Le « come-back » de tous les enjeux

C’est en principe demain jeudi 17 juin que l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI), le 31 mars 2021, rentrera en Côte d’Ivoire. Sauf un changement de dernière minute, son avion, un vol commercial, est attendu sur le tarmac de l’aéroport international Félix- Houphouët-Boigny à 15h 45mn. Pour ce « come-back », la famille politique de l’ex-président du Front populaire ivoirien (FPI) et ses « fans » sont à pied d’œuvre depuis l’annonce de son retour, pour réserver à leur champion, « un accueil évènementiel de portée historique ». Si les partisans de M. Gbagho sont dans la dynamique de graver ce retour dans les pages glorieuses de l’histoire de la Côte d’ivoire, l’idée n’enchante visiblement pas le pouvoir en place qui est plus favorable à un retour discret de l’enfant de Mama.

Le pouvoir qui s’attendait à ce que son adversaire politique soit sanctionné par la CPI, ce qui n’a pas été le cas, craint-il un triomphe du camp Gbagho au risque de lui damer le pion sur le terrain politique ? Ou pense-t-il qu’un accueil en fanfare ne vienne raviver les flammes des mauvais souvenirs ? Quoi qu’il en soit, derrière les différentes prises de positions, se cachent des intentions d’engranger des dividendes politiques.
Autant, le FPI veut surfer sur l’arrivée de son mentor, autant, le RHDP d’Alassane Ouattara nourrit l’espoir de donner un coup de fouet à son processus de réconciliation nationale. Quant au PDCI, le parti espère avoir la sympathie des militants et des responsables du FPI pour les joutes électorales à venir. C’est ce qui explique les prises de positions parfois teintées de surenchères et ayant abouti à une amplification de la polémique sur le retour de l’ancien chef d’Etat.

L’aile dure du FPI dénommée
« FPI-Gbagbo ou Rien (FPI GOR) » avait entrepris, courant début mai, une démarche auprès du PDCI à l’effet de le convaincre de se joindre au comité d’organisation mis en place pour le retour de M. Gbagbo. Une initiative appréciée par M. Bédié qui a engagé son parti dans l’organisation dudit évènement. Quand bien-même les positions sont tranchées, les caciques de la politique ivoirienne sont conscients qu’ils ont intérêt à ce que la venue de l’ancien président se passe dans de bonnes conditions au risque d’ouvrir la boîte de pandore. Le ministre en charge de la réconciliation, Kouadio Konan Bertin, a pris les devants pour rencontrer, le lundi dernier, le FPI GOR. Selon certaines indiscrétions, le président Ouattara a décidé de donner le pavillon présidentiel pour accueillir Laurent Gbagbo. A l’analyse, le pouvoir en place semble abandonner subtilement sa position pour mettre l’accent sur un retour à la paix. De son côté, le FPI tente aussi de diluer son vin. Le porte-parole de l’ex-président Gbagbo, Katinan Koné, a annoncé le 9 juin dernier à Abidjan que son parti n’est pas opposé au gouvernement sur le retour de Laurent Gbagbo. Toutefois, il reste attaché à un « retour visible ».
Le secrétaire général du FPI-GOR, Assoua Adou, ne parle plus aussi d’accueil triomphal à l’aéroport.

Il met plutôt en avant l’esprit de réconciliation qui doit animer les militants. Tout porte à croire que les Ivoiriens ont enfin accordé les violons sur le retour de leur ancien président. Il ne reste plus que quelques heures pour avoir la confirmation. Mais l’autre interrogation qui reste en suspens est la stratégie que va adopter Laurent Gbagbo lorsqu’il foulera la terre ivoirienne qu’il a quittée depuis 10 ans. Va-t-il s’inscrire dans le processus de la réconciliation ou va-t-il réserver une autre surprise à ses compatriotes ?
Connaissant le passé de l’homme politique, il est prématuré de dire que la réconciliation est en marche dans ce pays. Pour la réussite du processus, le dernier mot viendra de M. Gbagbo. S’il est animé par une volonté de faire la paix, la Côte d’Ivoire ira dans ce sens.
Dans le cas contraire, le chemin de la réconciliation sera encore périlleux. En tous les cas, ce mordu de la politique ne s’est pas encore prononcé sur ses ambitions de reconquérir son fauteuil qu’il a laissé à son corps défendant.

Abdoulaye BALBONE

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