L’arme du consensus

Le dialogue politique entre la majorité et l’opposition a réuni, du 17 au 19 juin dernier, la classe politique burkinabè autour des grandes préoccupations de l’heure. Cette concertation est inspirée des traditions africaines de l’arbre à palabre, lieu où sont discutées et tranchées les questions les plus délicates engageant la vie de la communauté. Il faut saluer les bonnes dispositions du landerneau politique national qui, pour la deuxième fois, a été favorable à cette innovation politique majeure inaugurée en 2019.

Le dialogue politique est l’une des manifestations de la pratique démocratique, en ce qu’il intègre quatre notions fondamentales en la matière : la participation, l’inclusion, l’appropriation et la viabilité. Il permet, par voie de conséquence, de trouver des solutions à des crises structurelles ou profondes. Souvenez-vous, c’est le dialogue politique de 2019 qui a favorisé la tenue des élections présidentielle et législatives de 2020 et la conduite du processus électoral à terme, bon an, mal an, dans un climat sécuritaire critique.

Certains observateurs ne pariaient pas pour un sou sur la possibilité d’un scrutin allant jusqu’à échafauder des scénarios de continuité de l’Etat après la fin du premier mandat du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré. Malgré la suspension de la session, annoncée samedi dernier par les deux co-présidents, le président du parti majoritaire, le MPP, Simon Compaoré et le Chef de file de l’opposition et président du CDP, Eddie Komboïgo, le dialogue politique, version 2021, a porté fruit au regard notamment des acquis majeurs engrangés.

A propos de la dimensionnante crise sécuritaire, humanitaire et communautaire, la classe politique a unanimement « reconnu les efforts » du gouvernement pour équiper conséquemment les Forces de défense et de sécurité (FDS). Elle a également salué « la bonne exécution » de la loi de programmation militaire et « l’engagement patriotique des soldats » sur les fronts à qui elle apporte son soutien. Dans cette perspective, l’initiative du Fonds de soutien au renforcement des capacités des FDS, lancée en 2019, a été remise au goût du jour pour canaliser les efforts populaires de solidarité et l’appui du peuple aux vaillants défenseurs de l’intégrité territoriale.

Un consensus s’est aussi dégagé autour du principe de la révision à minima de la loi électorale et la prolongation de la validité de la carte d’électeur pour les élections municipales de mai 2022. Il reste à s’accorder, à la reprise du dialogue début juillet prochain, sur les aspects opérationnels liés aux documents de vote, à l’enrôlement dans les zones dites à déficit sécuritaire, au vote de la diaspora, à la campagne déguisée et au nomadisme politique. La loi sur le quota genre a fait l’unanimité de la classe politique, au regard du bilan mitigé de sa mise en œuvre (12% de femmes à l’Assemblée nationale pour un objectif de 30% au moins).

Dans la perspective du Forum Génération Egalité qui se tient à la fin de ce mois à Paris et consacré à l’égalité homme-femme, il est fort à espérer que Majorité et Opposition trouveront le fil d’Ariane qui, au-delà du respect du quota, vaincra, les insaisissables pesanteurs socio-culturelles. On le voit, le parcours avant la reprise du dialogue politique est fort appréciable et nous enseigne qu’au-delà des postures partisanes et idéologiques, la classe politique nationale a toujours su s’élever au niveau de l’intérêt général pour se parler et s’entendre sur l’essentiel.

Il n’est donc pas exagéré de croire que le consensus prévaudra, au final, sur les préoccupations en suspens : le projet de redécoupage du
territoire national et l’élection au suffrage universel direct des maires et présidents de conseils régionaux. Quant à l’appel à la démission du Premier ministre et du ministre de la Défense nationale, il a essuyé une fin de non-recevoir de la majorité pour la simple raison qu’il est insensé de se battre, lorsque la pluie vous bat, comme le dit la sagesse africaine.
Si la lutte contre le terrorisme a mis à rude épreuve tous les moyens matériels et humains engagés jusque-là, l’arme du consensus ne demande qu’à faire ses preuves.

 

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

 

 

 

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