lâcher le moindre mot.

D’autres en revanche expliquent, tant bien que mal, l’horreur qu’ils ont vécue. H.H., père de famille, la quarantaine bien sonnée, est l’un d’eux. « J’étais en train de dormir avec ma famille. En plein sommeil, les assaillants sont venus forcer ma porte pour rentrer. Ils ont commencé à me fouetter. J’ai pris la fuite et malheureusement d’autres m’ont tiré dessus. Ils n’ont pas touché à ma femme et à l’enfant », raconte-t-il. M.M., marié et père d’un enfant, a également eu la vie sauve. Il raconte les faits. « Nous étions dans une cour,

Ce rescapé a vu son visage se dégrader à la suite de l’incendie de sa maison.

puisque nous sommes tous des orpailleurs. Ils sont arrivés vers 2 h du matin. Ils sont rentrés nous faire sortir de force. L’obligation nous est donnée de s’asseoir par terre. Ils ont pris notre moto. Nous étions quatre, mes deux compagnons sont restés sur place.
L’un est évacué à Ouagadougou et moi, je suis resté à Dori. J’ai reçu une balle au bras et une autre entre les cuisses », explique-t-il.

 

Le plus choquant pour lui, c’est de voir des femmes et des mineurs qui tiennent des armes pour massacrer leurs semblables. B.P. est un gérant de boutique. Ces deux membres inférieurs ont reçu des balles. « Nous dormions sous un hangar. A un moment donné, nous avons attendu des tirs partout. A notre grande surprise, nous sommes encerclés et ils nous ont obligés à leur remettre les clés de la boutique. Puis, ils nous ont dit de nous asseoir. Quand ils ont commencé à tirer sur nous, mes trois camarades sont morts sur place», relate-t-il. Il précise que lorsque ses compagnons sont tombés et baignaient dans leur sang, il a dû s’en servir pour badigeonner s’en visage afin de les ressembler.

G.B., une autre blessée, dit être choquée par les faits.

« C’est pendant la fuite, qu’ils ont tiré sur mes pieds », raconte le rescapé. D’autres malades ont pu s’exprimer à peine. C’est le cas de G.B. qui, d’après nos informations, a perdu son bébé et son mari. Son visage fuit nos regards.
Des 14 malades reçus, il ressort, selon Raoul Yaogo, que deux ont été évacués au centre

d’urgence hospitalier de Ouagadougou pour des soins spécialisés. « Parmi les deux évacués immédiatement, il y avait un cas de traumatisme vertebro-médullaire. L’autre souffrait d’une plaie pénétrant de l’abdomen. Il faut une prise en charge neurochirurgicale pour ces genres de cas », confie-t-il.

« Nous prévoyons évacuer 6 malades sur Ouagadougou», ajoute-t-il. D’autres blessés souffrent de plaie thoracique, un fracas du tibia c’est-à-dire que l’os s’est brisé en plusieurs morceaux. Il faut une prise en charge orthopédique, précise toujours le président de la commission médicale d’établissement du CHR.

B.P. : « N’eut été le sang de mes compagnons décédés, j’étais mort ».

Une situation déplorable selon le directeur régional de la Santé, Ahmed Ouédraogo, qui soutient que les agents de santé sont mobilisés depuis le Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Sebba jusqu’au CHR de Dori pour une meilleure prise en charge des malades. Malheureusement quand nous sommes arrivés sur les lieux, un seul chirurgien s’occupait des malades. Un soutien considérable en ressources humaines sur le plan chirurgical doit être renforcé au CHR de Dori pour répondre au besoin du moment.

Souaibou NOMBRE
Oumarou RABO
(Collaborateur)

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