Les UNS et les autres

Les UNS comptent leurs milliards et cherchent à battre le record des richards dans un pays où les autres sont des bagnards marqués au fer du sceau de la pauvreté. Les UNS mangent à leur faim, s’offrent des goûters entre les repas et jettent à la poubelle repue les restes inutiles. Ils allouent même des frais de popote à leur chien et celui-ci mange mieux que le citoyen lambda sans moyen. Les autres se rongent les ongles du matin au soir entre la faim et la fin sans pouvoir mettre une brindille sous les dents qui grincent. Les UNS ont des médecins spécialistes qui les auscultent tous les jours pour s’assurer qu’ils vont bien et qu’ils ont encore de beaux jours devant eux. Pour un furoncle au doigt, c’est à bord d’un vol médicalisé qu’ils enjamberont leur « mouroir national » pour atterrir très loin sur la natte des autres et se faire éjecter le pus tropical au frais de leurs contribuables. Les autres n’ont jamais eu la chance d’être touchés par un bon infirmier.

Leur ordonnance à trois chiffres est une souffrance de troisième degré, infligée à leur pouvoir d’achat de misère. Pour un palu, ils passeront de vie à trépas sans avoir la chance d’être pris en charge à temps. La femme enceinte devra apprendre à monter sur un âne ou à subir les secousses d’une charrette pour espérer accoucher au centre de santé le plus proche de son biotope.

Les UNS vivent dans des duplex aux contours de bunker et roulent dans des voitures de luxe, blindées aux allures de bolides. Les autres croupissent dans des taudis non lotis, blottis contre des murs de boue bâtis à même le sol et soumis aux affres du ciel. Les UNS inscriront leurs enfants à la belle et bonne école. Ils déposeront leurs bambins chaque matin pour repartir les chercher chaque soir. Ils prendront un petit déjeuner complet à la maison à 6 h 30 ; un goûter succulent leur sera servi à 10 h à l’école et à midi, ils iront se goinfrer des délices de la cantine avec une entrée, un plat de résistance et un dessert, où le menu est varié du lundi au vendredi. Là-bas, ils ne dépassent pas vingt-cinq élèves par classe. A la fin de l’année, ils passent toujours tous en classe supérieure et font 100% au CEP au BAC. Ils iront poursuivre leurs études aux USA ou en Europe pour revenir au pays ajouter de la terre à la terre des pères.

Les autres jetteront leurs rejetons à l’école du bas-fond, où les maîtres se débrouillent pour sortir la masse de l’embrouille ; où le tableau pâle lessivé ne demande que quelques coups de peinture noire pour mieux refléter la connaissance ; où les bancs de classe cabossés manquent de places pour accueillir cent têtes vides à remplir. Là-bas, on ne redouble jamais ; même avec un de moyenne, on passe haut la main en classe supérieure. Eux, ils passeront trois fois le BEPC et cinq fois le BAC avant d’oser lorgner l’université publique qui ne leur donnera presqu’aucun choix de devenir quelqu’un. Seuls les braves sortiront de ce bourbier avec un Master qui leur servira de poster pour donner des cours à domicile en rêvant d’un hypothétique secours venant des rares concours pleins de détours ; sans savoir faire recours à leurs dix doigts agiles.

Nous sommes dans une jungle où les plus forts abusent légalement des plus faibles. Nous sommes dans une démocratie où les lois sont dictées par une oligarchie d’intellos aux intérêts communs. La voix du peuple n’est qu’un écho sempiternel qui crie aux loups, à mains nues. On ne lève plus les livres pour les poursuivre et abattre, mais pour voir lequel court plus que les autres. Les éboueurs aux mains sales sont les plus propres de la table des convives du roi et ont droit aux buffets solennels des râteliers. Les casseroles font du bruit pour ceux qui les entendent.

Ils font de la mélodie pour ceux qui les traînent sans se retourner. Tant pis pour la symphonie des clameurs sans harmonie. On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs ; on ne peut pas récolter du miel sans se lécher les doigts. Encore faut-il savoir prouver le tort des UNS face à la raison des autres. On peut être accusé sans être coupable ; on peut être impliqué dans une affaire sans avoir participé à l’affaire ; on peut même être pris la main dans le sac sans être jugé et condamné, parce qu’une main dans un sac peut avoir plusieurs tours dans le même sac. Même pris la main dans le sac, le voleur n’est qu’un présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie. Mais entre nous, qu’est-ce qu’un présumé innocent qui récidive ? De quelle présomption d’innocence un criminel récidiviste peut-il se prévaloir devant la loi ou le droit et par-dessus tout bénéficier d’une liberté aléatoire, fut-elle « provisoire » ? Bref, en attendant que le Droit se prévale en âme et conscience de sa droiture, reconnaissons que parfois entre le fort et le faible, le Droit ne se dit pas toujours de la même façon et c’est dommage qu’il lui manque parfois un sens éthique pour être de bon aloi. Hélas, le Droit n’est pas toujours juste.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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