Procès de présumés terroristes: Les confidences des premiers à la barre

Au cours de cette première session, dix dossiers seront examinés par la Chambre correctionnelle spécialisée du pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes terroristes.

Le premier procès pour faits et actes terroristes au Burkina Faso s’est ouvert, le lundi 9 août 2021, à Ouagadougou, au Tribunal de grande instance Ouaga II. Au cours de cette session qui va durer cinq jours, dix dossiers seront examinés par la Chambre correctionnelle spécialisée du pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes terroristes.

Le Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga II présentait un visage particulier, le lundi 9 août 2021. Pour cause, le dispositif sécuritaire mis en place était différent de celui des jours ordinaires. Des mesures particulières ont été prises : augmentation du nombre de postes de contrôle, présence de plusieurs cargos de la garde de sécurité pénitentiaire à l’intérieur comme à l’extérieur du tribunal….Toute chose qui en disait long sur la nature du procès qui devait y avoir lieu. En effet, c’est là que s’est ouvert, le premier procès pour faits et actes terroristes dans l’histoire du Burkina Faso. Au cours de cette première session qui va durer cinq jours, dix dossiers seront examinés par la Chambre correctionnelle spécialisée du pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes terroristes du TGI Ouaga II, en raison de deux dossiers par jour.

Pour la première journée des audiences, H. S. et O. K. ont ouvert le bal des comparutions. H. S., 34 ans, est accusé d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, de détention illégale d’armes à feu, de meurtre, de tentative d’assassinat et de dégradation volontaire de biens. Au cours du jugement, H. S. a confié que face aux difficultés financières que traversait sa famille, il a rallié Tombouctou au Mali pour intégrer le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Difficultés qui, selon lui, l’ont contraint à abandonner très tôt les études. Une fois à Tombouctou, le prévenu a indiqué avoir reçu une formation en maniement d’armes dans un camp du groupe Ansar Dine. Il aurait participé à trois attaques contre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) et les forces armées maliennes. Des attaques qui ont occasionné, aux dires du tribunal, le décès d’un soldat Bangladesh de la MINUSMA, d’un policier malien et des blessés.

Quant à O. K., 47 ans, il est poursuivi pour association de malfaiteurs en vue de poser des actes terroristes, dont l’objectif est d’intimider les populations et l’Etat afin d’imposer la charia. Il serait un ancien membre de la police islamique de Tombouctou. Police qu’il aurait intégrée par l’intermédiaire de H. S. qu’il a connu en 2002, dans le quartier Nonsin de Ouagadougou. D’ailleurs, lors de son arrestation en 2015 par la Brigade de recherches de gendarmerie de Ouagadougou, qui avait été informée de la présence de présumés terroristes dans la capitale, O. K. avait en sa possession deux grenades dont une offensive. Des grenades qu’il aurait reçues de H. S. et qui étaient destinées à perpétrer une attaque terroriste en terre ivoirienne. Devant le tribunal, H. S. et O. K. n’ont pas reconnu les faits qui leur sont reprochés.

Absence des avocats de la défense

Face à l’absence d’avocats à leurs côtés, le président du tribunal, qui semble attaché du prix au respect des droits de la défense, a demandé à ceux-ci s’ils veulent être jugés malgré cela. Visiblement apeuré, O. K. n’a pas pu donner une réponse exacte au juge. H. S., a quant à lui, souhaité avoir plus de temps afin de s’attacher les services d’un conseil. « Ce n’est que hier à travers la radio, que j’ai appris que notre procès s’ouvrait aujourd’hui. Mais, je ne savais pas que j’allais être jugé le premier jour », a-t-il dit au président du tribunal. A la question de savoir combien de temps lui suffirait pour se trouver un avocat, H. S. a demandé un mois. Faisant remarquer que cette première session ne va durer que cinq jours, le président du tribunal a décidé de renvoyer le dossier à la prochaine session dont la date n’est pas encore arrêtée.

Les deux prévenus n’ont pas trouvé d’inconvénient à cette décision. Après H. S. et de O. K., c’était au tour de O. M. D. de passer à la barre. Père de trois enfants, le célibataire de 32 ans a comparu pour trois chefs d’accusation. Il s’agit d’association de malfaiteurs en lien avec le terrorisme, la dégradation volontaire de biens, la détention illégale d’armes à feu. Constatant également l’absence d’un avocat aux côtés de ce prévenu qui s’était pourtant attaché les services de Me Vincent Kaboré, le président du tribunal a demandé à O. M. D. s’il voulait être jugé sans son conseil. « Ça dépend de vous. Je n’ai jamais vu mon avocat depuis que je suis détenu », a-t-il répondu. Après concertation, les membres du tribunal ont décidé de renvoyer le dossier au vendredi 13 août prochain afin d’aviser le conseil du prévenu.

Pour cette première journée du procès des présumés terroristes, aucun dossier n’a pu être examiné dans le fond. Mais qu’à cela ne tienne, le procureur du Faso près le TGI Ouaga II s’est réjoui de l’ouverture de cette session qui vient mettre fin à l’impatience des populations qui ont soif de justice. « Enfin, il était temps », a-t-il déclaré au cours de son mot introductif. Pour lui, il est important, face aux multiples mutations du terrorisme que toutes les institutions participent au dispositif de lutte. Il a reconnu néanmoins que la conduite d’un tel procès constitue une lourde responsabilité pour les juges, en ce sens qu’il requiert une conscience plus prononcée. Et ce, afin que chaque élément soit sondé en vue de la manifestation de la vérité. En attendant, rendez-vous a été donné ce mardi 10 août 2021 pour l’examen des deux
prochains dossiers.

Nadège YAMEOGO


Le public sommé de libérer des rangées

Un fait anodin s’est produit, le lundi 9 août 2021 au TGI Ouaga II, avant l’ouverture du procès des présumés terroristes. En effet, à l’arrivée des prévenus, l’assistance qui avait occupé les premiers bancs de la rangée de droite de la salle d’audience, a été sommée par les gardes de sécurité pénitentiaire de libérer les deux premiers, afin qu’on y installe les prévenus. Une consigne respectée à la lettre par l’assistance, qui a migré vers la rangée de droite, laissant complètement libre celle de gauche où étaient désormais installés les prévenus. Comme quoi, le terroriste, même menotté inspire malgré tout, une certaine crainte…

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